Belfast, la critique : la lettre d'amour de Kenneth Branagh à une enfance perdue
Certains films ne se tournent pas, ils s'écrivent de l'intérieur. Belfast en fait partie : Kenneth Branagh y regarde, à travers les yeux d'un petit garçon, la rue tant aimée et le foyer protecteur se fissurer peu à peu. Un petit film au grand cœur, qui frappe juste là où on ne l'attendait pas.
Un drame familial chaleureux, intelligent et douloureusement beau, qui traite la nostalgie non comme un glaçage sucré mais comme un véritable enjeu.
Fiche du film
| Sortie en France | 02/03/2022 |
|---|---|
| Réalisation | Kenneth Branagh |
| Distribution | Jude Hill, Jamie Dornan, Caitríona Balfe, Lewis McAskie, Judi Dench, Ciarán Hinds |
| Genre | Drames, Films historiques |
| Durée | 98 min |
| Classification | U |
| Pays | Films britanniques, Films nord-irlandais |
Une rue où tout le monde se connaît
Le héros de Belfast s'appelle Buddy, un garçon au seuil de l'adolescence. Sa vie ressemble exactement à ce que devrait être une enfance : une famille aimante autour de lui, des aventures dans la rue, et un premier amour, tendre et un peu maladroit, qui lui noue l'estomac. Seulement voilà, sa ville natale s'enfonce dans un chaos grandissant, et les tensions du monde des adultes s'infiltrent lentement dans son quotidien.
La famille se retrouve face à une question difficile : tenir bon en espérant que le conflit finisse par s'apaiser, ou tout quitter dans l'espoir d'une vie nouvelle ? C'est tout ce qu'il faut savoir de l'histoire, laissez le film raconter le reste. Sa force ne tient pas aux rebondissements, mais à la manière dont il montre ce dilemme à hauteur d'enfant.
Tout est là. Buddy ne comprend pas vraiment ce qui se passe autour de lui, mais il le sent. Et nous le sentons avec lui : les chuchotements des adultes, les dîners tendus, les silences soudains en disent plus long que n'importe quelle explication politique.
Jude Hill, le petit garçon qui porte le film sur ses épaules
Confier un tel poids à un enfant acteur est toujours un pari. Pourtant, Jude Hill évolue à l'écran avec un tel naturel qu'on le croirait inconscient de la caméra. Rien chez lui des tics appris de l'enfant de cinéma typique : il est curieux, espiègle, apeuré, amoureux, et il fait passer tout cela par de minuscules gestes.
Une grande partie du film se joue sur son visage, et ça fonctionne. Quand Buddy observe, nous observons aussi. Quand il ne comprend pas pourquoi ses parents se disputent, nous sommes assis avec lui dans l'escalier, moitié curieux, moitié terrifiés.
Pa, Ma, Granny et Pop : la famille dont tout le monde rêve
Si Buddy est le cœur du film, sa famille en est la circulation sanguine. Jamie Dornan se montre étonnamment nuancé dans le rôle de Pa : ceux qui le connaissaient surtout pour Cinquante nuances de Grey découvrent un père fatigué mais fier, qui veut à la fois protéger les siens et préserver sa dignité. Caitríona Balfe, dans le rôle de Ma, est peut-être le maillon le plus fort : son personnage porte tout le poids de la décision, et l'actrice fait sentir dans chaque scène ce que lui coûte le fait de rester solide.
Et puis il y a les grands-parents, et là, le film est presque insolemment bon. Judi Dench en Granny et Ciarán Hinds en Pop forment un duo qu'on aurait envie d'adopter. Dench en dit plus d'un seul regard que d'autres avec un monologue, tandis que Hinds campe un grand-père d'un humour si sage et si tendre que leurs scènes comptent parmi les plus chaleureuses du film.
Dans les seconds rôles, Lewis McAskie joue Will, le grand frère de Buddy, Lara McDonnell incarne Moira et Colin Morgan prête ses traits à Billy Clanton. C'est le personnage de Morgan qui fait entrer la menace dans ce petit monde de quartier qu'on croyait à l'abri, et l'effet est d'une efficacité dérangeante.
