Raison et Sentiments, critique avant-première : Daisy Edgar-Jones et Esmé Creed-Miles peuvent-elles redonner souffle à Jane Austen ?
On ne se lasse jamais de Jane Austen, du moins chez Working Title, et franchement, difficile de leur donner tort. Sortie en France le 23 septembre 2026, cette nouvelle adaptation de Raison et Sentiments, signée Georgia Oakley, remet au centre l'amour et la relation entre sœurs. À en juger par la distribution, on est loin du film en costumes poussiéreux qu'on regarde par devoir : tout laisse espérer quelque chose de beaucoup plus vivant.
Sur le papier, tout est réuni pour une adaptation d'Austen fraîche, sensible et bouleversante. Reste la vraie question : ose-t-elle dire quelque chose de neuf sur une histoire racontée tant de fois ?
Fiche du film
| Original | Sense and Sensibility |
|---|---|
| Sortie en France | 23/09/2026 |
| Réalisation | Georgia Oakley |
| Distribution | Bodhi Rae Breathnach, Caitriona Balfe, Daisy Edgar-Jones, George MacKay, Fiona Shaw, Chloe Pirrie |
| Genre | Drames cinématographiques |
| Classification | TP |
| Pays | Films américains |
De quoi ça parle ? Deux sœurs et beaucoup de non-dits
Raison et Sentiments compte parmi les romans les plus célèbres de Jane Austen, et d'après le synopsis officiel, ce nouveau film repose sur ses deux piliers : l'amour et le lien entre sœurs. La promotion promet une histoire charmante, spirituelle et profondément humaine, ce qui, chez Austen, n'a rien d'un argument marketing creux : c'est l'essence même de son œuvre.
Ceux qui connaissent le roman ou les précédentes adaptations le savent, deux tempéraments s'affrontent ici : l'une des sœurs incarne la mesure, l'autre la passion. Le titre résume à lui seul le conflit. Ce que Georgia Oakley choisit de mettre en avant, de couper ou de réinterpréter, on ne le sait pas encore précisément, et je n'en dirai pas plus sur l'intrigue que ce que les lecteurs du livre connaissent déjà.
Une chose semble acquise : le cœur du film sera la relation entre les deux sœurs, et c'est une bonne nouvelle. Les adaptations d'Austen fonctionnent le mieux quand la question n'est pas seulement de savoir qui épousera qui, mais aussi comment les personnages se supportent les uns les autres et affrontent le monde.
Daisy Edgar-Jones et Esmé Creed-Miles : un duo idéal ?
Ceux qui ont vu Normal People le savent : Daisy Edgar-Jones excelle dans l'émotion contenue, retenue, presque silencieuse. Un regard lui suffit là où d'autres auraient besoin d'un monologue. Et c'est exactement ce qu'exige l'univers d'Austen, où rien ne peut se dire franchement et où le visage de l'actrice parle à la place des mots.
Esmé Creed-Miles, on l'a découverte dans la série Hanna, dans un rôle très physique et instinctif. Le contraste est réjouissant : deux actrices aux énergies radicalement différentes pour deux sœurs aux caractères opposés. Si l'alchimie opère entre elles, le film entier en profitera.
Les seconds rôles ne sont pas en reste :
- Caitriona Balfe, que beaucoup connaissent grâce à Outlander, capable de dégager à la fois chaleur et prestance.
- George MacKay, qui a prouvé depuis 1917 qu'il sait rendre crédibles les tensions et les déchirements intérieurs.
- Fiona Shaw, dont la seule présence dans un drame d'époque promet des scènes mordantes et savoureuses.
- Chloe Pirrie, Frank Dillane, Herbert Nordrum et la jeune Bodhi Rae Breathnach complètent la distribution.
La répartition exacte des rôles n'ayant pas été officiellement communiquée, je m'abstiendrai de toute spéculation. Mais avec autant de talent réuni à l'écran, il paraît difficile de passer à côté.
Georgia Oakley : le choix de mise en scène à surveiller
C'est Georgia Oakley qui tient la caméra, et c'est peut-être le choix le plus intrigant du projet. Plutôt qu'un artisan chevronné du film en costumes, la production a misé sur une cinéaste dont on attend davantage un regard neuf qu'une approche prudente.
C'est à la fois une chance et un risque. Si Oakley aborde avec finesse la relation entre les sœurs, Raison et Sentiments pourrait enfin dépasser le statut de belle adaptation un peu muséale pour devenir un récit vivant, vibrant, sur ce que signifie aimer quand on est une femme dans un monde où l'amour est aussi une affaire d'argent. Mais si elle cherche trop à moderniser, on risque de perdre ce qui fait le charme d'Austen : l'ironie subtile et la rigueur de la forme.
