L’Interview qui tue ! critique : quand le talk show vire à la chasse au dictateur
Il y a les comédies qui sonnent mieux au comptoir d’un bar qu’à l’écran, et il y a celles que quelqu’un finit vraiment par tourner. L’Interview qui tue ! appartient à la seconde catégorie : Seth Rogen et Evan Goldberg ont pris l’idée la plus absurde qui soit et l’ont déroulée pendant 112 minutes sans jamais ciller. Le résultat est bruyant, idiot, parfois génial, parfois épuisant, mais une chose est sûre : on ne s’y ennuie pas une seconde.
Une buddy comedy insolente, outrancière et franchement réservée aux adultes, qui offre plus que ce que promet son point de départ grâce au dictateur campé par Randall Park.
Fiche du film
| Original | The Interview |
|---|---|
| Sortie en France | 11/02/2015 |
| Réalisation | Seth Rogen, Evan Goldberg |
| Distribution | James Franco, Seth Rogen, Lizzy Caplan, Randall Park, Diana Bang, Timothy Simons |
| Genre | Films d'action, Comédies |
| Durée | 112 min |
| Pays | Films américains |
De quoi ça parle ? Un présentateur, un producteur et une mission impossible
Dave Skylark est la star adulée d’un talk show télévisé, un beau parleur à qui son bagou a jusqu’ici ouvert toutes les portes. À ses côtés, son producteur Aaron Rapaport fait tenir tout ce cirque debout depuis les coulisses. Leur quotidien bascule lorsque débarque Lacey, une agente de la CIA, qui veut les embarquer dans rien de moins que la plus grande opération de l’histoire de l’Agence : éliminer le dirigeant de la Corée du Nord.
Évidemment, le duo refuse. Seulement voilà, comme le dit le pitch du film lui même, on ne dit pas non à la CIA, ni à cette femme. Commence alors une aventure où le show business devient littéralement une industrie meurtrière, et où le baratin de Skylark risque de ne plus suffire. Je n’en dirai pas plus, car les meilleurs moments du film naissent justement de la façon dont deux types totalement incompétents se retrouvent plongés dans une opération d’espionnage internationale.
Franco et Rogen : une complicité sans laquelle tout s’effondrerait
James Franco et Seth Rogen s’entendent comme larrons en foire depuis des années, et ça se voit. Franco se lâche complètement : Dave Skylark est un personnage narcissique, puéril, d’une vanité sans fond, qu’il interprète avec une énergie si survoltée et un sourire si figé qu’on passe son temps à hésiter entre le fou rire et l’envie de lui coller une gifle. C’est à la fois le moteur du film et son plus gros pari : si les grimaces de Franco vous agacent, les 112 minutes vont vous paraître longues.
Rogen, lui, incarne le versant plus terre à terre. Aaron Rapaport est le gars qui sait pertinemment que tout cela est de la folie, mais qui se laisse quand même emporter par le courant. Son rire rauque si reconnaissable et ses réactions paniquées font un excellent contrepoint aux caprices de Franco. Leur dynamique, c’est la bonne vieille recette du film de potes, et elle fonctionne encore ici.
Randall Park, l’arme secrète du film
S’il ne fallait retenir qu’une raison de recommander aujourd’hui L’Interview qui tue !, ce serait Randall Park. Son Kim Jong Un est le personnage le mieux écrit et le mieux joué du film. Park ne livre pas un méchant de carton pâte, mais un homme peu sûr de lui, avide de reconnaissance, parfois franchement attachant, dont on se rappelle de temps en temps qu’il reste malgré tout un dictateur. Cette ambivalence donne lieu aux scènes les plus drôles et les plus étranges du film.
Côté seconds rôles, Lizzy Caplan campe une agente Lacey froide et aguicheuse, qui prend visiblement plaisir à tenir deux clowns en laisse. Diana Bang, dans le rôle de Sook, affiche une présence étonnamment forte, tandis que Timothy Simons, en Malcolm, apporte une touche discrète mais bien trouvée à l’univers télévisuel. Reese Alexander et James Yi s’intègrent bien eux aussi, même s’ils ont moins d’espace pour exister.
