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Critique · Sortie : 09/05/2007

La Faille, critique : Anthony Hopkins et Ryan Gosling dans une partie d'échecs judiciaire où le meurtrier sourit en dernier ?

Films allemandsFilms américainsThrillersFilms policiers

Il existe un genre de thriller où l'on connaît le coupable dès les premières minutes, et c'est précisément ce qui le rend si éprouvant pour les nerfs. La Faille appartient à cette famille : la question n'est pas de savoir qui a tiré, mais comment on pourra bien le prouver. Et le face à face entre Anthony Hopkins et Ryan Gosling est un tel régal qu'il justifie encore aujourd'hui de ressortir ce film de 2007.

7,3/10
Note
Un thriller judiciaire malin, élégant et franchement divertissant, dont l'arme maîtresse reste le jeu du chat et de la souris entre ses deux têtes d'affiche.
Scénario
8
Interprétation
9
Réalisation
7
Image
7
Musique et son
6
Émotion
7

La note globale est la moyenne des six critères.

Fiche du film

OriginalFracture
Sortie en France09/05/2007
RéalisationGregory Hoblit
DistributionAnthony Hopkins, Ryan Gosling, David Strathairn, Rosamund Pike, Embeth Davidtz, Billy Burke
GenreThrillers
Durée113 min
Classification12
PaysFilms allemands, Films américains

Un meurtre qui semble trop simple

Le point de départ a quelque chose de presque provocant tant il paraît limpide. Ted Crawford découvre que sa jeune épouse, Jennifer, le trompe, et met au point un plan d'assassinat parfait. Quand la police fait irruption chez lui, elle le trouve une arme à la main, et Crawford ne songe pas une seconde à nier avoir abattu sa femme. Pour corser le tout, l'inspecteur Rob Nunally reconnaît, sidéré, sa propre maîtresse dans la victime.

Crawford est arrêté, passe aux aveux et se retrouve derrière les barreaux. Sur le papier, c'est le genre d'affaire qu'un procureur remporte les yeux fermés. C'est exactement ce que pense Willy Beachum, substitut du procureur aux dents longues, qui y voit une victoire rapide et facile. Sauf que plus il creuse, plus il s'emmêle dans les fils, sans comprendre que c'est Crawford qui tire toutes les ficelles.

Inutile d'en savoir davantage sur l'intrigue. Toute la force de La Faille tient à sa manière de bercer le spectateur dans le même confort trompeur que Beachum, avant de lui retirer le sol sous les pieds, lentement et méthodiquement.

Hopkins, le prédateur souriant

Peu d'acteurs savent comme Anthony Hopkins paraître dangereux en ne faisant presque rien. Dans la peau de Ted Crawford, il campe un homme froid, précis, d'une assurance sans limite, qui garde à chaque réplique un coup d'avance sur tout le monde. Difficile de ne pas penser à Hannibal Lecter, et le film en a évidemment conscience, mais Crawford est un monstre d'une autre espèce : son arme n'est pas la menace brute, c'est la supériorité intellectuelle.

On sent que Hopkins s'amuse énormément, et ce plaisir de jeu est contagieux. Chacune de ses scènes devient un petit numéro où se mêlent l'ironie, une condescendance presque paternelle et un calcul glacial. Il serait facile d'en faire trop, mais Hopkins sait exactement jusqu'où aller. Résultat : un méchant pour lequel on se surprend, avec un brin de honte, à prendre parti.

Gosling, le jeune procureur trop sûr de lui

À l'époque, Ryan Gosling était encore ce jeune acteur dont chacun pressentait le grand avenir, et La Faille montre bien pourquoi. Willy Beachum n'a rien du héros sans tache : arrogant, carriériste, un peu trop content de lui, et c'est justement ce qui le rend intéressant. Face au mal, on ne trouve pas un chevalier blanc, mais un jeune ambitieux pour qui cette affaire sera peut être la première vraie gifle de sa vie.

Le style décontracté et sûr de lui de Gosling colle parfaitement au personnage, et surtout, il ne s'efface pas à côté de Hopkins. Ce n'est pas rien, tant il est facile de passer au second plan face à un acteur de ce calibre. Leurs scènes communes sont les meilleurs moments du film, comme une partie d'échecs où l'un des joueurs anticipe dix coups à l'avance tandis que l'autre en apprend tout juste les règles.

