Behemoth! : notre critique en avant-première du retour de Tony Gilroy, violoncelle en main
Voir le nom de Tony Gilroy sur l'affiche d'un drame musical, ça oblige à y regarder à deux fois. L'auteur de Michael Clayton et d'Andor revient avec l'histoire d'un violoncelliste qui rentre au pays, entouré d'un casting qui semble tiré de la liste de comédiens préférés d'un cinéphile un peu fou. Behemoth! sort en salles le 2 décembre, et on vous explique dès maintenant pourquoi on a hâte.
Avec Gilroy aux commandes et une distribution étonnamment hétéroclite, ce pourrait être l'une des sorties les plus intrigantes de décembre. Mais derrière un synopsis aussi flou peut se cacher un chef-d'œuvre autant qu'un film d'auteur replié sur lui-même.
Fiche du film
| Sortie en France | 02/12/2026 |
|---|---|
| Réalisation | Tony Gilroy |
| Distribution | Pedro Pascal, Olivia Wilde, Eva Victor, Matthew Lillard, Margarita Levieva, Will Arnett |
| Genre | Drames cinématographiques |
| Durée | 124 min |
| Pays | Films américains |
Un violoncelliste, vingt ans d'absence et une ville qui a changé
Le synopsis officiel est avare de détails, mais il dit l'essentiel : Alex Serian, violoncelliste doué, revient à Los Angeles, sa ville natale, après vingt ans d'absence. Sa vie a toujours été portée par la musique, comme un fleuve qui emporte tout sur son passage, sans jamais cesser de couler, et ce courant va l'entraîner vers des aventures qui le changeront pour toujours.
On n'en sait pas plus, et franchement, c'est très bien ainsi. Le retour au pays est l'un des schémas les plus anciens du cinéma : le héros revient là d'où il s'est enfui et découvre que ni lui ni l'endroit ne sont ce dont il se souvenait. Vingt ans, c'est énorme, toute une vie tient dedans. Ce qui m'intrigue vraiment, c'est le mot « aventures ». D'un drame sur un musicien classique, on attendrait plutôt des tourments intérieurs feutrés, pas de l'aventure. Si Gilroy prépare ici quelque chose de plus mouvementé, de plus inattendu, la piste pourrait être passionnante.
Le titre promet beaucoup lui aussi. Avec son point d'exclamation, Behemoth! peut désigner n'importe quoi : le surnom d'un instrument imposant, un trait de caractère, Los Angeles elle-même, ou quelque chose qu'on n'imagine même pas encore. Réponse en décembre.
Tony Gilroy, l'homme de la précision, enfin libre de lâcher la bride
Gilroy fait partie de ces cinéastes dont le public ignore parfois le nom alors qu'il connaît leur travail. Il a été l'un des scénaristes clés de la saga Jason Bourne, il s'est imposé comme réalisateur avec Michael Clayton, et Andor, l'une des séries les plus saluées de ces dernières années, porte aussi sa signature. Le point commun de tout cela : la précision. Ses dialogues sont tranchants, ses scènes tendues, ses personnages intelligents, et il ne prend jamais le spectateur pour un idiot.
C'est justement ce qui rend l'association aussi étrange qu'attirante. Un drame musical qui, à en croire le synopsis, parle de flux et de dérive n'est pas a priori le terrain de jeu naturel d'un cinéaste aussi maîtrisé. Peut-être est-ce tout l'enjeu : voir un réalisateur rigoureux s'autoriser enfin à laisser respirer son film. Si ça marche, on pourrait tenir quelque chose de rare. Sinon, on risque un film trop écrit, brillant mais froid, sur un sujet qui réclame de la chaleur.
Je parie sur la première option. Dans tous ses films, Gilroy a toujours caché un vrai cœur émotionnel sous une surface glacée.
Pedro Pascal et une bande aussi bizarre que géniale
Le casting, c'est le moment où l'on hausse un sourcil avant de sourire. Depuis The Last of Us et The Mandalorian, Pedro Pascal est l'acteur à qui l'on peut tout confier, et dans le registre du personnage fatigué mais au grand cœur, peu font mieux que lui. Les documents officiels ne précisent pas encore qui joue qui, je ne vais donc pas jouer aux devinettes. Une chose est sûre : Pascal sera l'un des moteurs du film.
À ses côtés, Olivia Wilde, qui a fait ses preuves derrière la caméra et attend depuis longtemps un rôle à sa mesure devant. Eva Victor, l'une des voix indépendantes les plus intéressantes du moment, laisse penser que le film ne se résumera pas à un défilé de stars.