Derrière le film, on trouve Focus Features et Working Title, et ce nom-là oblige. Working Title est associé à un bon nombre de films britanniques en costumes et de romances mémorables, alors sur la qualité de la fabrication, je suis plutôt serein.
Qu'est-ce qui pourrait en faire une réussite ?
Trois raisons me rendent optimiste. D'abord la distribution : Daisy Edgar-Jones semble faite pour ce genre de rôle. Ensuite l'angle choisi : le synopsis officiel ne met pas la romance au premier plan, mais la sororité, ce qui laisse penser que le film vise le véritable cœur du roman.
Enfin, la matière elle-même. Les histoires d'Austen traversent les époques parce que les émotions qu'elle décrit font toujours aussi mal aujourd'hui. Le rejet, la tension entre argent et amour, le poids des devoirs familiaux : rien de tout cela n'a vieilli. Si le film parvient à le montrer de façon à ce qu'un spectateur d'aujourd'hui s'y reconnaisse, il peut frapper fort.
Et avouons-le, pour une soirée pluvieuse d'automne, il y a peu de programmes plus tentants qu'un drame anglais déchirant, joliment photographié et porté par des costumes somptueux.
Où pourrait-il trébucher ?
Le pire adversaire de ce film, ce ne sont pas les critiques, mais la mémoire du public. Raison et Sentiments a déjà connu une adaptation que beaucoup considèrent comme un sommet du genre, et la comparaison sera inévitable. Il ne suffira donc pas à cette nouvelle version d'être réussie : elle devra aussi montrer ce que les précédentes n'ont pas montré.
Deuxième danger : une approche trop sage. Si le film se contente de réciter l'histoire bien connue dans de beaux décors, on aura droit à un moment agréable mais vite oublié. Troisième écueil, à l'opposé : une modernisation excessive qui sacrifierait l'élégance du texte d'Austen.
Sincèrement, la distribution et le choix de la réalisatrice suggèrent plutôt une direction audacieuse et personnelle, ce que je vois comme un bon signe. Mais tant qu'on ne l'a pas vu, on ne peut qu'espérer qu'Oakley trouve le juste équilibre.
Pour qui ?
- Pour vous si : Aux inconditionnels de Jane Austen, aux amateurs de drames en costumes et à tous ceux qui ont aimé l'atmosphère pudique et profondément sensible de Normal People. Entre frères et sœurs, et surtout entre sœurs, il pourrait bien devenir incontournable.
- Passez votre chemin si : Ceux qui recherchent une intrigue nerveuse, de l'action ou des rebondissements spectaculaires risquent de s'ennuyer. Et pour qui l'adaptation précédente reste le Graal absolu, il sera difficile d'entrer dans la salle sans a priori.
Si vous aimez, regardez aussi : Orgueil et Préjugés (2005), Raison et Sentiments (1995), Emma. (2020), Les Filles du docteur March (2019), Persuasion (2022)
Questions fréquentes
Quand sort le nouveau Raison et Sentiments en France ?
Le film est sorti dans les salles françaises le 23 septembre 2026.
Qui joue dans Raison et Sentiments ?
Les rôles principaux sont tenus par Daisy Edgar-Jones et Esmé Creed-Miles, entourées de Caitriona Balfe, George MacKay, Fiona Shaw, Chloe Pirrie, Frank Dillane, Herbert Nordrum et Bodhi Rae Breathnach.
Qui a réalisé le nouveau Raison et Sentiments ?
Le film est réalisé par Georgia Oakley et produit par Focus Features et Working Title.
De quoi parle Raison et Sentiments ?
C'est une nouvelle adaptation du roman classique de Jane Austen, centrée sur l'amour et le lien entre sœurs, avec un ton spirituel et très humain.
À quel genre appartient Raison et Sentiments ?
C'est un drame américain adapté du roman du même nom de Jane Austen.
Faut-il prévoir les mouchoirs cet automne ?
Je crois que oui. Sur le papier, ce nouveau Raison et Sentiments coche presque toutes les cases : des actrices principales solides et talentueuses, une réalisatrice dont on attend un regard neuf et une société de production qui connaît le genre sur le bout des doigts. Le risque est réel, car il est difficile de surprendre avec une histoire adaptée tant de fois, mais si l'étincelle jaillit entre Daisy Edgar-Jones et Esmé Creed-Miles, ce pourrait être l'un des plus beaux moments de cinéma de la saison. Ma note attendue : 8/10, et j'espère sincèrement devoir l'arrondir à la hausse une fois installé dans la salle.
