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Critique · Sortie : 27/02/2008

The Mist critique : les monstres rôdent dehors, mais le vrai cauchemar se joue entre les rayons du supermarché

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Il y a les films d'horreur après lesquels on rallume la lumière, et il y a The Mist, après lequel on hésite à descendre faire ses courses à la supérette du coin. Sur le papier, le film de Frank Darabont sorti en 2007 est une série B de science-fiction horrifique avec des créatures. En réalité, c'est une étude d'une précision cruelle sur le temps qu'il faut pour transformer un voisin aimable en foule assoiffée de sang. Petit spoiler : pas très longtemps.

8,5/10
Note
The Mist est l'un des films d'horreur américains les plus oppressants et les plus intelligents de ces dernières décennies, et sa créature la plus terrifiante ne se cache pas dans la brume : elle prêche derrière la caisse.
Scénario
9
Interprétation
9
Réalisation
9
Image
6
Musique et son
8
Émotion
10

La note globale est la moyenne des six critères.

Fiche du film

Sortie en France27/02/2008
RéalisationFrank Darabont
DistributionThomas Jane, Laurie Holden, Toby Jones, Marcia Gay Harden, Andre Braugher, William Sadler
GenreFilms d'horreur, Films de science fiction, Thrillers
Durée126 min
Classification12
PaysFilms américains

Des courses au bord de l'apocalypse : de quoi parle The Mist ?

Le point de départ est d'une grande simplicité, et c'est justement ce qui le rend si efficace. Une brume étrange, presque surnaturelle, s'abat sur une petite ville américaine. David Drayton et son jeune fils Billy font leurs courses au supermarché local quand ce mur blanc engloutit la rue. Les voilà coincés à l'intérieur avec une dizaine d'autres habitants. David est le premier à comprendre que quelque chose bouge dehors : des créatures venues d'ailleurs, d'une dangerosité mortelle.

À partir de là, le film se bat sur deux fronts. Dehors, il y a les créatures. Dedans, il y a la panique, la suspicion et la peur, qui rongent lentement mais sûrement le petit groupe. Voisins, amis et connaissances deviennent peu à peu des monstres à leur tour, et la vraie question du film n'est pas de savoir ce qui se cache dans la brume, mais de qui il faut avoir le plus peur.

Je n'en dirai pas plus sur l'intrigue, c'est largement suffisant. The Mist fait partie de ces films qu'il vaut mieux découvrir en en sachant le moins possible.

Darabont, maître du huis clos horrifique

Le nom de Frank Darabont évoque surtout Les Évadés et La Ligne verte, deux films où des hommes enfermés tentent coûte que coûte de rester humains. The Mist en est le reflet sombre et déformé. On retrouve une communauté prise au piège, sauf qu'ici, ce n'est pas l'espoir qui tient le premier rôle, mais la vitesse à laquelle il s'évapore.

La mise en scène est sèche, dans le meilleur sens du terme. Darabont ne cherche pas l'esbroufe et ne multiplie pas les jump scares : il laisse la situation elle-même nous prendre à la gorge. Les rayonnages, les vitrines réfrigérées, la porte de la réserve deviennent autant de territoires, et chacun semble rétrécir à mesure que le temps passe. Malgré ses 126 minutes, le film ne s'essouffle jamais, car la tension naît moins des monstres que des rapports entre les personnages.

La caméra colle souvent à l'action avec une proximité presque documentaire, ce qui resserre encore l'étau. On se surprend à se recroqueviller nous aussi derrière la caisse, en se demandant dans quel camp se ranger.

Mrs. Carmody, l'une des méchantes les plus exaspérantes du cinéma

S'il fallait citer une seule interprétation justifiant la place de The Mist parmi les grands du genre, ce serait la Mrs. Carmody de Marcia Gay Harden. Elle compose un personnage qu'on déteste d'instinct dès la première minute, et cette colère finit par devenir presque physiquement douloureuse. Le plus effrayant, c'est qu'elle est parfaitement crédible. Nous connaissons tous quelqu'un qui, en pleine crise, crie plus fort que les autres, et que la foule finit tôt ou tard par écouter.

Thomas Jane incarne en David la boussole morale du film, et c'est une excellente idée de ne pas en avoir fait un héros d'action infaillible. C'est un père qui veut avant tout protéger son fils et qui a peur comme tout le monde. Celui que beaucoup connaissent pour The Punisher joue ici dans un registre bien plus humain et vulnérable, qui lui va à merveille.

