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Critique avant la sortie · Au cinéma depuis le 07/10/2026

The Social Reckoning, critique : Aaron Sorkin revient à Facebook, et cette fois il ne fait pas de cadeau

Films américainsDocufictionsInspirés d'une histoire vraie

Aaron Sorkin nous a déjà raconté comment Facebook est né. Il raconte maintenant ce que le réseau fait de nous. Sur le papier, The Social Reckoning compte parmi les films adultes les plus excitants de l'année, et si la mécanique Sorkin tourne à plein régime, beaucoup de spectateurs vont regarder leur téléphone avec un certain malaise en sortant de la salle.

7,5/10
Note attendue
Des dialogues signés Sorkin, une actrice oscarisée en tête d'affiche et un vrai scandale en toile de fond : un docu-drame reçoit rarement un meilleur matériau de départ. Reste à survivre à sa propre grandiloquence.
Scénario
8
Interprétation
9
Réalisation
7
Image
6
Musique et son
7
Émotion
8

La note globale est la moyenne des six critères.

Fiche du film

Sortie en France07/10/2026
RéalisationAaron Sorkin
DistributionWunmi Mosaku, Jeremy Allen White, Mikey Madison, Patrick Fischler, Betty Gilpin, Billy Magnussen
GenreDocufictions
PaysFilms américains

De quoi ça parle ? Une ingénieure, un journaliste et un secret

Le dispositif est classique, et c'est justement pour ça qu'il peut fonctionner. Frances, interprétée par Mikey Madison, est une jeune ingénieure chez Facebook. Elle découvre en interne quelque chose sur lequel elle estime ne pas avoir le droit de se taire. Elle contacte un journaliste du Wall Street Journal, joué par Jeremy Allen White, et tous deux s'engagent sur une voie de plus en plus dangereuse.

Selon le synopsis officiel, Frances est prête à tricher, à espionner et à mentir pour la bonne cause. C'est pour moi la promesse la plus intéressante du film. On n'a pas affaire à une martyre immaculée, mais à quelqu'un qui enfreint elle-même les règles pour démasquer un système qui les enfreint. Au bout du chemin, un article explosif sur les secrets les mieux gardés du réseau social, qui provoque un immense scandale. Le film s'inspire de faits réels : la destination est connue, la tension doit donc naître du chemin parcouru pour y arriver.

Le slogan fait mouche lui aussi : « Nous ne sommes pas les seuls à l'utiliser, il nous utilise aussi. » Un peu formule d'affiche, certes, mais il frappe exactement là où il faut.

Sorkin, l'homme qui parle

Le nom d'Aaron Sorkin est un genre à lui seul. C'est lui qui a écrit le scénario de The Social Network, réalisé par David Fincher, qui reste aujourd'hui encore l'un des meilleurs films sur la manière dont une idée de chambre d'étudiant devient une puissance mondiale. Derrière la caméra, on lui doit Le Grand Jeu, Les Sept de Chicago et Being the Ricardos.

À quoi s'attendre ? À des échanges rapides, spirituels, qui surenchérissent sans cesse, à des personnages qui trouvent toujours la réplique la plus brillante au moment idéal, et à une boussole morale bien affirmée. Pour une histoire de journalistes et de lanceuse d'alerte, c'est potentiellement de l'or : les débats en salle de rédaction, les tractations avec les avocats, les dilemmes autour de la protection des sources, c'est son terrain naturel.

Le risque, en revanche, reste le même que d'habitude. Comme réalisateur, Sorkin a tendance à livrer des scènes qui ressemblent à du théâtre filmé, et ce qui chez Fincher devenait une tension froide et précise glisse parfois chez lui vers le mélo télévisuel. Si The Social Reckoning a un point faible, il se trouvera probablement là : le texte sera excellent, toute la question est de savoir si l'image aura aussi quelque chose à dire.

Un casting à tomber

Soyons honnêtes : c'est en découvrant cette distribution que je me suis redressé sur ma chaise. Depuis Anora, Mikey Madison est l'une des jeunes actrices les plus passionnantes du moment, et le rôle d'une lanceuse d'alerte tiraillée, moralement grise, lui offre le défi idéal. Dans Anora, elle débordait d'une énergie brute ; ici, il faudra sans doute une tension plus sourde, plus nerveuse. J'ai hâte de voir ce qu'elle en fait.

Depuis The Bear, Jeremy Allen White est le roi sans couronne des personnages anxieux et surmenés, et un journaliste d'investigation qui jongle avec les délais, les sources et les menaces juridiques n'en est pas très loin. Si l'alchimie prend entre eux deux, le film a déjà gagné la moitié de la partie.

