Resident Evil, la critique : Zach Cregger enferme le cauchemar dans une seule nuit d'hiver et ne nous lâche plus la main
Une voiture en panne, une maison éclairée au bord de la route, quelqu'un qui frappe à la porte : c'est la plus vieille recette du cinéma d'horreur, et Zach Cregger sait exactement comment la faire exploser. Ce nouveau Resident Evil ne ressuscite pas le rythme mitraillette des anciens films. Il propose quelque chose de bien plus inconfortable : la sensation de ne rien comprendre à ce qui se passe, tout en sachant qu'il faut courir. Et cette confusion est son arme la plus redoutable.
Une horreur chaotique, nerveuse et étonnamment personnelle, qui traite enfin le nom Resident Evil comme une promesse de frissons et pas seulement comme une machine à billets.
Fiche du film
| Sortie en France | 16/09/2026 |
|---|---|
| Réalisation | Zach Cregger |
| Distribution | Paul Walter Hauser, Austin Abrams, Kali Reis, Zach Cherry, Johnno Wilson |
| Genre | Films d'horreur |
| Classification | 12 |
| Pays | Films américains |
Un coursier, une maison, une très mauvaise nuit
Le point de départ est d'une simplicité presque risible, et c'est justement pour ça qu'il fonctionne. Bryan est coursier médical. Une nuit d'hiver, sa voiture le lâche et il frappe à la porte d'une maison isolée pour passer un coup de fil. C'est tout. Pas de montage d'ouverture sur des laboratoires secrets, pas de longue exposition sur une multinationale maléfique, pas d'héroïne qui sait dès la première minute ce qu'elle doit faire. Juste un type ordinaire, au mauvais endroit au mauvais moment, qui au lieu de trouver de l'aide tombe sur tout autre chose.
À partir de là, le film devient une seule longue nuit, confuse, qui sombre dans le chaos le plus total. Bryan ne comprend pas pourquoi on l'a choisi lui, pourquoi on le traque, ni comment il s'est retrouvé mêlé à tout ça, et le spectateur partage longtemps son désarroi. Un choix gonflé pour une franchise dont les fans veulent d'ordinaire savoir précisément ce qui se trame en coulisses. Cregger préfère offrir l'expérience plutôt que les réponses, et j'apprécie énormément ce parti pris.
Pas question de spoiler, bien sûr, mais je peux vous dire une chose : si vous attendez la clé de l'énigme dans la première demi-heure, vous serez déçus. Si vous acceptez de vous laisser emporter, en revanche, le film impose une cadence comme on en voit rarement dans l'horreur de studio actuelle.
Zach Cregger, le nouveau trublion préféré du cinéma d'horreur
Ceux qui ont vu Barbare savent à quel point Cregger adore jouer avec les attentes du public. Il y transformait une location saisonnière en labyrinthe, au point qu'on regardait sa propre cave d'un œil soupçonneux pendant des jours. Avec Weapons, il a prouvé qu'il savait être à la fois terrifiant et divertissant sur une toile plus large, avec davantage de personnages. Entre ses mains, Resident Evil n'est pas un énième produit de marque, mais un véritable terrain de jeu de cinéaste.
Sa grande force, c'est le rythme. Il sait quand étirer une scène jusqu'au malaise et quand écraser brusquement l'accélérateur. Ici, la pédale est au plancher : les horreurs s'enchaînent à une vitesse folle, et cet élan nous happe pendant la majeure partie du film. Par moments, j'avais l'impression d'être coincé dans un cauchemar où la logique ne fonctionne qu'à moitié et où n'importe quoi peut surgir derrière la porte suivante.
Cela dit, ce montage ne plaira pas à tout le monde. Cregger ne tient pas la main du spectateur, il n'explique rien de trop, et ceux qui cherchent des repères risquent de s'y perdre. Pour moi, c'est une qualité, mais je comprends qu'on puisse trouver ça épuisant.
Paul Walter Hauser, le héros d'horreur le plus improbable qui soit
Paul Walter Hauser n'est pas l'acteur qu'on imagine spontanément en tête d'affiche d'une franchise de zombies, et c'est précisément ce qui fait de lui un choix génial. Depuis Le Cas Richard Jewell, on sait qu'il excelle à incarner l'homme ordinaire que les circonstances précipitent dans une situation à laquelle rien ne l'a préparé. Il joue ici du même instrument, mais sur une partition bien plus sombre.
Bryan n'est ni un héros d'action, ni un commando, ni un élu. C'est un coursier qui voulait téléphoner. Hauser rend crédibles chacune de ses crises de panique, chacune de ses décisions désespérées, et la peur du film n'en devient que plus réelle. Quand un personnage à la Milla Jovovich fait parler la poudre, on l'encourage. Quand le Bryan de Hauser prend ses jambes à son cou, on tremble avec lui.
Côté seconds rôles, Austin Abrams, Kali Reis, Zach Cherry et Johnno Wilson complètent la distribution. Zach Cherry est un choix particulièrement judicieux pour ce genre de film, tant il a l'instinct rare de rendre ses personnages humains même au cœur de la tension. L'ensemble du casting repose davantage sur des acteurs de composition que sur des stars, et le film y gagne : impossible de deviner à l'avance qui va s'en sortir.