Les seconds rôles sont exceptionnels. Toby Jones, en Ollie Weeks, est la belle surprise discrète du film : le genre de type modeste que personne ne prend au sérieux au départ, et qui se révèle le plus fiable de tous. Laurie Holden, en Amanda Dunfrey, incarne l'un des derniers bastions du bon sens, tandis que le Brent Norton d'Andre Braugher offre un formidable contrepoint, le sceptique rationnel qui refuse tout bonnement de croire ce qui se passe. William Sadler, Jeffrey DeMunn et Frances Sternhagen livrent eux aussi des personnages justes et marquants. Pas un maillon faible dans cette distribution.

Ce qui fonctionne à la perfection

La grande force de The Mist, c'est d'utiliser le cadre du film de monstres pour mener une expérience sociale impitoyable. Les créatures tapies dans la brume ne sont que des catalyseurs : le vrai drame, c'est la nature humaine qui le fournit.

Où sent-on qu'il date de 2007 ?

Soyons honnêtes : c'est sur le plan visuel que The Mist a le plus vieilli. Une partie des créatures en images de synthèse paraît aujourd'hui un peu plastique, et il y a des moments où l'on pense davantage au rendu numérique qu'à la terreur. Heureusement, ce défaut gêne moins qu'on pourrait le croire, car le film ne repose pas sur ses monstres. Moins on les voit, mieux c'est, et Darabont l'a bien compris la plupart du temps.

Ceux pour qui l'horreur rime avant tout avec sursauts et hémoglobine trouveront peut-être la partie centrale un peu lente, lorsque le film privilégie les dialogues et la montée de la tension. Pour moi, c'est justement son point fort, mais on peut comprendre que tout le monde n'attende pas cela d'un film de monstres.

Avertissement important : The Mist est une expérience psychologiquement très éprouvante. Ce n'est pas le genre d'horreur qu'on traverse en rigolant avec un gros pot de pop-corn. Le film reste dans la tête longtemps après, et pendant des jours.

Pourquoi est-il plus actuel aujourd'hui qu'à sa sortie ?

Sorti aux États-Unis le 21 novembre 2007, le film reste d'une fraîcheur stupéfiante. Les crises de ces dernières années, les achats de panique, la peur qui s'emballe en un instant sur les réseaux sociaux ont tous prouvé que Darabont n'exagérait en rien. The Mist raconte ce qui arrive quand le manque d'information rencontre la peur, et il est difficile d'imaginer un thème plus universel.

Mrs. Carmody fait peut-être encore plus peur aujourd'hui qu'à l'époque, car nous avons tous vu depuis comment la voix la plus forte peut rassembler des fidèles. C'est ce qui fait de The Mist bien plus qu'un film de monstres réussi : un miroir dans lequel il n'est pas très agréable de se regarder.

Pour qui ?

Si vous aimez, regardez aussi : The Thing (1982), Alien, le huitième passager (1979), L'Armée des morts (2004), Sans un bruit (2018)

Questions fréquentes

De quoi parle The Mist ?

Une brume étrange et surnaturelle s'abat sur une petite ville américaine, et des créatures mortelles venues d'ailleurs s'y déplacent. David Drayton et son fils Billy se retrouvent bloqués dans le supermarché local avec d'autres habitants, où la peur et la panique finissent par ronger le groupe de l'intérieur.

Quelle est la durée de The Mist ?

Le film dure 126 minutes.

Peut-on regarder The Mist avec des enfants ?

Non. Le film est effrayant, violent et psychologiquement très oppressant, il ne convient pas à un jeune public.

Qui a réalisé The Mist ?

Le film est réalisé par Frank Darabont, avec Thomas Jane, Marcia Gay Harden, Laurie Holden et Toby Jones dans les rôles principaux.

Quand The Mist est-il sorti en France ?

The Mist est sorti au cinéma en France le 27 février 2008, après sa sortie américaine du 21 novembre 2007.

Oserez-vous encore aller faire vos courses après ça ?

The Mist n'est pas un film agréable, et il ne cherche pas à l'être. C'est une œuvre d'horreur impitoyable, intelligente et douloureusement humaine, qui se sert du décor du film de monstres pour poser la question la plus dérangeante qui soit : que devenons-nous quand toute sécurité disparaît autour de nous ? Les effets spéciaux trahissent parfois leur époque, mais les comédiens, Marcia Gay Harden en tête, et la mise en scène implacable de Darabont compensent largement. Si vous ne l'avez pas encore vu, rattrapez-vous, mais pas un soir de semaine où vous êtes épuisé, et de préférence pas seul. Si vous l'avez déjà vu, vous le sentez sans doute encore au creux de l'estomac. Un solide 9 sur 10, et l'une des plus belles preuves que le monstre le plus terrifiant, parfois, c'est nous.

Note: 8,5/10 · Scénario 9 · Interprétation 9 · Réalisation 9 · Image 6 · Musique et son 8 · Émotion 10