The Last Pickpocket in New York, critique en avant-première : John Turturro a toujours la main plus rapide que la ville
Il y a des castings qui suffisent à me faire acheter mon billet dès que je les vois sur une affiche, et Turturro avec Buscemi dans le même film en fait clairement partie. The Last Pickpocket in New York arrive en salles le 30 décembre et, sur le papier, il a tout ce qu'on peut attendre d'un petit drame urbain, discret, sur des truands qui prennent de l'âge. Reste à savoir si l'écran tiendra les promesses, mais il y a de quoi se préparer.
Sur le papier, l'un des petits polars les plus attachants de la saison, qui tiendra ou tombera sur ses acteurs et son atmosphère.
Fiche du film
| Original | The Only Living Pickpocket in New York |
|---|---|
| Sortie en France | 30/12/2026 |
| Réalisation | Noah Segan |
| Distribution | John Turturro, Giancarlo Esposito, Will Price, Tatiana Maslany, Victoria Moroles, Steve Buscemi |
| Genre | Drames cinématographiques |
| Durée | 88 min |
| Pays | Films américains |
Une mauvaise poche, un mauvais jour
Le point de départ est simple, et c'est justement ce qui me plaît. Harry, incarné par John Turturro, est un pickpocket chevronné qui écume les rues de New York depuis des années. Pas un caïd, pas un braqueur de banques, juste un homme aux doigts agiles qui sait exactement quand glisser la main dans un manteau. Il revend son butin à son vieux complice Ben, prêteur sur gages joué par Steve Buscemi. Les affaires tournent, la routine fonctionne.
Puis arrive l'erreur, moteur de toutes les histoires de ce genre. Un jour, Harry fait les poches de la mauvaise personne : il subtilise une clé USB à Dylan, un nouveau riche aussi mystérieux qu'inquiétant, interprété par Will Price. Dylan est un cybercriminel, et pas du genre à faire une croix sur un support de données égaré. Il se lance aux trousses du vieil homme, et Harry doit fuir avant que les ennuis ne s'abattent sur lui, mais aussi sur sa famille.
Voilà ce que l'on sait, et c'est bien suffisant. Je n'en dirai pas plus, tout simplement parce que je n'en sais pas davantage avec certitude, mais la prémisse installe déjà une jolie tension : la vieille école a la main dans la poche, la nouvelle a les doigts sur le clavier.
Un voleur analogique dans un monde numérique
Ce qui m'a vraiment accroché dans le synopsis, ce n'est pas la traque en elle-même, mais l'idée qui la sous-tend. Selon sa présentation, le film se veut un film de casse mélancolique sur la vieillesse et le fossé entre les générations. Cette phrase en dit long sur l'intention. Ici, l'essentiel ne sera sans doute pas dans les plans de cambriolage alambiqués ni dans le montage nerveux, mais dans ce que l'on ressent en vieillissant dans un métier qui perd peu à peu sa raison d'être.
Réfléchissons un instant : le vol à la tire est un artisanat criminel classique, presque romantique, fait d'adresse, d'attention et de sens du timing. À une époque où l'argent dort sur des cartes et des téléphones, et où la vraie valeur tient dans une clé USB, le pickpocket est bel et bien le dernier de son espèce. Le titre tombe donc parfaitement juste. L'affrontement entre Harry et Dylan a toutes les chances d'opposer non pas deux hommes, mais deux époques, et si le scénario s'en empare avec intelligence, il pourrait en sortir quelque chose de grinçant et de franchement émouvant.
Turturro et Buscemi : impossible de rêver meilleur duo
Je ne vais pas faire semblant d'être objectif : voir John Turturro et Steve Buscemi réunis à l'écran, c'est une petite fête pour moi. Tous deux sont des figures du cinéma indépendant et d'auteur américain des années 90, des visages récurrents chez les frères Coen, et tous deux possèdent ce talent rare qui consiste à rendre humain et attachant un personnage minable, un peu pathétique. Un pickpocket sur le retour et son ami prêteur sur gages ? Ces deux rôles semblent taillés pour eux.
D'après la présentation du film, Turturro y est au sommet de sa forme, et on n'a aucun mal à le croire. C'est le genre d'acteur capable de raconter toute une vie ratée d'un seul regard. À leurs côtés, on retrouve Giancarlo Esposito, dont la seule présence suffit à faire monter la tension : depuis Breaking Bad, on sait à quel point il peut être terrifiant, même en silence. Tatiana Maslany a prouvé avec Orphan Black qu'elle pouvait à peu près tout jouer, et Victoria Moroles complète la distribution.
