Titane, la critique : du métal, de la chair et un film impossible à oublier
Il y a les films qu'on regarde, et ceux qui nous regardent. Titane, de Julia Ducournau, appartient sans hésiter à la seconde catégorie : pendant 108 minutes, il vous serre la gorge, puis vous relâche en laissant une marque qu'on sent encore des jours plus tard. Ce n'est pas un divertissement au sens confortable du terme, et c'est précisément pour ça qu'il faut en parler.
Un body horror brutal, bizarre et étonnamment tendre, qui divise le public, mais qui offre à ceux qui s'y abandonnent l'une des expériences de cinéma les plus audacieuses qui soient.
Fiche du film
| Sortie en France | 14/07/2021 |
|---|---|
| Réalisation | Julia Ducournau |
| Distribution | Vincent Lindon, Agathe Rousselle, Garance Marillier, Laïs Salameh, Mara Cissé, Marin Judas |
| Genre | Drames, Thrillers, Films d'horreur |
| Durée | 108 min |
| Classification | 16 |
| Pays | Films belges, Films français |
De quoi parle Titane, si tant est qu'on puisse le raconter ?
Le titre annonce la couleur. Le titane est ce métal qui résiste à la corrosion, supporte la chaleur, affiche une résistance à la traction remarquable, et c'est justement pour ces qualités qu'on l'utilise en médecine pour les prothèses. Cette image, celle du métal qui s'entremêle au corps humain, traverse tout le film, et honnêtement, mieux vaut ne pas en dévoiler davantage.
Ce qu'on peut dire : au centre, il y a le personnage incarné par Agathe Rousselle, que le générique désigne de façon éloquente sous le nom d'Alexia / Adrien. Ce double prénom laisse déjà deviner qu'ici, l'identité, le corps et le genre ne servent pas de décor : ils forment la colonne vertébrale du film. Face à elle, Vincent Lindon joue Vincent, et la relation qui se noue entre eux constitue le cœur émotionnel de l'ensemble.
Titane n'est pas le genre de film dont on résume l'intrigue aux collègues pendant la pause déjeuner. C'est une expérience plus qu'une histoire : une succession d'atmosphères, d'images choc et de moments d'un calme inattendu. Ceux qui espèrent un thriller linéaire, bien huilé, seront déçus. Ceux qui acceptent de lâcher le volant, en revanche, vont vivre une sacrée virée.
Julia Ducournau, la grande dame du body horror à la française
Pour qui a vu Grave, le nom de Ducournau sonne à la fois comme un avertissement et une promesse. Elle y racontait la métamorphose inquiétante du corps et des désirs d'une jeune fille avec une telle force qu'une partie des spectateurs a littéralement fait des malaises en salle. Titane prolonge cette veine, en plus sauvage encore, avec encore moins de compromis.
Ce qui rend Ducournau vraiment singulière, ce n'est pas le choc en lui même, mais le fait qu'il y ait toujours, derrière, quelque chose de profondément humain. Chez elle, le corps n'est pas qu'une chair qui se décompose ou se transforme : c'est une question. Qui sommes nous quand notre corps ne nous obéit plus ? Que signifie appartenir à quelqu'un ? Dans Titane, cette dualité devient plus tranchante encore, car les moments les plus brutaux côtoient les plus bouleversants.
Derrière la caméra, elle impressionne par son assurance. Chaque plan est pensé, les couleurs, la lumière et le rythme du montage ont quelque chose de presque hypnotique. On a le droit de ne pas aimer ce film, mais personne ne pourra prétendre que Ducournau ne sait pas exactement ce qu'elle fait.
Agathe Rousselle et Vincent Lindon : deux corps, un même combat
La prestation d'Agathe Rousselle fait partie de ces performances de quasi débutante dont on parlera encore dans des années. Son rôle est extrême, physiquement comme psychologiquement, elle doit souvent tout faire passer presque sans un mot, et elle s'en acquitte avec une intensité effrayante. Elle est à la fois terrifiante, pathétique et touchante, et c'est ce triple registre qui donne au film sa force d'attraction.
Vincent Lindon, l'un des acteurs les plus solides et les plus respectés du cinéma français, montre ici quelque chose de vraiment surprenant. Son personnage donne l'image d'un homme dur, qui entraîne son corps sans relâche, mais derrière se cache un être profondément blessé. Lindon ne surjoue jamais : un regard lui suffit pour en dire plus que d'autres avec un monologue. Leurs scènes communes sont les plus fortes du film.