Les seconds rôles tiennent eux aussi la route. David Strathairn apporte en Joe Lobruto une présence solide et respectable, Rosamund Pike met de la couleur dans la vie de Beachum sous les traits de Nikki Gardner, et Billy Burke, en inspecteur Nunally, compose l'une des figures les plus tragiques du récit. Fiona Shaw en juge et Cliff Curtis en inspecteur Flores ont moins de temps à l'écran, mais tous deux donnent à l'histoire un arrière plan crédible.

Gregory Hoblit, maître discret de la tension

La mise en scène de Gregory Hoblit n'a rien d'ostentatoire, et c'est ici un choix judicieux. La Faille n'est pas un film d'action : pas de course poursuite en voiture ni de fusillade spectaculaire toutes les dix minutes. On a affaire à un thriller qui se construit lentement, misant sur les dialogues et les visages, où la tension naît des conversations, des regards et des joutes au tribunal.

Hoblit a compris qu'avec deux comédiens de cette trempe, le mieux est de les laisser travailler. La caméra ne s'impose jamais, l'image est élégante, et les décors, la maison de Crawford en tête, affichent la même froideur stérile et précise que leur propriétaire. Cette retenue visuelle traduit à merveille l'intériorité du personnage. Sur ses 113 minutes, le film connaît très peu de temps morts, même si sa partie centrale compte une ou deux scènes où le rythme s'essouffle un peu.

Quand la mécanique grince

Le film n'est pas parfait pour autant. Certaines intrigues secondaires, en particulier la vie privée de Beachum, passionnent moins que le conflit principal et donnent parfois l'impression de servir surtout à remplir. Quant aux habitués des thrillers judiciaires, ils reconnaîtront peut être quelques ficelles et devineront certains rebondissements plus tôt que le film ne le voudrait.

La musique, elle aussi, se montre plus fonctionnelle que mémorable : elle fait son travail, souligne la tension, mais ne nous reste pas en tête. L'échafaudage logique met par endroits la vraisemblance à rude épreuve, mais soyons honnêtes : dans ce type de film, on pardonne volontiers tant qu'on s'amuse autant. Et c'est bien le cas ici.

Le vrai risque, au fond, c'est que le film repose tellement sur le duo Hopkins Gosling que la tension retombe sensiblement dès que ni l'un ni l'autre n'est à l'écran. Heureusement, cela arrive rarement.

Pour qui ?

Si vous aimez, regardez aussi : Le Silence des agneaux (1991), L'Associé du diable (1997), Peur primale (1996), Présumé innocent (1990), Le Verdict (1982)

Questions fréquentes

De quoi parle La Faille ?

Ted Crawford découvre que sa jeune épouse le trompe et conçoit un plan d'assassinat parfait. Bien qu'il avoue son crime, le substitut du procureur Willy Beachum, ambitieux et chargé de l'affaire, s'y empêtre de plus en plus, tandis que Crawford tire les ficelles.

Quand La Faille est il sorti en France ?

Le film est sorti dans les salles françaises le 9 mai 2007.

Quelle est la durée de La Faille ?

Le film dure 113 minutes.

Qui joue dans La Faille ?

Anthony Hopkins (Ted Crawford) et Ryan Gosling (Willy Beachum) tiennent les rôles principaux, entourés de David Strathairn, Rosamund Pike, Embeth Davidtz, Billy Burke, Cliff Curtis et Fiona Shaw.

Qui a réalisé La Faille ?

Le film est réalisé par Gregory Hoblit.

Quel est le titre original de La Faille ?

Son titre original est Fracture. Il s'agit d'une coproduction germano américaine.

Le duel Hopkins Gosling vaut il encore qu'on s'y attarde aujourd'hui ?

Sans hésiter, oui. La Faille n'a pas révolutionné le genre, mais il sait exactement ce qu'il veut faire, et il le fait très bien. C'est un thriller tendu, élégant et malin, bâti sur l'affrontement de deux excellents acteurs, ce qui place la barre très haut. Le sourire de Hopkins vous hantera plusieurs jours, et Gosling y montre déjà pourquoi il allait devenir l'un des comédiens les plus demandés.

Si vous avez envie d'une soirée où nul besoin d'explosions ni de montage frénétique pour rester au bord de votre siège, ce film est un excellent choix. Préparez un thé, éteignez la lumière, et regardez de simples aveux se transformer en l'affaire la plus impossible à gagner qui soit.

Note: 7,3/10 · Scénario 8 · Interprétation 9 · Réalisation 7 · Image 7 · Musique et son 6 · Émotion 7