Seven, critique : l'enfer pluvieux de Fincher glace toujours le sang trente ans après
Il y a les films qu'on regarde, et ceux qui continuent de nous regarder pendant des semaines. Seven appartient à la seconde catégorie. Sorti dans les salles françaises le 31 janvier 1996, le thriller de David Fincher ne cherche pas à faire sursauter : il s'insinue en vous, lentement, méthodiquement. Trente ans plus tard, il reste aussi humide, noir et impitoyable qu'au premier jour.
Seven est l'un des sommets du thriller de tueur en série, et il domine largement la concurrence par son atmosphère, son interprétation et son audace.
Fiche du film
| Original | Se7en |
|---|---|
| Sortie en France | 31/01/1996 |
| Réalisation | David Fincher |
| Distribution | Morgan Freeman, Brad Pitt, Gwyneth Paltrow, John Cassini, Peter Crombie, Reg E. Cathey |
| Genre | Polars, Films à suspense, Thrillers |
| Durée | 122 min |
| Classification | 12 |
| Pays | Films américains |
Sept péchés, une ville, deux flics : de quoi ça parle, sans spoiler ?
Le point de départ est simple, comme dans tous les grands thrillers. Dans une jungle de béton grise, désolée, éternellement trempée, un tueur en série choisit ses victimes, et pas n'importe comment : il suit à la lettre la liste des sept péchés capitaux. Chaque meurtre coche une case de plus, chaque scène de crime est un nouveau message malade adressé à ceux qui le traquent.
Et ceux qui le traquent ne se ressemblent pas du tout. William Somerset est un inspecteur à quelques jours de la retraite, posé et lucide, qui a tout vu et qui se sent un peu usé par ce qu'il a vu. David Mills est un jeune impatient, prompt à s'emporter, encore persuadé qu'on peut réparer le monde à coups de poing et d'énergie. Leur mission : empêcher le tueur d'achever son œuvre avant que la liste ne soit complète.
Inutile d'en savoir davantage. Seven se savoure en arrivant vierge de toute information, et si vous avez réussi jusqu'ici à éviter les détails, gardez précieusement cette chance.
Freeman et Pitt : le sage fatigué et la tête brûlée
Le duo de flics mal assortis nourrit les polars hollywoodiens depuis les années quatre-vingt, mais ici, rien de léger ni de complice. Le Somerset de Morgan Freeman est la boussole morale du film : un homme silencieux, précis, qui fréquente les bibliothèques et dont chaque geste trahit l'usure. La voix et le calme de Freeman donnent d'emblée du poids à chacune de ses répliques, et dans ce rôle, cette autorité se change en sagesse amère et désabusée.
En Mills, Brad Pitt offre le contrepoint idéal. Nerveux, bruyant, souvent antipathique, il est crédible justement pour cette raison. Pitt ne cherche pas à rendre le personnage aimable et accepte que son impatience et sa colère deviennent parfois gênantes. La friction entre les deux hommes est le moteur humain du film : deux visions du monde qui s'entrechoquent au cœur d'une affaire qui les met l'un et l'autre à l'épreuve.
Mention spéciale à Gwyneth Paltrow : en Tracy, l'épouse de Mills, elle a peu de temps à l'écran, mais c'est elle qui apporte cette chaleur et cette fragilité sans lesquelles tout ne serait qu'une énigme glaciale. Dans les seconds rôles, R. Lee Ermey en capitaine de police, Reg E. Cathey et Peter Crombie en médecins légistes, ainsi que John Cassini et Daniel Zacapa en policiers, nourrissent tous ce climat institutionnel las et cynique dans lequel l'enquête avance.
David Fincher, ou la noirceur érigée en style
Seven est le film qui a révélé qui était vraiment David Fincher. On sait depuis que le réalisateur de Fight Club, Zodiac ou Gone Girl est l'un des artisans les plus rigoureux du thriller moderne, mais sa signature est déjà entièrement là. Chaque plan est maîtrisé, chaque ombre à sa place, et la caméra ne se précipite jamais. Fincher ne mise pas sur le choc, mais sur une pression qui s'accumule.
