Du sang et des larmes, critique : le film de guerre de Peter Berg dans l'Hindou Kouch ne fait aucun cadeau
Il y a des films de guerre qu'on regarde, et d'autres qu'on endure, dans le meilleur sens du terme. Du sang et des larmes appartient à la seconde catégorie : pendant deux heures, Peter Berg vous fait littéralement dévaler la montagne sans vous demander si vous tenez le coup. Ce n'est pas un film parfait, mais ce qu'il laisse dans le corps, on ne s'en débarrasse pas de sitôt.
Un film de guerre d'une brutalité très physique, solidement mis en scène, imbattable sur les flancs de la montagne, mais qui force parfois un peu trop sur l'emphase patriotique.
Fiche du film
| Original | Lone Survivor |
|---|---|
| Sortie en France | 01/01/2014 |
| Réalisation | Peter Berg |
| Distribution | Mark Wahlberg, Taylor Kitsch, Emile Hirsch, Ben Foster, Eric Bana, Ali Suliman |
| Genre | Films de guerre, Films d'action, Drames |
| Durée | 121 min |
| Classification | 12 |
| Pays | Films américains |
Quatre hommes, une montagne et un plan qui ne le reste pas longtemps
Le point de départ est simple, et c'est justement ce qui fonctionne. Le 28 juin 2005, quatre membres des Navy SEAL sont envoyés en mission secrète et périlleuse dans la région afghane de l'Hindou Kouch. Nom de code de l'opération : Red Wings. L'objectif : neutraliser des chefs talibans de haut rang. Sur le papier, un travail rapide et propre. Dans les faits, tout dérape, l'équipe est prise pour cible par des forces ennemies et les quatre soldats se retrouvent vite livrés à eux-mêmes, avec des chances de survie quasi nulles.
C'est tout ce qu'il faut savoir avant de se lancer, et à mon avis c'est bien suffisant. Le film ne mise pas sur ses rebondissements, mais sur la manière dont les événements vous écrasent. Le titre original, Lone Survivor, en dit déjà long : la question n'est pas de savoir ce qui va se passer, mais à quel prix. Peter Berg la pose avec une grande cruauté, et y répond avec la même cruauté.
Mark Wahlberg et son équipe : une fraternité d'armes à laquelle il faut croire
Un film comme celui-ci tient ou s'effondre sur une seule chose : croit-on que ces hommes sont prêts à se jeter au feu les uns pour les autres ? Ici, on y croit. Mark Wahlberg incarne le premier maître Marcus Luttrell, et c'est exactement le genre de rôle qui lui va comme un gant : peu de mots, beaucoup de corps, beaucoup de mâchoires serrées. Pas une interprétation flamboyante, mais elle n'a pas besoin de l'être.
À ses côtés, Taylor Kitsch se révèle étonnamment solide dans le rôle du lieutenant Michael "Mike" Murphy : il tient enfin un personnage où son regard calme sert à quelque chose. Emile Hirsch, en Danny Dietz, est le point le plus nerveux et le plus humain du groupe, tandis que Ben Foster, en Matthew "Axe" Axelson, livre ce qu'il livre toujours : une intensité qui vous ferait presque hésiter à vous asseoir à côté de lui. Pour moi, Foster est l'arme secrète du film.
En retrait, on trouve Eric Bana dans le rôle du capitaine de corvette Erik Kristensen, qui porte à la base le moral et la responsabilité des opérations, ainsi qu'Alexander Ludwig (Shane Patton) et Jerry Ferrara (Hasslert). Mention spéciale pour Ali Suliman, qui prête ses traits à Mohammad Gulab et offre l'un des visages les plus importants du film. Je n'en dirai volontairement pas plus, mais gardez l'œil sur lui.
Peter Berg ne filme pas, il pousse
Peter Berg a toujours été l'homme d'un cinéma bruyant, en sueur, les pieds sur terre. Après Hancock et Battleship, Du sang et des larmes marque chez lui un virage bien plus sérieux et plus retenu. Retenu ne veut évidemment pas dire silencieux. Les fusillades ne sont pas ici des ballets chorégraphiés, mais des minutes confuses, précipitées, terrifiantes, où l'on ne sait jamais d'où viendra le prochain tir. Exactement comme les soldats.
Le vrai miracle, pourtant, c'est le terrain. Le flanc de montagne est le troisième personnage principal du film, et Berg l'a parfaitement compris. Certaines scènes vous font sursauter dans votre fauteuil, parce que la caméra n'épargne rien : on sent le poids, les pierres, les os. Je n'exagère pas en affirmant que ces minutes comptent parmi les moments les plus physiques du cinéma de guerre des années 2010.
Le seul vrai défaut de la mise en scène, c'est que Berg ne fait parfois pas assez confiance à ce qu'il a construit. Là où le silence suffirait, la scène reçoit malgré tout un petit coup de pouce : un ralenti, une montée musicale. Je comprends pourquoi, mais ce n'était pas nécessaire.
