Le Transporteur, critique : Jason Statham, une BMW et trois règles vite enfreintes
Il y a ce moment où un Anglais au crâne rasé plie soigneusement sa veste avant de démolir la moitié d'un port, et où l'on comprend que ce film sait exactement ce qu'il veut. Le Transporteur ne cherche pas à paraître plus malin qu'il ne l'est, mais dans ce qu'il assume, il fait preuve d'une assurance étonnante. C'est le film qui a fait de Jason Statham un héros d'action.
Bête, stylé, rapide et terriblement divertissant, avec un Statham qui bouge déjà comme s'il s'était préparé toute sa vie à ce rôle.
Fiche du film
| Original | The Transporter |
|---|---|
| Sortie en France | 23/10/2002 |
| Réalisation | 元奎, Louis Leterrier |
| Distribution | Jason Statham, 舒淇, François Berléand, Matt Schulze, Ric Young, Doug Rand |
| Genre | Films d'action, Polars, Thrillers |
| Durée | 92 min |
| Classification | 12 |
| Pays | Films américains, Films français |
Règle numéro un : ne jamais ouvrir le colis
Frank Martin est un professionnel solitaire. Il livre n'importe quoi, n'importe où, à l'heure pile, puis il disparaît. Il ne pose pas de questions, ne commet pas d'erreurs et vit selon ses propres règles, sur lesquelles il ne transige jamais. Voilà tout le point de départ, et franchement, pour ce genre de film, c'est largement suffisant. La voiture est rapide, les clients sont louches, et le type est froid comme un glaçon dans un verre de whisky.
Et puis, une fois, il fait une exception. Il ouvre l'un des colis qu'on lui a confiés et découvre dans le sac une superbe jeune femme chinoise, la bouche scotchée. Le cœur lourd, il la livre malgré tout. Sauf que peu après, sa précieuse voiture explose, et Frank retourne chez le destinataire. À partir de là, les règles ne comptent plus : il sauve la marchandise et, poussé par la jeune femme, tente de découvrir qui veut leur peau, et pourquoi.
Je n'en dirai pas plus, et ce n'est pas nécessaire. Le Transporteur ne marque pas les esprits par son intrigue, mais par la manière dont il la sert.
Statham, naissance d'un gentleman au crâne rasé
Jusque-là, on connaissait surtout Jason Statham grâce aux films de gangsters de Guy Ritchie, Arnaques, crimes et botanique et Snatch, dans des rôles de bavard au débit de mitraillette. Ici, on découvre qu'il fonctionne aussi dans un tout autre registre. Frank Martin parle peu, observe beaucoup, et quand il passe à l'action, chaque geste compte.
La grande qualité de Statham, c'est qu'il ne surjoue jamais. Pas de clin d'œil au spectateur, pas d'humour plaqué sur la situation. Il nous fait simplement croire que cet homme prend son métier au sérieux et que ses règles ne sont pas une pose, mais une technique de survie. Et dans les bagarres, il est visiblement comme un poisson dans l'eau, ce qui n'est pas rien pour un héros d'action.
Shu Qi, dans le rôle de Lai, hérite de la tâche la plus délicate : c'est à elle de faire dérailler la routine bien huilée de Frank. Entre eux, ça ne flambe pas, ça couve plutôt, mais le film ne mise pas vraiment là-dessus. François Berléand, en inspecteur Tarconi, est l'arme secrète du film : un flic pince-sans-rire, sympathique, un brin fatigué, dont chaque scène fait du bien. Matt Schulze (Wall Street) et Ric Young (Mr. Kwai) tiennent le camp des méchants, avec la menace de circonstance qu'exige le genre.
Une chorégraphie hongkongaise sous le soleil de France
Derrière la caméra, on trouve Corey Yuen et Louis Leterrier, et ce duo explique le mélange étrange mais efficace du film. L'école de l'action hongkongaise de Corey Yuen se ressent dans chaque combat : des scènes inventives, qui exploitent tout l'espace, parfois franchement comiques, où chaque élément du décor peut devenir une arme. Si vous avez déjà vu quelqu'un distribuer des coups en glissant sur un sol couvert d'huile, vous voyez le genre.