Vient ensuite la galerie des seconds rôles : Jeremy Strong, qui a prouvé dans Succession à quel point lui va bien l'homme qui se débat aux abords du pouvoir, Wunmi Mosaku, Betty Gilpin, Billy Magnussen et Patrick Fischler. On ignore encore précisément qui joue quoi, mais c'est le genre de troupe capable de rendre mémorable une scène de trois minutes. Et Sorkin aime confier ses meilleures répliques aux seconds rôles.

Pourquoi maintenant, et pourquoi ça fait si mal ?

The Social Reckoning s'attaque à un sujet dans lequel nous sommes tous plongés, qu'on le veuille ou non. Il ne s'agit pas d'un lointain scandale politique ou de la faillite d'une banque, mais de l'application qu'on ouvre en premier le matin et en dernier le soir. La force du film pourrait venir précisément de là : le spectateur n'est pas un observateur extérieur, le système dénoncé façonne aussi son propre fil d'actualité.

Une phrase du synopsis m'a particulièrement saisi : « S'il a seulement un but. » C'est une question bien plus terrifiante qu'un PDG maléfique tapi dans l'ombre. Si le film ne cherche pas à désigner un méchant, mais un système qui n'obéit vraiment à personne, alors on ne tient pas un simple thriller de révélation, mais un portrait d'époque inquiétant.

Côté genre, il marche dans les pas de Spotlight et des Hommes du président, ces films où un coup de fil, un document fuité ou une décision de rédaction sont aussi palpitants qu'une course-poursuite en voiture. Pour qui aime ce type de thriller qui monte lentement en tension et se construit sur les mots, ce pourrait bien être le film de l'automne.

Où ça peut déraper ?

Je vois trois dangers. Aucun ne me paraît fatal, mais tous les trois sont bien réels :

Si le film prend au sérieux l'ambiguïté morale de Frances au lieu de la lisser en récit héroïque, ces risques peuvent tout à fait s'évaporer. Mais si tout le monde finit en chevalier à l'armure étincelante, on se retrouvera avec un téléfilm bien écrit mais vite oublié, doté d'un budget de cinéma.

Pour qui ?

Si vous aimez, regardez aussi : The Social Network (2010), Spotlight (2015), Les Hommes du président (1976), Révélations (1999), Pentagon Papers (2017)

Questions fréquentes

Quand sort The Social Reckoning en France ?

Le film est sorti dans les salles françaises le 7 octobre 2026.

De quoi parle The Social Reckoning ?

Frances, une jeune ingénieure de Facebook, découvre des informations qu'elle refuse de garder pour elle et contacte un journaliste du Wall Street Journal. Ensemble, ils s'engagent sur une voie dangereuse qui aboutit à la publication d'un article retentissant sur les secrets du réseau social.

Le film est-il tiré d'une histoire vraie ?

Oui, il s'inspire de faits réels et relève du docu-drame.

Qui a réalisé The Social Reckoning ?

Le film est réalisé par Aaron Sorkin, qui avait déjà signé le scénario de The Social Network.

Qui joue dans The Social Reckoning ?

Mikey Madison et Jeremy Allen White tiennent les rôles principaux, entourés de Wunmi Mosaku, Patrick Fischler, Betty Gilpin, Billy Magnussen et Jeremy Strong.

De quelle nationalité est The Social Reckoning ?

C'est une production américaine.

Faut-il éteindre son téléphone deux heures pour lui ?

Je crois que oui, et pas seulement à cause d'un casting qui fait rêver. The Social Reckoning fait partie de ces rares films dont le sujet tient dans la poche du spectateur, et Sorkin est le genre d'auteur capable de tirer un thriller d'une simple dispute en salle de rédaction. Mikey Madison en lanceuse d'alerte sur un terrain moralement mouvant, Jeremy Allen White en journaliste obstiné, et derrière eux une galerie de seconds rôles impressionnante : sur le papier, l'automne démarre très fort.

Mes réserves visent le réalisateur, pas le sujet. Si Sorkin ose cette fois faire confiance aux images et aux silences, et pas uniquement à ses répliques, ce pourrait être la meilleure réalisation de sa carrière. Sinon, on aura tout de même droit à un film intelligent, bien écrit, un peu sentencieux, après lequel chacun regardera son fil d'actualité avec un peu plus de méfiance. Mon pronostic : un solide 8, avec un plafond qui reste ouvert. Le film est en salle depuis le 7 octobre, j'y cours, et je soupçonne qu'au générique de fin, je sortirai moi aussi mon téléphone. Juste pour le ranger aussitôt.

Note attendue: 7,5/10 · Scénario 8 · Interprétation 9 · Réalisation 7 · Image 6 · Musique et son 7 · Émotion 8