Vient ensuite la pochette surprise : Matthew Lillard, que beaucoup aiment depuis Scream, Will Arnett, chouchou des fans d'Arrested Development, et Hank Azaria, dont la voix est familière à quiconque a grandi avec Les Simpson. La liste se complète avec Margarita Levieva, Adam Rose, Stephanie Sigman et JoBeth Williams, inoubliable dans Poltergeist.
Sur le papier, c'est éclectique, voire un peu fou : des comiques, des seconds rôles de caractère et des stars du drame dans le même film. C'est précisément pour ça que je doute que Behemoth! soit un drame uniformément sombre. Avec une telle équipe, le ton peut osciller de l'humour pince-sans-rire à l'émotion la plus poignante.
Une musique qui n'accompagne pas, mais qui joue le premier rôle
Dans un film sur un violoncelliste, la musique n'est pas un habillage, c'est la colonne vertébrale du récit. Le violoncelle s'y prête particulièrement : il a une voix grave, humaine, qui semble parfois parler. Si le mixage et la partie musicale sont réussis, le film devrait se ressentir physiquement en salle. C'est aussi pour cela que j'ai d'emblée donné une note anticipée aussi élevée à la musique et au son : impossible d'imaginer qu'on lésine là-dessus avec un tel sujet.
Les meilleurs films musicaux, de Whiplash à Tár, ont prouvé que le cinéma sur la musique classique ou le jazz peut être tendu à l'extrême, voire carrément palpitant. Le synopsis de Behemoth! met davantage l'accent sur la dérive et le voyage intérieur que sur la compétition obsessionnelle, mais entre les mains de Gilroy, qui sait, cela pourrait aussi devenir coupant.
Où le film pourrait-il dérailler ?
Soyons honnêtes, le risque existe. Le synopsis est volontairement flou, et une formule du genre « la musique qui coule comme un fleuve » peut annoncer un film qui se construit sur des atmosphères plus que sur une histoire. Les 124 minutes n'ont rien d'extrême, mais pour un drame au rythme lent, elles pourraient se faire sentir.
Autre danger : un casting pléthorique. Dix noms connus dans un film de deux heures, cela signifie que certains auront forcément moins de place qu'on le voudrait. Si Will Arnett ou Hank Azaria ne font que passer le temps de deux scènes, ce sera un peu frustrant.
Reste la question du ton. Un drame du retour, avec des aventures, des comiques et un réalisateur obsédé par le contrôle : soit l'ensemble tient merveilleusement, soit il s'effondre. On voit mal un entre-deux, et c'est justement ce que je trouve excitant.
Pour qui ?
- Pour vous si : Aux amateurs de drames adultes portés par les personnages, aux admirateurs de Tony Gilroy et à tous ceux qui suivraient Pedro Pascal n'importe où. Pour les mélomanes, c'est incontournable.
- Passez votre chemin si : Ceux qui attendent de l'action nerveuse ou un pur film de genre risquent de trouver le temps long face à un drame de deux heures bâti sur un voyage intérieur.
Si vous aimez, regardez aussi : Tár (2022), Whiplash (2014), Michael Clayton (2007), Inside Llewyn Davis (2013)
Questions fréquentes
Quand Behemoth! sort-il au cinéma en France ?
Behemoth! sort dans les salles françaises le 2 décembre 2026.
De quoi parle Behemoth! ?
Alex Serian, violoncelliste talentueux, revient à Los Angeles après vingt ans d'absence. La musique va l'entraîner vers des aventures qui changeront sa vie pour toujours.
Qui a réalisé Behemoth! ?
Le film est réalisé par Tony Gilroy, à qui l'on doit Michael Clayton et la série Andor.
Qui joue dans Behemoth! ?
On retrouve notamment Pedro Pascal, Olivia Wilde, Eva Victor, Matthew Lillard, Margarita Levieva, Will Arnett, Hank Azaria, Adam Rose, JoBeth Williams et Stephanie Sigman.
Quelle est la durée de Behemoth! ?
Le film dure 124 minutes.
Faut-il aller voir en décembre le retour au pays d'un violoncelliste ?
Je vous préviens : ce ne sera pas le genre de film qu'on regarde d'un œil en scrollant sur son téléphone. D'après tout ce qu'on en sait, Behemoth! sera un drame qui exige attention et patience, mais qui a de bonnes chances de les récompenser généreusement. Tony Gilroy n'a jamais livré de travail tiède, et Pedro Pascal est dans une telle forme qu'il pourrait nous vendre à peu près n'importe quoi.
Ma note anticipée tire franchement vers le haut, car autant de talent réuni au même endroit passe rarement complètement à côté. Le synopsis flou et le casting disparate y ajoutent une part de roulette, mais c'est justement pour ça que je pressens que ce sera le film dont on débattra le plus en décembre. J'y serai dès les premières séances, et si vous aimez les drames adultes imprégnés de musique, je pense que vous y serez aussi.
