Le Chat Chapeauté, critique en avant-première : peut-on institutionnaliser le chaos ?
Le chat le plus irresponsable du monde a trouvé un emploi, et rien que de l'écrire, ça fait sourire. Le Chat Chapeauté revient au cinéma, cette fois en animation, avec l'ambition de retrouver le charme insolent et sans règles qui a fait aimer le personnage du Dr Seuss par des générations entières. Nous ne l'avons pas encore vu, mais il y a de quoi l'attendre avec impatience, et aussi quelques raisons de s'inquiéter.
Un matériau solide, une idée attachante et un vrai potentiel de sortie en famille : si les cinéastes ne noient pas le chaos sous la morale, on tient peut-être le chouchou des prochaines vacances.
Fiche du film
| Original | The Cat in the Hat |
|---|---|
| Réalisation | Alessandro Carloni, Erica Rivinoja |
| Genre | Films d'animation |
| Pays | Films américains |
De quoi ça parle ? Un chat, un chapeau et une fiche de poste
Le point de départ est, à mon sens, génialement simple. Nous voici dans l'univers loufoque du Dr Seuss, où le Chat Chapeauté a décroché un poste sérieux : à l'Institut d'Institutionnalisation de l'Imagination et de l'Inspiration, il reçoit l'une des missions les plus difficiles de sa carrière. Il doit redonner le sourire à deux enfants, Gabby et Sebastian, qui viennent d'emménager dans une nouvelle ville et pour qui rien ne se passe comme prévu.
Le hic arrive exactement là où on l'attend : le Chat en fait toujours trop. Partout où il passe, le désordre s'installe, et il ne laisse derrière lui que pagaille et catastrophes. Sauf que cette fois, il y a un enjeu : s'il échoue, on lui retire son chapeau magique. Un Chat Chapeauté sans chapeau ? Autant imaginer un magicien sans lapin, et le film semble bien décidé à prendre cette menace au sérieux.
Nous n'en savons pas davantage sur l'intrigue, et je ne veux pas en inventer plus. Mais ce peu en dit déjà long sur le ton : c'est une histoire d'enfants qui parle de déménagement, d'intégration et de tristesse, qu'un chat anarchiste tente de régler à sa façon.
L'idée de l'Institut : le meilleur gag est dans le nom
Je l'avoue, c'est le nom de l'Institut d'Institutionnalisation de l'Imagination et de l'Inspiration qui m'a conquis. Ce genre de pitrerie verbale est tout à fait dans l'esprit de Seuss, et si le film entier regorge de jeux de mots et d'absurdité bureaucratique, les adultes s'amuseront autant que les enfants.
Derrière l'idée se cache d'ailleurs une jolie ironie. Le Chat Chapeauté, c'est l'insoumission incarnée, et le voilà salarié d'une institution, avec une mission, une échéance et des conséquences. Il y a là une belle tension à exploiter : d'un côté une imagination qu'on voudrait faire rentrer dans des cases, de l'autre un personnage qui n'entre dans aucune. Si les cinéastes bâtissent leur film sur ce conflit, on n'aura pas seulement un énième divertissement familial coloré, mais un film avec un peu de réflexion.
Aux commandes : Alessandro Carloni et Erica Rivinoja
Le film est réalisé par Alessandro Carloni et Erica Rivinoja. Je ne vais pas m'attarder ici sur le parcours du duo, je préfère dire ce que j'attends d'eux face à ce matériau.
Pour une adaptation de Seuss, deux choses décident de tout, selon moi. D'abord le rythme : le Chat fonctionne quand ça tourbillonne, quand les scènes se bousculent et que le spectateur a à peine le temps de souffler avant la folie suivante. Ensuite le cœur. L'histoire de Gabby et Sebastian parle de la solitude qui suit un déménagement, et on ne peut pas l'évacuer avec des blagues. Les réalisateurs doivent trouver le moment où, derrière les pitreries, on perçoit la vraie tristesse des deux enfants. S'ils y parviennent, le film marchera. Sinon, il restera une aventure bruyante et colorée, mais vite oubliée.
Qu'est-ce qui pourrait très bien fonctionner ?
- L'animation comme support. Les dessins du Dr Seuss ont déjà tout du dessin animé, avec leurs maisons tordues, leurs machines impossibles et leurs personnages tout en longueur. En animation, cet univers peut enfin bouger librement, sans se plier aux lois de la physique.
