Critique de Coyote vs. Acme : Vil Coyote attaque enfin en justice, et nous sommes dans la salle d'audience
Combien d'enclumes a-t-il fallu faire tomber sur ce pauvre animal avant que quelqu'un se dise qu'il y avait peut-être là un vrai problème de responsabilité du fabricant ? Coyote vs. Acme bâtit tout un film sur cette question, et contre toute attente, il ne s'en tient pas à une seule blague. Le film de Dave Green est à la fois une revanche cartoonesque complètement loufoque et une fable étonnamment émouvante sur le jour où le perdant prend enfin la parole.
Une comédie spirituelle, tendre et étonnamment touchante, qui transforme le plus vieux gag des Looney Tunes en vrai film de cinéma, même si l'élan s'essouffle parfois dans la seconde moitié.
Fiche du film
| Réalisation | Dave Green |
|---|---|
| Distribution | John Cena, Lana Condor, Will Forte, P.J. Byrne, Nancy Linehan Charles |
| Genre | Films d'aventure, Films d'animation |
| Durée | 103 min |
| Pays | Films américains |
De quoi ça parle ? Un coyote à bout de nerfs
Le point de départ est si simple qu'on se demande comment personne n'y a pensé plus tôt. Les produits de la méga-entreprise Acme, des patins à réaction à la super colle, lâchent sans cesse Vil Coyote (et le lâchent souvent dans le vide) pendant qu'il s'acharne à attraper Bip Bip. C'est son métier depuis des décennies, et depuis des décennies, tout finit de la même manière : une explosion, une chute, et un minuscule nuage de poussière au fond du canyon.
Mais un jour, Vil Coyote craque. Il va trouver l'avocat qui lui sourit de toutes ses dents depuis un panneau publicitaire et lui confie le soin de le représenter dans un procès contre Acme. Le combat semble perdu d'avance, et le film ne le cache jamais : un personnage de dessin animé face à une multinationale géante. En chemin se dévoile une facette inédite du coyote, et l'on découvre l'envers du décor, ce quotidien peu enviable des personnages de cartoon.
Je n'en dirai pas plus sur l'intrigue, car le plus grand plaisir du film tient justement à la façon dont il prend cette idée absurde au sérieux. Il la prend vraiment au sérieux, et c'est précisément ce qui le rend drôle.
Le perdant muet qui trouve enfin sa voix
Quiconque a grandi devant les Looney Tunes se souvient de ce sentiment étrange : on soutenait Vil Coyote. C'était la persévérance incarnée. Il n'abandonnait jamais, commandait toujours un nouveau colis, dessinait toujours un nouveau plan. Et c'était toujours lui qui y laissait des plumes. Pendant ce temps, Bip Bip filait dans un nuage de poussière en lâchant son petit « bip bip ».
Le meilleur coup de Coyote vs. Acme, c'est d'aller chercher ce vieux sentiment d'injustice tapi au fond de chacun de nous. Enfin, quelqu'un ose dire que ce n'est pas juste. Le film ne se moque pas de Vil Coyote, il se range à ses côtés, et cela glisse sous le burlesque une couche étonnamment humaine. Il y a quelque chose de très actuel et de très doux-amer dans ce petit gars (ici, ce petit coyote) qui s'attaque à un géant industriel en sachant que ses chances sont à peu près aussi fiables qu'une fusée Acme.
C'est le cœur du film, et ce cœur bat. Sans insistance, sans musique tire-larmes pour forcer l'émotion, mais comme savent le faire les bonnes comédies familiales : entre deux gags, on se surprend soudain à vraiment l'encourager.
John Cena et sa bande : des humains au tribunal des cartoons
Au casting, on trouve John Cena, Lana Condor, Will Forte, P.J. Byrne et Nancy Linehan Charles, et la liste suffit à comprendre que l'accent est mis sur la comédie. Ces dernières années, Cena a prouvé que derrière les muscles de catcheur se cache un vrai sens comique : il sait rire de lui-même, n'a pas peur du ridicule, et c'est exactement ce qu'il faut dans un film où son partenaire de jeu est un coyote dessiné.
Will Forte est lui aussi à son aise dans les rôles de types un peu dingues, un peu pathétiques, mais curieusement attachants, et Lana Condor apporte une présence fraîche et sympathique. L'ensemble fonctionne : les acteurs prennent visiblement plaisir à jouer et ne regardent jamais le matériau de haut. C'est essentiel, car dans ce genre de film, il suffit qu'un seul d'entre eux fasse un clin d'œil du style « avouez que tout ça est un peu puéril » pour que la magie s'effondre.
Tous les seconds rôles n'ont pas assez de matière, et certains relèvent davantage de la fonction que du personnage, mais les lignes de force tiennent bon.
