Kinoster
FR ▾

Critique · Sortie : 14/10/2026 · Mis à jour : 08/10/2026

Malfaisante, critique : Jessica Chastain se dédouble, et ses deux visages vous hantent

Films américainsFilms d'horreur

Il y a peu de choses plus effrayantes que de croiser le regard de sa mère et de comprendre que ce n'est pas elle. Malfaisante s'appuie sur cette terreur enfantine vieille comme le monde. Jessica Chastain y incarne à la fois une mère aimante et cette chose qui, chaque nuit, sort du placard. Le film arrive dans les salles françaises le 14 octobre, et je vous préviens : depuis la projection, je regarde d'un œil méfiant les membres de ma famille qui me préparent un thé.

7,8/10
Note
Un point de départ viscéral, une double performance saisissante de Jessica Chastain et un cinéaste qui manie l'obscurité en orfèvre. Le film aurait parfois gagné à lever le pied sur les jump scares, mais il reste l'un des meilleurs films d'horreur de cet automne en salles.
Scénario
7
Interprétation
9
Réalisation
8
Image
7
Musique et son
8
Émotion
8

La note globale est la moyenne des six critères.

Avant la sortie, nous attendions : 7,7, au final : 7,8 (+0,1)

Fiche du film

OriginalOther Mommy
Sortie en France14/10/2026
RéalisationRob Savage
DistributionDichen Lachman, Jessica Chastain, Karen Allen, Jay Duplass
GenreFilms d'horreur
Classification12
PaysFilms américains

De quoi ça parle ? Une question venue du placard

Au cœur du récit, il y a Bela, huit ans, interprétée par la jeune Arabella Olivia Clark, dont c'est le premier rôle. Dès les premières minutes, son foyer n'a rien d'un havre de paix : le couple formé par ses parents, joués par Jessica Chastain et Jay Duplass, ne tient plus qu'à un fil. C'est dans ce silence tendu que surgit une présence inquiétante que la fillette appelle simplement l'Autre Maman. Chaque nuit, elle sort du placard et pose toujours la même question : peut-elle entrer dans le cœur de Bela ?

Quand l'enfant refuse, l'Autre Maman devient de plus en plus agressive, et la menace finit par s'étendre à toute la famille. Je n'en dirai pas plus, ce n'est d'ailleurs pas nécessaire. L'idée est d'une simplicité redoutable, car elle vise l'arme la plus puissante du genre : le moment où ce qui devait nous protéger devient ce qui nous menace. Une mère, c'est vers elle qu'on court quand on a peur. Et si la peur avait justement son visage ?

Le film est adapté du roman Incidents Around the House de Josh Malerman. Le nom de l'auteur vous dit sans doute quelque chose grâce à Bird Box, et cette origine se ressent : l'histoire repose sur une vraie colonne vertébrale littéraire qui l'empêche de se réduire à un simple train fantôme.

Jessica Chastain, en double

L'atout majeur du film, c'est sans conteste Jessica Chastain, qui joue à la fois la mère de Bela et l'Autre Maman. Sur le papier, ce double rôle intrigue déjà ; à l'écran, il donne franchement la chair de poule. Chastain a toujours su séparer la chaleur et la menace d'un seul regard, et elle trouve enfin ici un rôle entièrement construit sur ce talent. La vraie mère est une femme épuisée, blessée, qui tente de garder l'équilibre sur les ruines de son mariage. L'autre est son reflet déformé : le même visage, mais quelque chose cloche terriblement dans son sourire.

Clin d'œil amusant, presque trop beau pour être fortuit : Chastain tenait déjà l'affiche de Mama, autre film d'horreur centré sur la maternité. Sauf qu'elle y était du côté protecteur, alors qu'ici elle devient sa propre adversaire. C'est pour moi l'une des performances de genre les plus marquantes de l'année, et je ne serais pas surpris que les amateurs d'horreur en parlent encore dans plusieurs années.

Jay Duplass livre exactement ce qu'on attend de lui dans le rôle du père discret et ordinaire : un homme crédible, un peu perdu, dont le couple craque déjà de partout alors que le surnaturel ne fait encore que frapper à la porte. Quant à Arabella Olivia Clark, elle est épatante : ce genre de film repose entièrement sur son jeune interprète, et elle le porte sur ses épaules. Dichen Lachman et Karen Allen figurent aussi au générique, avec une présence solide, mais les projecteurs restent clairement braqués sur Chastain et la fillette.

Rob Savage, le maître des recoins sombres

Ces dernières années, Rob Savage s'est imposé comme une valeur sûre du genre. Host avait tiré d'un simple appel Zoom un film d'épouvante étonnamment efficace en plein confinement, Dashcam était une expérience clivante mais audacieuse, et The Boogeyman a montré qu'il savait aussi évoluer dans le cadre d'un grand studio. Malfaisante est son film le plus abouti à ce jour.