Quel rapport avec les anciens Resident Evil ?
C'est la grande question, et pour être honnête, en termes d'ambiance, pas grand chose. La saga lancée par Paul W. S. Anderson a glissé de plus en plus vers l'action stylisée, et beaucoup y voyaient la branche légère, version pop corn, des adaptations de jeux vidéo. La version de Cregger est une relecture de cette franchise culte, et elle la prend au sérieux : elle ramène la marque vers l'horreur, là où, à mon sens, elle a toujours eu sa place.
L'une des grandes forces des jeux vidéo d'origine, c'était de vous enfermer dans un lieu étranger et hostile, où chaque recoin représentait une menace et où vous ne compreniez pas ce qui se passait. Cette sensation revient ici bien davantage que dans la plupart des films précédents. Ceux qui regrettent les couloirs à lasers et les bagarres au ralenti de l'ancienne saga risquent de rester sur leur faim. Ceux à qui la peur manquait vont enfin être servis.
Inutile, par ailleurs, de connaître quoi que ce soit de la franchise pour apprécier le film : l'histoire démarre du point de vue de Bryan, qui ne sait rien lui non plus, si bien que le spectateur novice se retrouve exactement dans la même position que le héros.
Quand le chaos devient trop
Je mentirais en prétendant que tout est parfait. La plus grande force du film, sa confusion et son tempo, se retourne parfois contre lui. À certains moments, la précipitation rend difficile de suivre qui est qui et pourquoi tel personnage compte, et une partie de la galerie n'a tout simplement pas le temps de s'imprimer dans nos mémoires.
L'autre risque, c'est le poids de la franchise. Une relecture doit parler à la fois aux anciens fans et au nouveau public, et cette double exigence tire parfois sensiblement le film dans deux directions. La voix de Cregger reste forte, mais on devine par instants qu'il travaille dans le cadre d'une grosse marque de studio et non sur un projet totalement libre et original.
Ce ne sont toutefois que des égratignures, pas de vraies blessures. Et que les âmes sensibles soient prévenues : le film ne se retient pas, et ceux qui se sont habitués aux films d'horreur édulcorés, calibrés pour les ados, de ces dernières années risquent d'être surpris.
Pour qui ?
- Pour vous si : À ceux qui ont aimé Barbare ou Weapons, et aux fans de la première heure de Resident Evil qui rêvaient de retrouver à l'écran l'horreur étouffante des jeux. Si vous supportez un rythme effréné et des scènes dures, ce film est pour vous.
- Passez votre chemin si : Si vous attendez l'action stylisée des anciens films, une héroïne à la Milla Jovovich et des explications limpides, vous serez déçus. À éviter aussi pour les estomacs fragiles et les plus jeunes.
Si vous aimez, regardez aussi : Barbare (2022), Weapons (2025), Resident Evil (2002), 28 jours plus tard (2002), Don't Breathe : La Maison des ténèbres (2016)
Questions fréquentes
Quand Resident Evil est-il sorti au cinéma en France ?
Le film est sorti dans les salles françaises le 16 septembre 2026.
De quoi parle le nouveau Resident Evil ?
Le récit suit Bryan, un coursier médical dont la voiture tombe en panne par une nuit d'hiver. Il frappe à la porte d'une maison isolée pour demander de l'aide, mais y trouve tout autre chose, et doit se battre pour sa survie au cours d'une nuit chaotique, sans comprendre pourquoi c'est lui que l'on traque.
Qui a réalisé le nouveau Resident Evil ?
Le film est réalisé par Zach Cregger, qui s'est fait un nom avec les films d'horreur Barbare et Weapons.
Qui joue dans le nouveau Resident Evil ?
Paul Walter Hauser tient le rôle principal, entouré d'Austin Abrams, Kali Reis, Zach Cherry et Johnno Wilson.
Faut-il avoir vu les anciens Resident Evil ?
Non. Le film est une relecture de la saga culte, et l'histoire part du point de vue d'un héros qui ne sait rien, si bien qu'on peut le suivre sans aucune connaissance préalable.
Faut-il frapper à la porte de cette maison ?
Oui, et de préférence en salle, dans le noir, avec un bon son. Resident Evil a longtemps été la franchise qu'on balayait d'un revers de main : divertissante, mais vite oubliée. Zach Cregger a pourtant réussi ce que les fans réclamaient depuis des années : prendre la peur au sérieux. Et la maladresse si ordinaire de Paul Walter Hauser donne au chaos un cœur humain qui rend le tout bien plus douloureux. Le film n'est pas sans défauts, il veut parfois trop en faire et court parfois trop vite, mais dans le paysage horrifique actuel, un film aussi audacieux, nerveux et vivant, c'est rare. Si Bryan frappe à votre porte, ouvrez. Mais ne venez pas dire ensuite qu'on ne vous avait pas prévenus.