Un son qui résonne dans le ventre
S'il fallait une raison de voir ce film en salle (ou au moins sur un vrai système audio), ce serait le son. L'impact des balles, les grésillements de la radio, les halètements, le fracas des pierres : le film utilise le son de manière très délibérée pour vous enfermer. Bien souvent, c'est le son qui fait sursauter, pas l'image.
La musique fonctionne au mieux quand elle reste en retrait et installe une sorte de bourdonnement inquiet. Quand elle passe au premier plan pour arracher de l'émotion, l'intention se voit davantage. Mais globalement, l'univers sonore reste l'un des points les plus forts du film, et c'est d'ailleurs lui qui obtient ma meilleure note.
Là où ça bascule : l'ombre du drapeau
Impossible de ne pas le dire : Du sang et des larmes est un film de guerre très américain. La célébration de la fraternité d'armes, de la loyauté et du devoir glisse parfois vers un registre où l'on a moins l'impression de regarder des hommes que d'assister à l'illustration d'un idéal. Ceux qui sont allergiques à l'emphase patriotique auront quelques moments où ils lèveront les yeux au ciel.
Personnellement, cela m'a moins gêné que prévu, parce que le long cœur du film est si brut et si impitoyable qu'il vous ôte toute envie de solennité. Le cadre, en revanche, pèse sur l'ensemble, et les personnages tiennent davantage de l'archétype que de l'être pleinement construit. On ne sait jamais vraiment qui ils étaient avant la montagne. Pour le film, cela n'a peut-être pas d'importance. Pour moi, un peu.
À noter aussi : le film dure 121 minutes et sa violence n'a rien de décoratif. Elle n'est pas gratuite, mais elle est très frontale, et les blessures ne sont jamais embellies.
Sur l'étagère du genre : où le ranger ?
Parmi les films d'action guerriers modernes, il se situe quelque part entre le chaos brut de La Chute du faucon noir et la tension à vif de Démineurs. Il partage avec le film de Ridley Scott cette sensation de fusillade sans fin (et, accessoirement, Eric Bana), et avec celui de Kathryn Bigelow le refus de vous laisser à une distance confortable.
Berg retrouvera plus tard Mark Wahlberg pour Deepwater, avec la même recette : des personnes réelles, une situation catastrophique, une mise en scène très physique. À mon sens, Du sang et des larmes reste la collaboration la plus forte du duo, parce que c'est là qu'il y a le moins de décor et le plus de pierre et de sang.
Pour qui ?
- Pour vous si : À ceux qui aiment les films de guerre bruts et physiquement éprouvants, et qui n'ont pas peur d'être mis sous pression du début à la fin. Indispensable pour les fans de Ben Foster et de Taylor Kitsch.
- Passez votre chemin si : Les âmes sensibles et ceux qui ne supportent pas l'emphase militaire à l'américaine feraient mieux de passer leur chemin. Totalement inadapté pour une soirée film d'action légère.
Si vous aimez, regardez aussi : La Chute du faucon noir (2001), Démineurs (2008), Tu ne tueras point (2016), Deepwater (2016), Restrepo (2010)
Questions fréquentes
De quoi parle Du sang et des larmes ?
Le 28 juin 2005, quatre membres des Navy SEAL sont envoyés en mission secrète dans la région afghane de l'Hindou Kouch, sous le nom de code Red Wings, pour neutraliser des chefs talibans de haut rang. La mission tourne mal et les quatre soldats se retrouvent livrés à eux-mêmes.
Quand Du sang et des larmes est-il sorti en France ?
Le film est sorti dans les salles françaises le 1er janvier 2014.
Quelle est la durée de Du sang et des larmes ?
Le film dure 121 minutes.
Qui a réalisé Du sang et des larmes et qui sont les acteurs principaux ?
Le film est réalisé par Peter Berg. On y retrouve Mark Wahlberg, Taylor Kitsch, Emile Hirsch, Ben Foster, Eric Bana, Ali Suliman, Alexander Ludwig et Jerry Ferrara.
Quel est le titre original de Du sang et des larmes ?
Le titre original de ce film américain est Lone Survivor.
Vous grimpez la montagne avec lui, ou vous restez dans la vallée ?
Grimpez. Du sang et des larmes n'est pas le genre de film qu'on éteint le cœur léger, mais ce n'est pas sa vocation. Peter Berg vous emmène aussi près du combat qu'une fiction peut le faire, et les quatre acteurs principaux, emmenés par un Ben Foster redoutable, rendent crédible ce lien sans lequel tout cela ne serait que du bruit. L'emphase pèse parfois, les personnages auraient mérité plus de profondeur, mais les minutes passées sur le flanc de la montagne valent largement le détour. Pour moi, un solide 8, et un film que je ressens encore dans le ventre des années plus tard.