Son plus beau tour de force : souvent, il ne montre pas le pire, seulement ses traces. L'imagination du spectateur fait le reste, et elle va toujours plus loin que ce que l'écran pourrait montrer. Voilà pourquoi le film est à la fois retenu et insoutenablement oppressant. Pas un film d'horreur sanglant, mais un étau psychologique qui ne relâche pas sa prise pendant deux heures.
Pluie, rouille, moisissure : la ville en troisième personnage
Quand on me demande à quoi ressemble Seven, ma première réponse est toujours la même : c'est mouillé. Il pleut presque sans arrêt, les appartements sentent le renfermé, les lampes diffusent une lumière jaune maladive, les murs sont couverts de rouille et de crasse. La ville n'est pas un décor, c'est un état : un lieu où la déchéance n'est pas l'exception mais fait partie de l'air qu'on respire. Dans ce milieu, la désillusion de Somerset comme les idées du tueur paraissent parfaitement logiques, et c'est bien là que réside la vraie terreur.
Le travail sonore va dans le même sens. Les bruits de fond, les sirènes lointaines, le crépitement continu de la pluie et une musique rare et menaçante, tout est fait pour que vous ne vous sentiez jamais en sécurité. Le générique d'ouverture mériterait à lui seul une thèse : dès les premières minutes, il est évident que quelque chose ne tourne vraiment pas rond.
Où ça accroche, et pourquoi ce n'est pas grave
Par honnêteté, j'ai cherché les points faibles, et il y en a quelques-uns. Mills est parfois si sanguin qu'on peut douter qu'un tel homme tienne longtemps dans un métier d'enquêteur. Le rythme s'essouffle un peu au milieu, quand la routine de l'enquête prend le dessus. Et ceux qui attendent du genre de l'action nerveuse seront déçus, car ce film préfère parler, observer et attendre.
Seulement, presque tous ces défauts sont l'envers de ses qualités. La lenteur est le prix de l'atmosphère, et les excès de Mills sont nécessaires pour que l'opposition entre les deux enquêteurs soit réelle. Seven ne cherche pas à plaire à tout le monde, et c'est précisément ce qui en a fait un classique. Rares sont les films de studio qui osent rester aussi sombres, aussi implacablement fidèles à leur propre univers.
Sur la direction que prend tout cela, je ne dirai pas un mot. Seulement ceci : c'est le genre de film dont on est incapable de parler longtemps après le générique de fin.
Pour qui ?
- Pour vous si : Pour les amateurs de polars sombres et psychologiques qui ne craignent pas qu'un film les hante plusieurs jours. Indispensable pour les fans de Fincher et pour ceux qui collectionnent les classiques du genre.
- Passez votre chemin si : Ceux qui cherchent un divertissement léger pour la soirée ou qui supportent mal les sujets oppressants et cruels feraient mieux de passer leur chemin. Et en aucun cas pour les enfants.
Si vous aimez, regardez aussi : Le Silence des agneaux (1991), Zodiac (2007), Prisoners (2013), Memories of Murder (2003), Fight Club (1999)
Questions fréquentes
De quoi parle Seven ?
Deux inspecteurs, Somerset, à la veille de la retraite, et Mills, jeune recrue impulsive, traquent un tueur en série qui choisit ses victimes en suivant la liste des sept péchés capitaux.
Combien de temps dure Seven ?
Le film dure 122 minutes.
Quand Seven est-il sorti en France ?
Seven est sorti dans les salles françaises le 31 janvier 1996.
Qui a réalisé Seven ?
Le film a été réalisé par David Fincher.
Quel est le titre original de Seven ?
Son titre original est Se7en.
Qui joue les rôles principaux dans Seven ?
Morgan Freeman (Somerset), Brad Pitt (Mills) et Gwyneth Paltrow (Tracy).
Prêt à affronter une nouvelle fois la pluie de Seven ?
Si vous ne l'avez jamais vu, je vous envie, car la première rencontre avec Seven est une expérience qu'on ne peut pas revivre. Si vous l'avez déjà vu, revoyez-le : la seconde fois, on remarque avec quelle minutie Fincher construit la tension, et avec quelle finesse Freeman et Pitt font exister le lien entre leurs deux personnages. Ce n'est pas simplement un bon polar, c'est l'une des références du genre, celle à laquelle on compare encore chaque thriller de tueur en série. Servez-vous quelque chose de fort, éteignez la lumière, et ne comptez pas vous lever du canapé de bonne humeur.
