The Big Short : Le Casse du Siècle, critique : quand la fin du monde commence dans un tableur Excel
Il y a des films qui vous font rire, avant que vous ne compreniez qu'il aurait plutôt fallu pleurer. The Big Short : Le Casse du Siècle est exactement de ceux là : une colère d'Adam McKay déguisée en comédie, qui suit quatre outsiders ayant vu ce que personne ne voulait voir. Dix ans plus tard, le film frappe toujours aussi fort, comme s'il avait été tourné hier.
Un film insolent, intelligent et rageusement divertissant, qui parvient à rendre le jargon financier palpitant tout en vous envoyant un direct à l'estomac.
Fiche du film
| Original | The Big Short |
|---|---|
| Sortie en France | 23/12/2015 |
| Réalisation | Adam McKay |
| Distribution | Steve Carell, Christian Bale, Ryan Gosling, Brad Pitt, Marisa Tomei, Melissa Leo |
| Genre | Comédies, Drames |
| Durée | 130 min |
| Classification | TP |
| Pays | Films américains |
De quoi ça parle ? Quatre paris contre le système
Sur le papier, le point de départ paraît simple. À l'écran, il ne l'est pas du tout. Quatre outsiders repèrent ce que les grandes banques, les médias et le gouvernement refusaient de voir : l'effondrement imminent de l'économie mondiale. Et plutôt que de crier dans la rue, ils parient dessus. C'est là leur grand coup. Mais cet investissement les entraîne dans les recoins les plus sombres de la finance moderne, un monde où l'on comprend très vite qu'on ne peut se fier à rien ni à personne.
Ce qui rend le film brillant, c'est son point de vue. The Big Short ne raconte pas l'histoire de héros qui sauvent le monde. Il montre des gens qui voient venir la catastrophe et qui en tirent profit. Chacune de leurs victoires a donc un goût amer, et le film ne lâche jamais cette ambiguïté. On rit de ces personnages, on les soutient, puis on réalise que ce qu'on espère pour eux, c'est la ruine de millions de personnes.
Un casting dont d'autres rêvent toute une vie
Regardez un peu cette affiche : Steve Carell, Christian Bale, Ryan Gosling, Brad Pitt. Chacun d'eux pourrait porter un film à lui seul. Ici, ils avancent côte à côte, et aucun n'écrase les autres.
- Steve Carell, dans la peau de Mark Baum, est la boussole morale du film : un homme en ébullition permanente, qui se fâche avec tout le monde et dont la colère est contagieuse. Carell prouve ici une bonne fois pour toutes que derrière le pitre de The Office et de 40 ans, toujours puceau se cache un vrai acteur dramatique.
- Christian Bale, en Michael Burry, campe le personnage le plus étrange et sans doute le plus mémorable du film. Avec son goût habituel pour la transformation, Bale compose un homme qu'on trouve à la fois génial et un peu inquiétant.
- Ryan Gosling, en Jared Vennett, est culotté, imbu de lui même et juste assez réjouissant pour qu'on lui pardonne de passer presque tout le film à s'adresser à la caméra. C'est lui, le narrateur un brin roublard.
- Brad Pitt, en Ben Rickert, est le plus discret de la bande, mais chacune de ses répliques pèse lourd.
Et les seconds rôles sont à la hauteur : Marisa Tomei en Cynthia Baum, Melissa Leo en Georgia Hale, ainsi que Hamish Linklater et John Magaro dans les rôles de Porter Collins et Charlie Geller. Personne n'est là pour faire de la figuration, chacun ajoute sa propre couleur au tableau.
Adam McKay, celui qui a pris la blague au sérieux
Si le nom du réalisateur vous évoque Présentateur vedette : La Légende de Ron Burgundy ou Ricky Bobby : Roi du circuit et les comédies avec Will Ferrell, vous ne vous trompez pas. Adam McKay vient de là. Et c'est précisément pour ça que le film fonctionne aussi bien. McKay sait monter une scène en rythme et placer une vanne de façon à ce qu'elle soit drôle, mais qu'elle fasse mal aussi.
Sa mise en scène est nerveuse, parfois presque précipitée. La caméra saute d'un endroit à l'autre, les personnages s'adressent au public, le film ne cesse de briser sa propre illusion. Au premier abord, ça peut déstabiliser, mais on comprend vite que c'est voulu : McKay refuse qu'on se cale confortablement dans son fauteuil. Il nous titille sans arrêt, nous rappelle que ce n'est pas un conte et qu'il faut rester attentif, parce que ça parle aussi de nous.