Parmi les seconds rôles, on retrouve aussi Garance Marillier, héroïne de Grave, le précédent film de Ducournau : un vrai plaisir pour les fidèles de la cinéaste de la revoir dans cet univers. Laïs Salameh, Mara Cissé, Marin Judas, Diong-Kéba Tacu et Myriem Akheddiou, cette dernière dans le rôle de la mère d'Adrien, complètent la distribution.
Ce qui fascine : l'image, le son et l'audace
Visuellement, Titane est de tout premier ordre. Son monde huileux, métallique, baigné de néons, est à la fois magnifique et répugnant, et le film joue sciemment avec cette tension. Ducournau filme les corps et les machines comme s'il s'agissait de deux formes d'une même matière, et cette idée visuelle finit par s'insinuer sous la peau du spectateur.
Le travail sonore est tout aussi puissant. Le grondement des moteurs, le bruit des os et du métal, les silences soudains : tout est fait pour qu'on ressente physiquement ce qu'on voit. Au casque ou dans une bonne salle, c'est une expérience à part entière. Chez soi, un œil sur son téléphone, le film perd en revanche énormément de sa force.
- Sa plus grande qualité : le film ne se retient sur rien.
- La surprise : derrière le choc se cache une tendresse vraie, douloureuse.
- Le style : impossible de le confondre, ne serait ce qu'un instant, avec le travail d'un autre cinéaste.
Où le métal se fissure t il ?
Je ne serais pas honnête si je prétendais que Titane est parfait. Les deux moitiés du film n'avancent clairement ni au même rythme ni sur le même ton, et cette rupture va en décontenancer plus d'un. Qui attend, après une ouverture sauvage et cruelle, la même cadence, risque de trouver la suite bien lente.
La logique n'est pas non plus le point fort du film. Ducournau travaille davantage avec une logique de rêve qu'avec une narration rationnelle, et si l'on se demande à chaque rebondissement comment c'est possible, on passera à côté. C'est pour ça que j'ai attribué au scénario moins de points qu'aux autres aspects : la symbolique est riche, mais l'histoire sert parfois surtout de prétexte aux images et aux sensations.
Et puis il y a le risque le plus évident : c'est un film réservé aux adultes, extrêmement graphique. Certaines scènes, beaucoup les traverseront les yeux fermés, et ce n'est pas un avertissement de politesse. Si vous supportez mal la représentation explicite des blessures corporelles, Titane sera un véritable supplice.
Pour qui ?
- Pour vous si : Pour les amateurs de cinéma d'auteur européen qui repousse les limites, de body horror, et pour tous ceux que Grave ou les films de Cronenberg n'ont pas fait fuir, mais fascinés.
- Passez votre chemin si : Si vous cherchez une soirée légère, si vous ne supportez pas la violence graphique et les blessures corporelles, ou si vous attendez de chaque film une histoire claire et logique, passez votre chemin.
Si vous aimez, regardez aussi : Grave (2016), Crash (1996), Tetsuo (1989), Videodrome (1983), Under the Skin (2013)
Questions fréquentes
Qui a réalisé Titane ?
Titane est signé par la réalisatrice française Julia Ducournau, révélée auparavant avec Grave.
Quelle est la durée de Titane ?
Le film dure 108 minutes.
Quand Titane est il sorti en France ?
Titane est sorti dans les salles françaises le 14 juillet 2021.
Qui joue dans Titane ?
Les rôles principaux sont tenus par Agathe Rousselle (Alexia / Adrien) et Vincent Lindon (Vincent), entourés de Garance Marillier, Laïs Salameh, Mara Cissé, Marin Judas, Diong-Kéba Tacu et Myriem Akheddiou.
À quel genre appartient Titane ?
C'est une coproduction franco belge qui mêle drame, thriller et horreur, avec de forts éléments de body horror.
Résisterez vous à l'étreinte de Titane ?
Titane ne cherche pas à plaire à tout le monde, et c'est là sa plus grande force. Julia Ducournau signe un film qui provoque, écœure et bouleverse à la fois, et Agathe Rousselle comme Vincent Lindon livrent des interprétations après lesquelles il est difficile de revenir au tout venant tiède des salles. Si vous avez l'estomac solide et l'envie d'une expérience inhabituelle, presque onirique, il est incontournable. Si vous hésitez, regardez d'abord une bande annonce, et soyez honnête avec vous même : le film sera bien plus dur encore. Pour moi, c'est un oui sans réserve, et la trace du métal est restée là pendant des jours.