- L'enjeu. La menace de perdre le chapeau est simple, mais parfaitement compréhensible pour un enfant. Tout le monde sait ce que c'est de perdre quelque chose d'important.
- Le thème. Arriver dans une nouvelle ville, beaucoup de familles connaissent. Bien traité, le sujet pourrait même lancer la discussion à la sortie de la salle.
- Le plaisir du chaos. La force du Chat a toujours été de faire ce que les enfants n'ont pas le droit de faire. Difficile de porter à l'écran quelque chose de plus libérateur.
Où ça pourrait déraper ? Le souvenir du film en prises de vues réelles et le risque de trop expliquer
Ce n'est un secret pour personne, le Chat Chapeauté est déjà passé par le grand écran : la version en prises de vues réelles de 2003 avec Mike Myers est restée dans bien des mémoires comme une curiosité étrange plutôt que comme un film chéri. Ce nouveau long métrage part donc avec quelque chose à prouver, et il a eu raison de miser sur l'animation, car c'est sous cette forme que cet univers respire vraiment.
Le plus grand risque, pourtant, je ne le vois pas dans le passé, mais dans un travers récurrent de l'animation familiale actuelle : l'explication à outrance. Si le film martèle la morale toutes les deux scènes, l'importance de l'amitié, de la solidarité et du courage, c'est justement l'étincelle insolente qui fait aimer le Chat qui disparaîtra. Seuss ne prêchait jamais ouvertement, il cachait son propos dans les rimes et l'absurde. J'espère que les auteurs feront assez confiance au public pour laisser les enfants comprendre l'essentiel par eux-mêmes.
L'autre danger, c'est le trop-plein. Le synopsis promet que le Chat laisse pagaille et catastrophes dans son sillage, et c'est très bien, mais même le chaos a besoin d'une ligne directrice. Si l'on n'a droit qu'à une accumulation de gags, même les plus petits finiront épuisés.
Pour qui ?
- Pour vous si : Les familles avec de jeunes enfants, les fans du Dr Seuss et tous ceux qui aiment l'animation bruyante, colorée et pleine de jeux de mots. Un choix particulièrement indiqué pour les enfants qui ont eux-mêmes vécu un déménagement.
- Passez votre chemin si : Les amateurs d'animation douce et subtile le trouveront sans doute trop bruyant et trop survolté. Et si la version de 2003 en prises de vues réelles vous a dégoûté à jamais du personnage, il sera difficile de vous convaincre.
Si vous aimez, regardez aussi : Le Grinch (2018), Le Lorax (2012), Horton (2008), Paddington (2014)
Questions fréquentes
Quel est le titre original du Chat Chapeauté ?
Le titre original du film est The Cat in the Hat.
De quoi parle le film d'animation Le Chat Chapeauté ?
À l'Institut d'Institutionnalisation de l'Imagination et de l'Inspiration, le Chat Chapeauté doit redonner le sourire à Gabby et Sebastian, deux enfants qui viennent d'emménager dans une nouvelle ville et pour qui tout va de travers. S'il échoue, il perdra son chapeau magique.
Qui a réalisé Le Chat Chapeauté ?
Le film est réalisé par Alessandro Carloni et Erica Rivinoja.
Quel est le genre et la nationalité du film ?
C'est un film d'animation américain, inspiré de l'univers du Dr Seuss.
Le Chat Chapeauté a-t-il déjà été adapté au cinéma ?
Oui, une version en prises de vues réelles est sortie en 2003, avec Mike Myers dans le rôle principal. Le nouveau film en est une adaptation animée.
Faut-il tirer son chapeau au Chat ?
Je pense que oui, ou du moins il y a de bonnes chances. L'idée de voir le personnage le plus chaotique qui soit tenter, en employé d'administration, de sauver le moral de deux enfants malheureux est exactement aussi absurde qu'une bonne histoire de Seuss doit l'être. L'animation est la forme qui convient, et le thème du déménagement peut offrir un vrai socle émotionnel aux pitreries. Mon pronostic : un solide 7 sur 10, qui pourrait facilement grimper à 8 si le film ose rester insolent et ne s'étouffe pas sous les leçons de morale. Avec un chocolat chaud et un paquet de pop-corn, difficile de trouver meilleure sortie en famille.
