The Island, la critique : l'utopie de Michael Bay, où la fuite compte plus que la réflexion
Il arrive qu'un film de science-fiction pose une vraie question, puis que Michael Bay entre dans la pièce et la fasse exploser. The Island est exactement ce film : sa première heure est une dystopie étonnamment froide et inquiétante, avant de basculer dans une course-poursuite rutilante au vacarme métallique. C'est ce qui le rend à la fois agaçant et jubilatoire, et c'est justement pour ça qu'on y revient vingt ans plus tard.
Un point de départ malin, un premier acte mémorable et des scènes d'action impressionnantes, mais une seconde moitié qui fait davantage confiance à la pyrotechnie qu'à son propre sujet.
Fiche du film
| Sortie en France | 17/08/2005 |
|---|---|
| Réalisation | Michael Bay |
| Distribution | Ewan McGregor, Scarlett Johansson, Djimon Hounsou, Sean Bean, Steve Buscemi, Michael Clarke Duncan |
| Genre | Films d'action, Thrillers, Films de science fiction |
| Durée | 136 min |
| Classification | U |
| Pays | Films américains |
Tenues blanches, couloirs aseptisés et une promesse
Sans spoiler : Lincoln 6-Echo et Jordan 2-Delta vivent dans un complexe fermé et étroitement surveillé, aux côtés de centaines d'autres résidents. Tous attendent la même chose : être tirés au sort pour rejoindre l'Île, présentée comme le dernier endroit habitable sur Terre. Cette loterie nourrit l'espoir de la communauté, donne un sens au quotidien et constitue, évidemment, l'outil de contrôle le plus confortable qui soit.
Mais Lincoln commence à poser des questions. Il comprend que tout ce qu'il croyait savoir sur lui-même et sur le monde est faux, et que la fable de l'Île est la plus cruelle des supercheries. Lorsqu'il découvre qu'ils valent plus morts que vivants, il s'enfuit avec Jordan. Je n'en dirai pas davantage, car la grande force du premier tiers tient précisément à la façon dont le film distille le doute, goutte après goutte.
Le dispositif relève du pur héritage de la science-fiction classique : une société close en apparence parfaite, dont un seul esprit curieux remarque les fissures. Le motif est connu, mais il fonctionne, et le début du film dégage un vrai malaise.
Ewan McGregor et Scarlett Johansson, deux âmes naïves dans la broyeuse
Ewan McGregor est un excellent choix pour Lincoln. Il a quelque chose d'une curiosité enfantine, un regard gauche et limpide qui nous fait croire que cet homme n'a jamais vu le vrai monde. Après Trainspotting et la prélogie Star Wars, il dévoile ici une tout autre facette : moins désinvolte, bien plus vulnérable.
Scarlett Johansson a un peu moins de matière à défendre en Jordan, mais sa présence s'impose malgré tout. Sa carrière était alors en pleine ascension, et cela se voit : la caméra l'adore, et elle sait donner du poids à la moindre nuance de jeu, même quand le scénario se contente de la faire courir d'une explosion à l'autre.
La distribution secondaire est hallucinante. Sean Bean, en Dr Bernard Merrick, est d'une politesse glaciale et exactement aussi peu fiable qu'on l'attend d'un personnage de Sean Bean. L'Albert Laurent de Djimon Hounsou, homme rigoureux et dur, se révèle étonnamment nuancé. Steve Buscemi, dans la peau de James « Mac » McCord, offre au film sa meilleure soupape comique : chacune de ses répliques apporte une bouffée d'air frais au milieu des décors stériles. Michael Clarke Duncan fait une apparition brève mais marquante en Starkweather, et personne ne sait arracher autant d'humanité à une scène en si peu de temps.
Michael Bay, l'homme qui ne sait pas ralentir
Inutile de présenter Michael Bay : après Rock, Armageddon et Bad Boys, chacun sait ce qu'il va trouver chez lui. Couleurs saturées, caméra en mouvement perpétuel, métal, verre, étincelles, ralentis. La particularité de The Island, c'est que durant la première heure, le cinéaste semble se retenir. Les scènes du complexe sont froides, presque cliniques, et cela sert le propos : les uniformes blancs, l'alimentation contrôlée, ce système qui observe tout installent une véritable atmosphère dystopique.
Puis l'évasion éclate, et Bay lâche les chevaux. Le film change alors de genre : poursuite sur l'autoroute, pièces détachées qui volent dans tous les sens, destruction à une échelle démesurée. Techniquement, ces séquences sont bluffantes, et l'on reste souvent bouche bée. Simplement, en chemin, on oublie ce que le film voulait nous dire au départ.