En interview, Savage s'est vanté d'avoir glissé une cinquantaine de jump scares dans le film. Annoncé comme ça, c'est presque plus effrayant que le film lui-même, et il y a effectivement quelques moments où j'aurais préféré une angoisse lente et rampante à un énième coup de massue sonore. Mais les meilleures scènes sont justement celles où rien ne nous saute au visage : quand l'Autre Maman se tient simplement dans l'obscurité, un peu trop immobile, à sourire un peu trop longtemps. Savage a compris que la peur se loge dans les bords du cadre, dans les silhouettes à peine entrevues, et il en joue abondamment.

James Wan et l'usine Atomic Monster

À la production, on retrouve James Wan, qu'il est inutile de présenter aux fans d'horreur : Saw, Insidious et Conjuring sont tous partis de lui. Le film sort de chez Atomic Monster, la maison associée à Blumhouse à qui l'on doit aussi Backrooms.

Ce pedigree se sent à l'écran, pour le meilleur comme pour le moins bon. Le meilleur, c'est que le film sait parfaitement comment remplir une salle : le public sursaute en chœur et rit nerveusement ensemble après les pics de tension. Le moins bon, c'est qu'on devine parfois la prudence du studio, là où une solution plus audacieuse et plus silencieuse aurait frappé plus fort. Reste que ce n'est absolument pas un produit à la chaîne : le film a son propre visage, et ce visage, c'est celui de Chastain.

Ce qui fonctionne vraiment : le couple comme maison hantée

L'idée la plus maligne du film est de faire avancer la menace surnaturelle en parallèle de la désagrégation de la famille. L'Autre Maman manipule, fait douter, resserre l'étau, tandis que le couple parental vole déjà en éclats de lui-même. Au bout d'un moment, on ne sait plus très bien ce qui fait le plus peur : la créature qui sort du placard ou la tension muette qui grésille dans la cuisine.

Et cette question, « est-ce que je peux entrer dans ton cœur ? », est un mantra d'épouvante génial. À la fois comptine enfantine et phrase profondément troublante, elle m'est restée gravée en tête après le générique. C'est grâce à ce genre de répliques qu'un film d'horreur nous suit bien au-delà de la salle.

Où ça coince ?

Je ne serais pas honnête si je me contentais de m'enthousiasmer. L'horreur du double est un terrain largement balisé, et le titre original comme le principe font forcément penser à un classique de l'animation bien connu, dont le film ne parvient pas toujours à s'émanciper. La profusion de jump scares se fait parfois au détriment de l'atmosphère, et certains passages crient ce qu'ils auraient mieux fait ressentir en silence.

Mais il s'agit plutôt de petits défauts que de péchés capitaux. Le film ne prend pas de gants, certes, mais sa dureté sert le récit et n'est jamais gratuite.

Pour qui ?

Si vous aimez, regardez aussi : Mama (2013), The Boogeyman (2023), Host (2020), Conjuring : Les Dossiers Warren (2013), Insidious (2010), Bird Box (2018)

Questions fréquentes

Quand sort Malfaisante au cinéma en France ?

Le film sort dans les salles françaises le 14 octobre 2026.

De quoi parle Malfaisante ?

De Bela, une fillette de huit ans dont les parents traversent une crise de couple. Chaque nuit, une créature qui ressemble trait pour trait à sa mère, l'Autre Maman, sort du placard et lui demande si elle peut entrer dans son cœur. Quand Bela refuse, elle devient de plus en plus agressive.

Malfaisante est-il adapté d'un livre ?

Oui, le film est adapté du roman Incidents Around the House de Josh Malerman, l'auteur de Bird Box.

Quel rôle joue Jessica Chastain ?

Elle tient un double rôle : elle incarne à la fois la mère de Bela et l'Autre Maman.

Qui a réalisé Malfaisante ?

Le film est réalisé par Rob Savage et produit par James Wan, au sein d'Atomic Monster, associé à Blumhouse.

Y a-t-il beaucoup de jump scares ?

Oui. Rob Savage a lui-même expliqué que le film en contient une cinquantaine.

Faut-il ouvrir la porte du placard de Malfaisante ?

Oui, et sans hésiter. Malfaisante tire d'une peur enfantine ancestrale un film d'horreur étonnamment émouvant et pourtant pensé de bout en bout pour la salle. Rob Savage prouve une fois de plus que l'obscurité est son terrain de jeu, et Jessica Chastain livre une double performance après laquelle il sera difficile de regarder innocemment une porte de placard entrouverte. Il y a un peu trop de jump scares, et les réflexes de studio retiennent parfois le film par la manche, mais l'ensemble mérite un solide 8. Quant à moi, en sortant de la projection, j'ai vraiment appelé ma mère. Juste pour entendre sa voix. Et pour m'assurer que c'était bien elle.

Note: 7,8/10 · Scénario 7 · Interprétation 9 · Réalisation 8 · Image 7 · Musique et son 8 · Émotion 8