Englouti, critique en avant-première : une heure d'oxygène dans le ventre d'un cachalot, et Brian Duffield sait déjà rendre l'impossible crédible
Certaines idées de film tiennent en une phrase : la moitié de la tablée éclate de rire, l'autre frissonne en silence. Englouti est de celles-là. Un jeune plongeur se fait avaler par un cachalot et dispose d'une heure pour en sortir. À quelques jours de la sortie, j'ai le sentiment que ce sera l'un des films les plus audacieux de l'automne, ou l'un des plus risqués.
Un pitch qui sonne absurde mais repose sur une idée forte, porté par un réalisateur qui a déjà prouvé qu'il savait tirer une vraie tension des situations les plus impossibles.
Fiche du film
| Original | Whalefall |
|---|---|
| Sortie en France | 14/10/2026 |
| Réalisation | Brian Duffield |
| Distribution | Emily Rudd, Josh Brolin, Jane Levy, Elisabeth Shue, Austin Abrams, John Ortiz |
| Genre | Thrillers |
| Pays | Films américains |
De quoi ça parle ? Un fils, un père et un très gros poisson qui n'en est pas un
Sur le papier, le dispositif est d'une simplicité désarmante, et c'est justement ce qui le rend si accrocheur. Jay Gardiner part plonger au large de la côte centrale de la Californie pour retrouver les restes de son père, disparu récemment. Il y aurait déjà là de quoi faire un beau film sur le deuil, mais Englouti passe la vitesse supérieure : un cachalot de belle taille avale tout simplement Jay.
À partir de là, la situation est claire : une heure d'oxygène, l'intérieur d'un animal vivant, l'obscurité, et la prise de conscience que les dures leçons de son père pourraient bien être la clé de sa survie. Le studio le présente comme un thriller de survie ample et dramatique, et cette seule phrase contient tout ce qui m'excite : le compte à rebours, la claustrophobie, et une histoire père fils qui trouve son dénouement dans le lieu le plus inattendu qui soit.
Ce qui se passe exactement dans l'estomac du cétacé, comment Jay tente de s'en extraire et s'il y parvient, on n'en sait rien, et c'est très bien ainsi. Dans ce genre de film, le plaisir de la découverte vaut le prix du billet.
Brian Duffield, spécialiste des folies de genre
Si quelqu'un décidait un jour de tourner un film de survie dans un ventre de baleine, Brian Duffield serait à peu près le premier nom qui me viendrait à l'esprit. On lui doit le scénario d'Underwater, qui malmenait déjà ses personnages dans les profondeurs, celui de Love and Monsters, où il fallait survivre au milieu de créatures géantes, et en tant que réalisateur, avec Spontaneous puis No One Will Save You, il a montré qu'il jouait avec les genres sans complexe.
C'est surtout ce dernier qui me rend confiant. No One Will Save You maintenait la tension presque sans dialogues, en reposant sur un seul personnage, et c'est exactement le savoir faire qu'il faut ici. Un homme, un espace clos, peu de place pour le bavardage. Si quelqu'un peut faire en sorte que l'intérieur d'une baleine soit terrifiant plutôt que ridicule, c'est bien lui.
Derrière le projet, on trouve en plus 20th Century Studios et Imagine Entertainment : on est loin de la production de garage. Il y a de l'argent, ce qui n'a rien d'anodin pour une idée aussi gourmande visuellement.
Une distribution qui ne prête pas à la critique
On ne sait pas encore qui joue quel rôle, je ne vais donc pas jouer aux devinettes. La liste des noms parle pourtant d'elle même.
- Josh Brolin sait apporter dureté et densité à l'écran depuis No Country for Old Men, Dune et bien sûr Thanos. Dans une histoire où les leçons d'un père jouent un rôle central, on imagine sans peine pourquoi il a été choisi, mais c'est le film qui tranchera.
- Emily Rudd s'est fait connaître dans la série One Piece de Netflix, et on la découvre ici dans un registre tout autre, bien plus sombre.
- Jane Levy a prouvé avec le remake d'Evil Dead et Don't Breathe : La maison des ténèbres que l'angoisse et la survie étaient son terrain de prédilection.
- Elisabeth Shue a montré mille visages, des suites de Retour vers le futur jusqu'à la série The Boys.
- À leurs côtés, Austin Abrams et John Ortiz complètent l'équipe.
