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Critique · Sortie : 30/10/2024

Flow, le chat qui n'avait plus peur de l'eau : critique d'un film où un chat, un bateau et un monde englouti suffisent

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Il est rare qu'un film d'animation donne envie de parler plus bas en sortant de la salle. Flow, de Gints Zilbalodis, fait partie de ceux-là. On y suit un chat solitaire contraint de partager un bateau avec des espèces qui ne sont pas les siennes, pendant que le monde disparaît autour de lui. Un petit film au grand cœur, et c'est précisément pour ça qu'il frappe aussi fort.

9,2/10
Note
Flow est un film audacieux, splendide et profondément humain, alors même qu'aucun de ses héros n'est humain.
Scénario
8
Interprétation
9
Réalisation
10
Image
9
Musique et son
9
Émotion
10

La note globale est la moyenne des six critères.

Fiche du film

OriginalStraume
Sortie en France30/10/2024
RéalisationGints Zilbalodis
GenreFilms d'aventure, Films d'animation, Films familiaux, Films de fantasy
Durée85 min
ClassificationTP
PaysFilms lettons, Films belges, Films français

De quoi parle Flow, sans rien divulgâcher ?

Le point de départ est d'une simplicité presque digne d'un conte : une gigantesque inondation chasse un chat solitaire de chez lui, et l'animal trouve refuge sur un bateau. Sauf qu'il n'y est pas seul. D'autres espèces se sont réfugiées à bord, et pour survivre, toutes vont devoir apprendre à s'adapter à un monde méconnaissable. C'est tout. Pas de mythologie compliquée en arrière-plan, pas de grand méchant, pas de dix intrigues secondaires.

Et c'est là sa plus grande qualité. Flow n'explique pas, il montre. On découvre le monde à hauteur de chat, à la fois terrifiant et fascinant, et le film fait confiance au spectateur, qu'il ait six ou soixante ans, pour comprendre seul ce qui se joue. Je ne détaillerai volontairement pas l'intrigue : ce film se vit comme le chat le vit, pas à pas, de surprise en surprise.

Ce chat, c'est un peu nous tous

Quiconque a déjà vécu avec un chat fond dès les premières minutes. Le héros n'a rien d'une mascotte de dessin animé : il ne minaude pas, il ne cligne pas de ses grands yeux face caméra. Il se comporte exactement comme un vrai chat, méfiant, indépendant, fier, et il déteste l'eau par instinct. Tout le drame du film naît de là, car pour un chat, rien n'est pire qu'un monde qui se transforme en eau.

Ses relations avec les autres animaux forment la colonne vertébrale du récit. Personne ne devient meilleur ami en deux scènes, personne ne chante en chœur sur le pont. La confiance se construit lentement, recule parfois, et c'est ce qui la rend crédible. Voilà pourquoi j'ai mis une note aussi élevée en Interprétation : les animateurs travaillent les gestes, les postures et les regards avec une telle finesse que ces personnages transmettent plus d'émotions que bien des castings entiers de films en prises de vues réelles.

Gints Zilbalodis, le révolutionnaire discret de l'animation lettone

Jusqu'ici, le nom du réalisateur letton parlait surtout aux habitués des festivals et aux passionnés d'animation. Après Flow, difficile de passer à côté. Zilbalodis possède une voix d'auteur à mille lieues des films familiaux bien lissés et bourrés de gags des grands studios américains. Chez lui, le silence parle aussi, les plans durent, et le spectateur a le temps, tout simplement, de regarder.

Cette coproduction entre la Lettonie, la Belgique et la France prouve en outre qu'en unissant leurs forces, des Européens peuvent réaliser avec une fraction du budget une animation capable de rivaliser, visuellement comme émotionnellement, avec les mastodontes hollywoodiens. La mise en scène est pour moi le point fort du film : chaque plan pèse, le rythme est maîtrisé, et les 85 minutes ne semblent jamais trop longues.