Là où le film prend vraiment son envol
- Le premier acte. La présentation de ce monde clos est tendue, mystérieuse et dérangeante : c'est la partie la plus forte du film.
- L'action. Bay est ici au sommet : le rythme des grandes poursuites, le montage et le son frappent en même temps.
- Le casting. McGregor, Johansson, Bean, Hounsou, Buscemi et Duncan forment une équipe qu'on croise rarement dans un blockbuster estival de science-fiction.
- Le sujet. La valeur d'une vie humaine, l'exploitation, un bonheur bâti sur le mensonge : ces questions restent d'actualité, peut-être même plus que jamais.
Là où l'air vient à manquer
Le problème, c'est que les 136 minutes sont mal réparties. Le film soulève des questions philosophiques, puis, au lieu de les creuser, les écarte à coups de scènes d'action toujours plus nombreuses. Le dilemme éthique qui porte la première heure devient, dans la seconde, un simple bruit de fond qu'on ressort de temps en temps le temps d'une réplique.
Le ton, lui aussi, vacille : de la dystopie froide et réflexive, on passe soudain à une esthétique bruyante, clinquante, parfois presque publicitaire. Ceux que cela dérange risquent de trouver le deuxième acte épuisant. Les autres auront droit à un divertissement nerveux et parfaitement exécuté, qui ne laisse jamais retomber l'attention.
Vingt ans après, comment a-t-il vieilli ?
Étonnamment bien. Le mélange d'effets numériques et de destructions bien réelles reste convaincant, et l'univers visuel, qui oppose un futur aseptisé à un monde extérieur poussiéreux et bruyant, constitue une idée visuelle particulièrement forte. Quant au sujet, savoir ce que vaut une vie humaine quand elle rapporte de l'argent à quelqu'un, il s'est plutôt aiguisé qu'émoussé.
Curieusement, The Island fait partie des rares films de Bay dont on ne retient pas seulement l'action en le revoyant. On y devine l'empreinte d'un film meilleur, plus intelligent, qui transparaît parfois à travers la fumée des explosions. C'est cette empreinte qui le rend encore intéressant aujourd'hui.
Pour qui ?
- Pour vous si : À ceux qui aiment la science-fiction d'action spectaculaire et à gros budget, et qui apprécient qu'une idée dystopique s'accompagne de vraies poursuites. Indispensable pour les fans d'Ewan McGregor et de Scarlett Johansson.
- Passez votre chemin si : Ceux qui attendent une science-fiction philosophique profonde, déployée lentement, seront déçus par la seconde moitié. Et les réfractaires au style de Michael Bay ne se convertiront pas ici.
Si vous aimez, regardez aussi : Bienvenue à Gattaca (1997), L'Âge de cristal (1976), Minority Report (2002), Auprès de moi toujours (2010), Rock (1996)
Questions fréquentes
De quoi parle le film The Island ?
Lincoln 6-Echo et Jordan 2-Delta vivent dans un complexe sous haute surveillance et espèrent être choisis pour rejoindre l'Île, dernier endroit habitable sur Terre. Lincoln découvre que tout n'est que mensonge et, lorsqu'il apprend qu'ils valent plus morts que vivants, il s'enfuit avec Jordan.
Quelle est la durée de The Island ?
Le film dure 136 minutes.
Qui a réalisé The Island ?
Le film a été réalisé par Michael Bay.
Quand The Island est-il sorti en France ?
Le film est sorti dans les salles françaises le 17 août 2005.
Qui joue dans The Island ?
Ewan McGregor et Scarlett Johansson tiennent les rôles principaux, entourés de Djimon Hounsou, Sean Bean, Steve Buscemi et Michael Clarke Duncan.
Prêt à monter avec Lincoln dans le train de l'évasion ?
Oui, mais en sachant dans quoi vous embarquez. The Island est une dystopie qui démarre brillamment avant de décider, à mi-parcours, qu'elle préfère être un film d'action, une décision que Michael Bay applique à plein régime. Si vous cherchez, pour une soirée tranquille, une science-fiction nerveuse et spectaculaire qui fait tout de même un peu réfléchir, vous pourriez faire bien pire. Simplement, n'attendez pas de lui qu'il soit aussi intelligent à la fin qu'au début. Ma note : 7/10, dont un point entier pour Steve Buscemi.