Un tel casting laisse penser que le film ne compte pas rester uniquement dans le ventre du cachalot et qu'il s'appuie sur un solide cadre humain. Reste à savoir quelle place celui ci occupera à l'écran.
Qu'est ce qui pourrait le rendre excellent ?
Les meilleurs thrillers de survie partent toujours d'une situation simple. 127 heures, c'est un rocher et un bras ; Instinct de survie, un rocher et un requin ; Gravity, une femme et l'immensité de l'espace. Englouti appartient à la même famille, avec un décor nettement plus bizarre.
Trois raisons me rendent optimiste :
- Le compte à rebours. Une heure d'oxygène, c'est un enjeu d'une clarté implacable. Pas de détour, chaque minute compte, et le spectateur respire au rythme du personnage.
- Le cœur émotionnel. Que Jay cherche les restes de son père et que les leçons de celui ci puissent le sauver ajoute une couche qui dépasse le simple spectacle. Lier le deuil à la survie peut se révéler très puissant.
- L'univers visuel. L'intérieur d'un cachalot est un territoire totalement vierge pour le cinéma. Si les décorateurs font bien leur travail, on pourrait voir quelque chose d'inédit.
Où la baleine pourrait elle s'échouer ?
Je ne serais pas honnête si je ne le disais pas : cette idée danse sur le fil du rasoir. Depuis Jonas dans la Bible et Pinocchio, le ventre de la baleine relève davantage du conte que de l'épouvante, et si le film se trompe de ton, il peut vite devenir involontairement drôle.
L'autre risque, c'est le rythme. Dans un huis clos, garder la tension intacte est un vrai défi, surtout si les monologues ou les flashbacks se multiplient. Si l'histoire père fils s'appuie sur trop de souvenirs, le ballon risque de se dégonfler, au sens propre.
Reste enfin la question de la crédibilité. Le spectateur de thriller accepte beaucoup de choses, à condition que le film respecte ses propres règles. Vu le parcours de Duffield, je lui fais confiance pour prendre cela au sérieux, mais c'est le plus gros point d'interrogation.
Pour qui ?
- Pour vous si : Pour les amateurs de films de survie claustrophobes en lieu unique, prêts à se laisser embarquer par un point de départ insolite et culotté. Les fans des précédents travaux de Duffield peuvent foncer.
- Passez votre chemin si : Ceux qui supportent mal les espaces confinés, l'obscurité et l'idée de l'asphyxie, ou qui rejettent d'emblée les prémisses invraisemblables, feraient mieux de rester sur la plage.
Si vous aimez, regardez aussi : 127 heures (2010), Instinct de survie (2016), Gravity (2013), Au cœur de l'océan (2015), Open Water : En eaux profondes (2003)
Questions fréquentes
Quand Englouti sort il au cinéma ?
Englouti sort dans les salles françaises le 14 octobre 2026.
De quoi parle Englouti ?
Jay Gardiner part plonger au large de la côte centrale de la Californie pour retrouver les restes de son père récemment disparu, mais un gigantesque cachalot l'avale. Avec une heure d'oxygène, il doit trouver une issue et comprend que les dures leçons de son père pourraient être la clé de son évasion.
Qui a réalisé Englouti ?
Le film est réalisé par Brian Duffield, qui s'était déjà fait remarquer avec No One Will Save You.
Qui joue dans Englouti ?
On retrouve notamment Emily Rudd, Josh Brolin, Jane Levy, Elisabeth Shue, Austin Abrams et John Ortiz.
À quel genre appartient Englouti ?
C'est un thriller de survie américain, produit par 20th Century Studios et Imagine Entertainment.
Faut il plonger avec lui dans l'obscurité de la salle ?
Sur la base de ce que l'on sait, ma réponse est oui : c'est un film qui mérite d'être attendu et découvert sur grand écran. Il est rare qu'un thriller de grand studio propose une idée aussi neuve, aussi folle et pourtant aussi simple à saisir, et plus rare encore qu'elle soit confiée à un réalisateur ayant déjà prouvé qu'il savait faire naître la tension des situations les plus impossibles. Englouti sera peut être l'une des grandes surprises de l'année, ou finira peut être avalé par sa propre ambition. Je parie sur son audace. Note attendue : un solide 8, et davantage si le fil émotionnel fait mouche.