Image et son : quand l'eau tient le premier rôle

Au premier regard, l'univers visuel peut surprendre ceux qui sont habitués aux textures brillantes de Pixar. Le style de Flow est plutôt pictural, avec par moments un petit côté jeu vidéo, mais ce n'est pas un défaut, c'est une identité. Les paysages sont monumentaux, l'eau est à la fois magnifique et menaçante, et la lumière installe une atmosphère où, même dans les scènes les plus paisibles, une angoisse sourde reste tapie.

La caméra se déplace comme un observateur curieux qui suivrait les animaux, tantôt tout près d'eux, tantôt à distance pour montrer combien ils sont minuscules dans ce monde immense et submergé. Le travail sonore et la musique sont tout aussi soignés : le grondement de l'eau, les cris des bêtes et des nappes musicales délicates et flottantes composent une atmosphère qui mérite le grand écran, pas celui d'un téléphone.

Où le lien entre le film et le spectateur peut-il se rompre ?

Soyons honnêtes : Flow ne fonctionnera pas pour tout le monde. Ceux qui attendent un film pour enfants rythmé, bruyant et truffé de blagues risquent d'être déçus. Pas de clins d'œil à la culture pop, pas d'acolyte bavard qui dégaine une vanne à la minute. Le tempo est méditatif, et l'intrigue s'arrête parfois volontairement pour laisser le spectateur s'immerger dans une image, une ambiance.

Certaines scènes peuvent effrayer les plus petits. Il faut savoir que le danger et le sentiment de vulnérabilité sont présents tout du long, et qu'un enfant sensible pourrait bien verser une larme. Quant à la simplicité du récit, qui est pour moi une qualité, elle pourra laisser d'autres sur leur faim : si vous aimez qu'un film dise et explique tout, sachez que beaucoup de questions restent ici ouvertes.

Pourquoi ce film vous habite-t-il encore des jours après ?

L'une des grandes forces de Flow, c'est qu'il ne livre pas de morale toute faite. On peut y voir une parabole climatique, une histoire d'exil, d'entraide ou d'acceptation de l'autre, et un enfant y vivra tout simplement l'aventure d'un chat courageux. Toutes ces lectures se valent, et le film n'en impose aucune.

Je suis tombé sous son charme parce qu'il montre avec une grande limpidité ce que signifie trouver un foyer parmi des inconnus quand le sien a disparu. C'est un film doux, mais jamais naïf. Triste et plein d'espoir à la fois, et c'est pour ce genre d'ambivalence qu'on va au cinéma.

Pour qui ?

Si vous aimez, regardez aussi : La Tortue rouge (2016), Le Robot sauvage (2024), WALL-E (2008), Le Voyage de Chihiro (2001)

Questions fréquentes

Quand Flow est-il sorti au cinéma en France ?

Flow, le chat qui n'avait plus peur de l'eau est sorti dans les salles françaises le 30 octobre 2024.

De quoi parle Flow ?

D'un chat solitaire chassé de chez lui par une immense inondation, qui trouve refuge sur un bateau avec d'autres espèces. Ensemble, ils doivent s'adapter à un monde transformé.

Quelle est la durée de Flow ?

Le film dure 85 minutes.

Peut-on voir Flow avec des enfants ?

Oui, mais quelques scènes tendues et dangereuses peuvent effrayer les plus petits. Mieux vaut le regarder avec eux.

Qui a réalisé Flow ?

Le film est réalisé par le Letton Gints Zilbalodis, dans le cadre d'une coproduction entre la Lettonie, la Belgique et la France.

Quel est le titre original de Flow ?

Le titre original du film est Straume.

Faut-il monter à bord de ce bateau ?

Sans hésiter. Flow est de ces films d'animation dont on se souviendra encore dans des années, parce qu'il séduit non par le volume mais par la sincérité. Gints Zilbalodis prouve qu'un chat, un bateau et un monde englouti suffisent à remuer des émotions plus profondes que bien des productions au budget trois fois plus élevé. Si vous le pouvez, voyez-le sur grand écran, en silence, attentivement, et laissez-vous emporter par le courant. Pour moi, c'est un incontournable.

Note: 9,2/10 · Scénario 8 · Interprétation 9 · Réalisation 10 · Image 9 · Musique et son 9 · Émotion 10