La mise en scène de Dave Green : le chaos, mais maîtrisé
Dave Green devait trouver un équilibre très délicat. D'un côté, rester fidèle à l'humour physique d'une précision implacable des cartoons classiques, où une pause bien placée vaut mieux que n'importe quel jeu de mots. De l'autre, étirer cet univers en un long métrage de 103 minutes, avec un arc, des enjeux et de l'émotion.
Chapeau pour la première moitié. Les gags s'enchaînent, l'humour visuel fait mouche, et le film connaît et aime manifestement sa source. La partie au tribunal est elle aussi étonnamment réjouissante : la confrontation entre procédure judiciaire et logique de cartoon est un excellent matériau, et Green l'exploite à fond. En seconde période, en revanche, on sent que l'histoire se doit de devenir « plus grande », et c'est là que se perd parfois ce comique précis et minimaliste qui a rendu les anciens épisodes légendaires. Rien de grave, mais ça se remarque.
Ce qui marche, et ce qui coince ?
Ce qui marche très bien :
- L'idée de départ. Géniale de simplicité, et le film ne s'y dérobe pas, il la mène jusqu'au bout.
- La vie des personnages de cartoon en coulisses. Les meilleurs moments sont ceux où l'on jette un œil au quotidien peu enviable des personnages. Cette dimension méta est maligne et, par endroits, franchement mélancolique.
- Vil Coyote en héros. Pathétique, têtu, attachant. Exactement tel qu'on l'a toujours ressenti.
- L'image. Colorée, énergique, respectueuse du style des cartoons classiques.
Ce qui coince :
- Le rythme vers la fin. 103 minutes, c'est juste un peu trop pour ce matériau ; une ou deux scènes auraient pu passer à la trappe sans regret.
- La question du public. Le film hésite parfois entre les tout-petits et les adultes nostalgiques. Ce n'est pas vraiment le classique qu'on lance pour occuper un enfant de six ans.
- La prévisibilité. La dramaturgie du petit contre la grande entreprise suit des rails connus, et cela se sent par moments.
Pourquoi est-il important que ce film existe ?
Ces dernières années, une foule de franchises de dessins animés classiques ont eu droit à leur version « modernisée », et soyons honnêtes : la plupart étaient oubliables. Ces films traitaient souvent leur source comme une marque à vendre. Coyote vs. Acme, au contraire, pose une question à ses propres personnages : et si ces figures ressentaient vraiment quelque chose ? Et si Vil Coyote n'était pas qu'une machine à gags ?
C'est ce qui en fait davantage qu'un énième produit nostalgique. Il n'a rien de révolutionnaire et ne marque pas le sommet du genre, mais il a quelque chose à dire, et il le dit avec esprit et gentillesse. Ironie du sort, il s'agit en plus d'un film sur des produits industriels qui se rebelle contre la machine des grandes entreprises. Difficile de ne pas savourer.
Pour qui ?
- Pour vous si : À tous ceux qui ont grandi avec les Looney Tunes et qui, en secret, ont toujours soutenu Vil Coyote. Aux ados et aux adultes qui aiment les comédies inventives, un peu méta, un peu douces-amères.
- Passez votre chemin si : À ceux qui espèrent un dessin animé survitaminé, explosif à chaque minute, pour les plus petits, et à ceux qui sont allergiques d'avance aux franchises qui misent sur la nostalgie.
Si vous aimez, regardez aussi : Qui veut la peau de Roger Rabbit (1988), Les Looney Tunes passent à l'action (2003), Space Jam (1996), La Grande Aventure Lego (2014)
Questions fréquentes
De quoi parle Coyote vs. Acme ?
Vil Coyote est sans cesse trahi par les produits de la méga-entreprise Acme pendant qu'il poursuit Bip Bip. Un jour, il craque et, avec l'aide d'un avocat repéré sur un panneau publicitaire, il attaque Acme en justice.
Quelle est la durée de Coyote vs. Acme ?
Le film dure 103 minutes.
Qui a réalisé Coyote vs. Acme ?
Le film est réalisé par Dave Green.
Qui joue dans le film ?
On retrouve notamment John Cena, Lana Condor, Will Forte, P.J. Byrne et Nancy Linehan Charles.
Faut-il assister au procès de Vil Coyote ?
Oui, et pas seulement par nostalgie. Coyote vs. Acme fait partie de ces rares cas où un vieux gag de cartoon devient vraiment un film, et pas une longue publicité. Il y a de l'humour, du cœur, et quelque chose de joyeusement rebelle dans la façon dont le plus grand perdant du monde rend enfin les coups. La seconde moitié s'essouffle un peu, le film ne vise pas toujours juste côté public, mais ces défauts pèsent peu face au plaisir d'être enfin, après des décennies, du côté de Vil Coyote. Moi, au tribunal, je m'assois sur son banc. Pensez à apporter un parapluie Acme : on ne sait jamais, ce n'est peut-être pas la pluie qui tombera, mais une enclume.