Son plus beau tour de force, c'est d'avoir rendu agréable un jargon financier qui, d'ordinaire, endort la plupart des spectateurs. Il ne le simplifie pas à outrance, il l'emballe de façon divertissante. Il faut du culot pour ça, et McKay n'en manque pas.
Ce qui vous restera en tête pour longtemps
La grande force du film, c'est son ton. Comédie et drame à la fois, il passe de l'un à l'autre avec une telle brusquerie qu'on en a parfois le vertige. Une minute, on éclate de rire devant une réplique insolente, la suivante, on reste silencieux en pensant à ce qui se cache derrière les chiffres.
Le film ne fait jamais la morale ouvertement, et pourtant la colère est là du début à la fin. Le système qu'il décrit est absurde, cupide et irresponsable, et il nous le met sous les yeux de telle manière qu'on finit soi même en colère. C'est rare : un film divertissant qui ne vous allège pas l'esprit mais vous l'alourdit, et c'est justement ce qui fait sa valeur.
Reste ce point essentiel : dix ans après, le film n'a pas pris une ride. Au contraire. Plus le temps passe, plus il ressemble à un avertissement qu'à un retour sur le passé.
Où est ce que ça coince ?
Ce n'est pas un film parfait, et il ne cherche pas à l'être. Ses 130 minutes se font sentir, et à certains moments, la densité des explications financières met la patience à l'épreuve, malgré un humour bien dosé. Pour qui ne connaît rien au sujet, la première heure peut être rude avant que les pièces du puzzle ne se mettent en place.
La multiplication des intrigues et des personnages nuit aussi parfois à l'attachement émotionnel. J'aurais aimé voir certains personnages davantage, et pour d'autres, j'ai eu l'impression que le film les traitait plus comme des fonctions que comme des êtres humains. Quant au montage volontairement chaotique, il ne plaira pas à tout le monde. Il en électrisera certains et en épuisera d'autres.
Le visuel n'apporte pas grand chose non plus : c'est un film de bureaux, de salles de réunion et de coups de fil, dont la force tient au montage et au rythme plutôt qu'aux images.
Pour qui ?
- Pour vous si : Pour tous ceux qui aiment les films intelligents, qui ne mâchent pas le travail au spectateur tout en restant divertissants, et qui ont envie de comprendre comment fonctionne (ou plutôt ne fonctionne pas) le monde de l'argent. Si vous appréciez un style nerveux où les personnages s'adressent au public, vous allez adorer.
- Passez votre chemin si : Si vous cherchez un drame classique et posé ou une comédie légère et insouciante, passez votre chemin. Ceux que le jargon technique et le montage frénétique fatiguent risquent vite de s'y perdre.
Si vous aimez, regardez aussi : Le Loup de Wall Street (2013), Margin Call (2011), Wall Street (1987), Vice (2018), Don't Look Up : Déni cosmique (2021)
Questions fréquentes
De quoi parle The Big Short : Le Casse du Siècle ?
De quatre outsiders qui anticipent l'effondrement de l'économie mondiale, que les banques, les médias et le gouvernement refusaient de voir, et qui parient dessus avec un investissement audacieux.
Quelle est la durée de The Big Short : Le Casse du Siècle ?
Le film dure 130 minutes.
Quand The Big Short : Le Casse du Siècle est il sorti en France ?
Le film est sorti dans les salles françaises le 23 décembre 2015.
Qui a réalisé The Big Short : Le Casse du Siècle ?
Le film a été réalisé par Adam McKay.
Qui joue dans The Big Short : Le Casse du Siècle ?
Les rôles principaux sont tenus par Steve Carell, Christian Bale, Ryan Gosling et Brad Pitt, entourés de Marisa Tomei, Melissa Leo, Hamish Linklater et John Magaro.
The Big Short : Le Casse du Siècle vaut il encore le coup aujourd'hui ?
Absolument. The Big Short : Le Casse du Siècle fait partie de ces rares films qui divertissent et inquiètent en même temps, et plus on le revoit, plus on mesure sa richesse. La colère de Steve Carell, l'étrangeté de Christian Bale, l'insolence de Ryan Gosling et la mise en scène fébrile d'Adam McKay forment un mélange qu'on n'oublie pas facilement. Il se peut que vous vous perdiez parfois dans les chiffres, mais quand le film vous met sans ménagement face à la réalité dans ses dernières minutes, ce ne sont pas les chiffres qui vous resteront. Ce sera le sentiment que tout cela est vraiment arrivé. Et que ça peut recommencer n'importe quand. Regardez le, puis réfléchissez à deux fois avant de faire confiance à qui que ce soit dès qu'il est question d'argent.