Branagh rentre au pays, et cette fois sans Shakespeare
La carrière de Kenneth Branagh est jalonnée de projets grandioses : il a mis en scène Hamlet, Thor dans l'univers Marvel, et s'est aventuré chez Agatha Christie avec Le Crime de l'Orient-Express. À côté, Belfast ressemble presque à un murmure. Un espace restreint, peu de décors, une famille, une rue. Et pourtant, c'est le plus sincère de ses films à ce jour.
Sa mise en scène est ici sobre et précise. Il ne cherche pas à tout expliquer, ne fait pas de cours de politique, il fait confiance aux instants : une conversation dans la cuisine, un conseil du grand-père, une bêtise d'enfant. L'accent reste constamment sur la famille, et la grande Histoire est présente comme elle le serait dans la vie d'un enfant : un bruit de fond, une peur, un changement inexplicable.
Les 98 minutes de durée sont une bénédiction. Le film ne s'étire pas, n'en fait pas trop : c'est une expérience resserrée et dense, qui vous habite encore des heures après.
Où la nostalgie dérape-t-elle ?
Bien sûr, tout n'est pas parfait. Le point de vue enfantin a un prix : le chaos de la ville paraît parfois trop lointain, trop flou, et ceux qui attendent une analyse historique fouillée et nuancée seront déçus. Belfast ne parle pas de cela, et ne s'en cache pas, mais on sent par moments que le film préfère caresser plutôt que confronter.
La nostalgie travaille aussi à plein régime. Certaines scènes sont un peu trop belles, trop rondes, comme sorties d'un album photo. Ce n'est pas forcément un défaut, la mémoire fonctionne ainsi, mais ceux qui sont allergiques aux drames familiaux sentimentaux pourront trouver que c'est parfois beaucoup.
- Ce qui fonctionne : la distribution, surtout Balfe, Dench et Hinds, le regard d'enfant, la durée ramassée.
- Ce qui fonctionne moins : le conflit en arrière-plan reste parfois esquissé, et le film veut par moments être trop gentil.
Pour qui ?
- Pour vous si : Pour ceux qui aiment les drames intimes à échelle humaine, les grandes performances d'acteurs et les films doux-amers sur l'enfance. Si La Guerre à sept ans ou Roma vous ont touché, vous êtes au bon endroit.
- Passez votre chemin si : Pour ceux qui cherchent une intrigue nerveuse, de l'action ou des explications historiques détaillées. Si les histoires de famille chargées d'émotion vous fatiguent, mieux vaut passer votre chemin.
Si vous aimez, regardez aussi : Hope and Glory (1987), Roma (2018), Jojo Rabbit (2019), Minari (2020), The Fabelmans (2022)
Questions fréquentes
Quand Belfast est-il sorti en France ?
Belfast est sorti dans les salles françaises le 2 mars 2022.
De quoi parle Belfast ?
Le film suit Buddy, un garçon au seuil de l'adolescence, entouré d'une famille aimante, d'aventures d'enfant et d'un premier amour. Alors que sa ville natale sombre dans le chaos, sa famille doit choisir : rester, ou tout laisser derrière elle pour une nouvelle vie.
Quelle est la durée de Belfast ?
Le film dure 98 minutes.
Qui a réalisé Belfast et qui joue dedans ?
Le film est réalisé par Kenneth Branagh. Distribution principale : Jude Hill (Buddy), Jamie Dornan (Pa), Caitríona Balfe (Ma), Judi Dench (Granny), Ciarán Hinds (Pop), Lewis McAskie (Will), Lara McDonnell (Moira) et Colin Morgan (Billy Clanton).
Faut-il rentrer à Belfast avec Buddy ?
Oui, et sans hésiter. Belfast ne prétend pas sauver le monde, seulement montrer ce que l'on ressent quand le point d'ancrage le plus sûr d'un enfant, la maison, commence à vaciller. Mais il le fait avec tant d'amour, d'humour et de douleur qu'il est difficile de ne pas être ému. Jude Hill est irrésistible, Caitríona Balfe impressionnante, et Judi Dench comme Ciarán Hinds mériteraient chacun une mention à part.
Ce n'est pas un film parfait : l'arrière-plan s'estompe parfois, la nostalgie se fait parfois trop douce. Mais on voit rarement un film aussi sincère, aussi humain, signé par un cinéaste qui y a visiblement mis énormément de lui-même. Si vous cherchez, un soir tranquille, quelque chose de vraiment touchant, Belfast vous l'offrira. Gardez quand même les mouchoirs à portée de main.