Mon plus gros point d'interrogation, c'est Will Price. C'est lui qui incarne le grand méchant, le jeune cybercriminel, et c'est à lui de tenir crédiblement tête à une bande de vétérans pareils. Si ça fonctionne, le choc des générations se jouera aussi dans le jeu des acteurs. Sinon, la menace qui pèse sur le film risque de s'évaporer.
Noah Segan derrière la caméra
Le film est réalisé par Noah Segan, que beaucoup connaissent surtout comme acteur, lui qui apparaît régulièrement dans les films de Rian Johnson. En tant que cinéaste, en revanche, ce n'est pas encore un nom qui me dit précisément à quoi m'attendre. C'est à la fois excitant et risqué.
Ce qui joue en sa faveur : les acteurs passés à la réalisation savent souvent particulièrement bien diriger leurs comédiens, et pour un film aussi centré sur ses personnages, c'est de l'or. Si Segan laisse Turturro et Buscemi s'épanouir, la moitié du chemin est déjà faite. Ce qui pourrait jouer contre lui : un film de casse exige du rythme, la mélancolie demande de la patience, et tenir les deux en même temps n'a rien d'évident.
Les 88 minutes de durée sont en tout cas un très bon signe. À l'heure où un film sur deux frôle les deux heures et demie, un petit polar urbain resserré d'une heure et demie fait du bien. Pas de temps pour les temps morts, et espérons qu'il n'y en aura pas.
Symphonie pour la ville qui ne dort jamais
Toujours selon sa présentation, le film n'est pas seulement un drame criminel, c'est aussi une sorte de symphonie new-yorkaise. Ça me parle énormément, car la ville a toujours été l'un des meilleurs personnages de cinéma qui soient. Du New York crasseux et vivant des années 70 à la métropole d'aujourd'hui, étincelante mais étrangère, la ville elle-même peut raconter la vieillesse et le changement. Voir les vieilles rues changer de visage à travers les yeux d'un pickpocket vieillissant, voilà qui pourrait être l'atout secret du film.
Si Segan et son équipe image savent en tirer parti, l'atmosphère pourra à elle seule porter le film. Mais si la ville se contente de servir de décor, on perdra ce qui rend le concept vraiment singulier.
Où le film pourrait-il déraper ?
Soyons francs : le plus grand danger, c'est que le film reste trop modeste. La clé USB comme MacGuffin est un ressort assez convenu, et la piste du « vieil homme en fuite dont la famille est menacée » peut vite devenir prévisible. Si le scénario ne propose pas assez de rebondissements originaux, ces formidables acteurs risquent de s'enliser dans un thriller ordinaire.
L'autre risque tient au ton. Mélancolie et course-poursuite ne font pas toujours bon ménage. Trop lent, et les amateurs de films de casse s'ennuieront. Trop nerveux, et la dimension poétique passera à la trappe. Trouver cet équilibre sera la véritable épreuve du film.
Pour qui ?
- Pour vous si : Aux fans de Turturro, Buscemi et Esposito, et à tous ceux qui aiment les polars plus feutrés, portés par leurs personnages, et l'ambiance new-yorkaise.
- Passez votre chemin si : Ceux qui attendent de l'action effrénée, de grosses explosions et des plans de casse sophistiqués risquent fort d'être déçus.
Si vous aimez, regardez aussi : Fargo (1996), The Old Man & the Gun (2018), Uncut Gems (2019), Good Time (2017), Comancheria (2016)
Questions fréquentes
Quand sort The Last Pickpocket in New York ?
Le film sort dans les salles françaises le 30 décembre 2026.
De quoi parle The Last Pickpocket in New York ?
D'un pickpocket new-yorkais chevronné, Harry, qui dérobe une clé USB à un cybercriminel et doit prendre la fuite avant qu'il ne lui arrive malheur, à lui comme à sa famille.
Quelle est la durée du film ?
The Last Pickpocket in New York dure 88 minutes.
Qui joue dans le film ?
John Turturro, Steve Buscemi, Giancarlo Esposito, Tatiana Maslany, Will Price et Victoria Moroles.
Qui a réalisé le film ?
Le film est réalisé par Noah Segan.
Faut-il mettre la main à la poche pour lui en cette fin d'année ?
Je crois que oui. The Last Pickpocket in New York n'a pas l'air d'un film appelé à révolutionner le genre, mais ce n'est pas son rôle. Il promet un polar urbain court, plein d'atmosphère et de bons acteurs, qui parle de la vieillesse et de la façon dont le monde finit par nous laisser sur le quai. Le duo Turturro et Buscemi vaut déjà à lui seul le prix d'une place, et si Noah Segan trouve le bon ton, il pourrait bien être l'une des jolies surprises de cette fin décembre. J'y serai, avec mon portefeuille bien rangé dans la poche intérieure.