La mise en scène de Rogen et Goldberg : pas de fioritures
Le duo de réalisateurs Seth Rogen et Evan Goldberg n’est pas connu pour sa retenue, et ils ne commencent pas à faire dans la dentelle ici. L’humour est en grande partie graveleux, vulgaire et volontairement lourdingue. Il y a de la violence, du sang, et une foule de gags que vous n’aurez aucune envie d’expliquer à votre grand mère lors d’une soirée en famille.
Là où ils s’en sortent étonnamment bien, en revanche, c’est dans l’action. La seconde moitié du film prend les codes du genre au sérieux, et quand tout part en vrille, c’est spectaculaire, rythmé et, à sa manière outrancière, franchement divertissant. La mise en scène n’a rien d’élégant, mais elle sait ce qu’elle veut : faire rire et choquer, si possible en même temps.
Là où ça coince : longueurs et répétitions
112 minutes, c’est trop pour une comédie de ce genre. Certains gags sont resservis trois fois parce que le premier a marché, et certaines scènes durent tout simplement plus longtemps qu’elles ne le devraient. Le ventre mou du film se fait surtout sentir quand il s’acharne à nous montrer, encore et encore, à quel point Dave Skylark est bête.
La satire, elle aussi, reste en demi teinte. Le film laisse parfois entrevoir qu’il pourrait dire des choses acérées sur la culture people à la télévision, sur la propagande et sur la ressemblance troublante entre le spectacle et la politique, mais il sacrifie systématiquement cette idée sur l’autel d’une nouvelle blague en dessous de la ceinture. Dommage, car le personnage de Randall Park montre à quel point le résultat aurait pu être réussi si le scénario était resté aussi audacieux jusqu’au bout.
Pour qui ?
- Pour vous si : Pour celles et ceux qui aiment les comédies de Seth Rogen et James Franco et que l’humour vulgaire, bruyant et adulte ne rebute pas. Et, grâce à Randall Park, pour quiconque a envie de voir une performance comique mémorable.
- Passez votre chemin si : Si l’humour survolté et puéril vous agace, ou si vous attendez une satire politique fine et intelligente, vous serez déçu. Et surtout pas avec des enfants.
Si vous aimez, regardez aussi : C'est la fin (2013), Délire Express (2008), The Dictator (2012), Tonnerre sous les tropiques (2008)
Questions fréquentes
De quoi parle L’Interview qui tue ! ?
Dave Skylark, star d’un talk show, et son producteur Aaron Rapaport partent en Corée du Nord pour le compte de la CIA, avec pour mission d’éliminer le dirigeant du pays.
Quand L’Interview qui tue ! est il sorti en France ?
Le film est sorti en France le 11 février 2015.
Quelle est la durée de L’Interview qui tue ! ?
Le film dure 112 minutes.
Peut on regarder L’Interview qui tue ! avec des enfants ?
Non, c’est un film pour adultes, avec un humour très vulgaire et des scènes violentes.
Qui a réalisé L’Interview qui tue ! ?
Le film est réalisé par Seth Rogen et Evan Goldberg, avec James Franco et Seth Rogen dans les rôles principaux.
Qui joue Kim Jong Un dans L’Interview qui tue ! ?
C’est Randall Park qui l’incarne, et pour beaucoup, il est le meilleur atout du film.
L’Interview qui tue ! vaut il encore le détour aujourd’hui ?
Si vous cherchez de quoi accompagner une soirée détendue entre potes, un film qui ne prétend pas être plus que ce qu’il est, alors oui. L’Interview qui tue ! n’est pas le sommet du genre, il est trop long et se noie parfois dans ses propres gags, mais il a du culot, un duo Franco Rogen en grande forme et surtout Randall Park, qui vaut à lui seul le prix du billet. Vous n’allez pas beaucoup réfléchir devant, mais vous allez rire, c’est certain, et pour une idée aussi folle, c’est exactement ce qu’il faut. Pour moi, ça mérite un 6 sur 10 : moyen, mais franchement divertissant.