Côté français, c'est l'ambiance qui s'impose : bord de mer ensoleillé, routes en lacets, conduite élégante et une décontraction très européenne. Et les 92 minutes sont une bénédiction : le film ne traîne pas, ne s'encombre pas d'intrigues secondaires inutiles, coupe court dès qu'il le peut et file vers la scène d'action suivante.
Ce qui marche, et ce qui ne marche pas du tout
Commençons par le positif, puisqu'il l'emporte :
- Le premier quart d'heure est tout simplement excellent, rapide, tendu, et présente parfaitement l'univers de Frank.
- Les combats au corps à corps sont ingénieux et réjouissants, de loin les meilleurs moments du film.
- Le charisme de Statham porte à bout de bras même les passages les plus faibles.
- Le rythme : une heure et demie, et on ne s'ennuie vraiment pas.
Les points faibles ne sont pas un secret non plus. Le scénario n'est souvent qu'un prétexte pour amener la séquence d'action suivante, les motivations des méchants sont bien minces, et la seconde moitié glisse de plus en plus vers l'outrance tapageuse façon dessin animé. L'histoire d'amour est un passage obligé, rien de plus. Ceux qui cherchent de la logique déchanteront vite. Mais ceux qui veulent un bon film d'action du samedi soir, bière et chips à portée de main, seront servis.
Que vaut ce film aujourd'hui, tant d'années après ?
Revoir Le Transporteur aujourd'hui fait un drôle d'effet, maintenant que le nom de Statham est pratiquement devenu un genre à lui seul. Les films d'action sont depuis devenus bien plus durs, plus sombres, plus longs, et à côté, ce film de 2002 paraît d'une légèreté presque rafraîchissante. Il a quelque chose de l'élégance naïve du cinéma d'action européen de la fin des années 90, et une pointe du goût du jeu propre au cinéma de Hong Kong.
Il n'est pas parfait, il est même franchement niais par moments, mais il a du style et connaît ses points forts. Et surtout, c'est ici qu'a pris forme ce personnage à la Statham qu'on reverra mille fois ensuite. Si vous voulez savoir d'où part cette carrière, c'est le point de départ incontournable.
Pour qui ?
- Pour vous si : Pour les amateurs de films d'action rapides, spectaculaires et pas prise de tête, et pour les fans de Statham curieux de voir où tout a commencé.
- Passez votre chemin si : Ceux qui attendent une histoire complexe, des personnages fouillés ou une logique crédible risquent de s'agacer pendant la seconde moitié.
Si vous aimez, regardez aussi : Ronin (1998), Taken (2008), Drive (2011), Arnaques, crimes et botanique (1998)
Questions fréquentes
De quoi parle Le Transporteur ?
Frank Martin est un transporteur professionnel qui ne pose jamais de questions et n'ouvre jamais les colis. Un jour, il enfreint pourtant sa règle et découvre une jeune femme chinoise ligotée. Après l'explosion de sa voiture, il la sauve et cherche à découvrir qui veut les tuer.
Quand Le Transporteur est-il sorti en France ?
Le film est sorti dans les salles françaises le 23 octobre 2002.
Combien de temps dure Le Transporteur ?
Le film dure 92 minutes.
Qui joue le rôle principal dans Le Transporteur ?
Frank Martin est incarné par Jason Statham, aux côtés de Shu Qi (Lai), François Berléand (Tarconi) et Matt Schulze (Wall Street).
Qui a réalisé Le Transporteur ?
Le film a été réalisé par Corey Yuen et Louis Leterrier, dans le cadre d'une coproduction franco-américaine.
Faut-il remonter côté passager aux côtés de Frank Martin ?
Oui, à condition de savoir dans quoi on monte. Le Transporteur n'est pas un grand film, mais c'est un excellent divertissement : rapide, stylé, parfois ridiculement exagéré, avec un héros qu'on prend plaisir à regarder. Inutile de s'attarder sur l'histoire, mais les combats et le professionnalisme glacial de Statham valent le détour. Pour une soirée tranquille, pop-corn en main, ça fonctionne toujours très bien, et c'est aussi une curiosité de l'histoire du cinéma : c'est ici que toute une carrière dans l'action a passé la vitesse supérieure.
