Léon, la critique : le tueur à gages, la gamine et l'un des méchants les plus déments du cinéma
Certains films vieillissent, d'autres refusent tout simplement de le faire. Depuis sa sortie en salles en France le 14 septembre 1994, Léon appartient résolument à la seconde catégorie : un conte dur, noir et pourtant étrangement tendre sur un homme qui n'a rien et qui finit par trouver une raison de vivre. Le film de Luc Besson frappe encore aujourd'hui comme une balle parfaitement ajustée.
Un polar dramatique dur, mélancolique et superbement mis en scène, dont aucun des trois personnages principaux ne se laisse oublier.
Fiche du film
| Sortie en France | 14/09/1994 |
|---|---|
| Réalisation | Luc Besson |
| Distribution | Jean Reno, Natalie Portman, Gary Oldman, Danny Aiello, Peter Appel, Michael Badalucco |
| Genre | Polars, Drames, Films d'action |
| Durée | 110 min |
| Classification | 12 |
| Pays | Films français |
Un tueur solitaire et la gamine d'à côté
Le point de départ est simple, presque digne d'un conte. Léon vit à New York, seul et sans bruit, et gagne sa vie en tuant des gens contre de l'argent. Rien autour de lui ne ressemble à une existence ordinaire, et il ne semble pas en souffrir. Un jour, la famille qui habite sur son palier est massacrée par l'inspecteur Stansfield, un flic plus cruel que n'importe quel truand. Seule survivante, Mathilda, 12 ans, vient frapper à la porte de Léon pour trouver refuge.
À partir de là, le film tire dans deux directions à la fois. D'un côté, un polar tendu où l'ombre de Stansfield se rapproche inexorablement, et où l'on sait que la petite témoin ne sera pas laissée en paix. De l'autre, un huis clos étonnamment calme sur ce tueur impassible qui se met peu à peu à veiller sur la gamine comme si c'était sa propre fille. Inutile d'en savoir davantage : toute la force du film tient à la façon dont ces deux fils s'entrelacent et dont l'enjeu grandit à chaque scène.
Jean Reno, ou l'art de tout dire avec trois fois rien
Le Léon de Jean Reno est l'un des meilleurs exemples de personnage capable de raconter énormément en ne parlant presque pas. Reno en fait une masse immobile dont on sent immédiatement la dangerosité absolue, mais qui se montre d'une maladresse presque enfantine dès qu'il sort de son métier. Cette dualité, c'est le cœur battant du film.
Le vrai tour de force, c'est que Reno ne cherche jamais à rendre Léon sympathique. Pas de clin d'œil, pas d'excuse. Il laisse simplement le spectateur découvrir ce qui habite cet homme vidé de l'intérieur. Quand on réalise qu'on s'inquiète pour lui, il est déjà trop tard : le film nous tient.
Natalie Portman, des débuts qu'on n'oublie pas
Natalie Portman n'était alors qu'une enfant, et elle livre dans le rôle de Mathilda Lando une performance que bien des comédiens adultes lui envieraient. Mathilda n'a rien de ces enfants de cinéma qui pleurent en attendant qu'on les sauve. Elle est furieuse, maligne, abîmée, parfois imprévisible, et sait exactement ce qu'elle veut : se venger. Portman rend tout cela crédible et, plus important encore, on sent constamment derrière elle la petite fille à qui l'on a arraché sa vie en un seul après-midi.
La relation entre Léon et Mathilda est aussi le point le plus délicat du film. Besson s'aventure par moments sur un terrain où le spectateur d'aujourd'hui sera mal à l'aise, et il serait malhonnête de le taire. L'essentiel de ce lien reste pourtant la protection, deux âmes perdues qui s'accrochent l'une à l'autre, et c'est la sensibilité des deux interprètes qui fait passer les moments les plus glissants.
Gary Oldman, le méchant qui vole la vedette
S'il ne fallait voir Léon que pour une seule raison, ce serait Gary Oldman. Norman Stansfield est l'un des méchants les plus mémorables de l'histoire du cinéma, non parce qu'il hurle, mais parce qu'il est totalement imprévisible. Oldman passe d'un sourire presque somnolent et bonhomme à une explosion de violence qui fait reculer le spectateur dans son fauteuil. Un flic pour qui l'insigne n'est pas une protection mais un permis de tout faire.
Son jeu peut paraître outrancier vu d'aujourd'hui, mais c'est exactement ce qu'il fallait. Léon est silencieux et contenu, Stansfield tonitruant et déchaîné : ce contraste forme la colonne vertébrale de la tension du film. Quand l'inspecteur prépare un assaut d'envergure avec les forces d'intervention pour prendre d'assaut l'appartement de Léon, on comprend que ce sont deux espèces de professionnels radicalement différentes qui s'affrontent.
Parmi les seconds rôles, le Tony de Danny Aiello mérite aussi qu'on s'y arrête : en quelques scènes seulement, il dessine avec précision le monde dans lequel travaille Léon, un monde où la confiance se monnaye toujours.
Le New York de Luc Besson : un regard européen sur la rue américaine
Luc Besson, cinéaste français, a tourné un polar new-yorkais, et ce regard extérieur est l'une des armes secrètes du film. Léon ne ressemble pas à un film d'action américain lambda. Il est plus lent, plus contemplatif, il laisse bien plus de place à ses personnages et n'explose que lorsque c'est nécessaire. Mais quand il explose, ça fait très mal.
Les scènes d'action sont précises, nettes, et le travail de Léon y est filmé presque comme une chorégraphie. Besson a compris que le professionnalisme est spectaculaire en soi, pas besoin de tout faire sauter. L'atmosphère reste mélancolique de bout en bout : appartements délabrés, couloirs étroits, une solitude qui imprègne tout. Ce n'est pas un film d'action héroïque, c'est un conte triste dans lequel il y a aussi des armes.
Là où le film trébuche
Il ne serait pas juste de prétendre que Léon est parfait. Le scénario suit par endroits de très près les codes du genre, l'ossature de l'intrigue est prévisible, et quiconque a vu quelques films de tueurs à gages devine à peu près où l'histoire se dirige. Le film ne vit d'ailleurs pas de ses surprises, mais de ses émotions.
L'autre réserve concerne certains moments de la relation entre Léon et Mathilda, évoqués plus haut. Ils ne ruinent pas le film, mais il est aujourd'hui plus difficile de passer dessus sans rien dire, et c'est précisément pour cela que beaucoup le jugent controversé. À mes yeux, le film reste puissant malgré tout, mais il est légitime que cela gâche l'expérience de certains.
- Ce qui marche : le trio d'acteurs, l'atmosphère, la tension, l'enjeu émotionnel.
- Ce qui marche moins : une intrigue prévisible et quelques scènes délicates.
Pour qui ?
- Pour vous si : Pour les amateurs de polars sombres centrés sur les personnages, où l'action cache de vraies émotions, et pour ceux qui veulent voir trois acteurs au sommet de leur art.
- Passez votre chemin si : Pour ceux que la violence crue rebute, ou que la représentation ambiguë d'une relation entre un adulte et une enfant met franchement mal à l'aise. Et bien sûr pour qui cherche un film d'action léger et nerveux.
Si vous aimez, regardez aussi : Nikita (1990), Taxi Driver (1976), Gloria (1980), Drive (2011), Logan (2017)
Questions fréquentes
De quoi parle Léon ?
D'un tueur à gages solitaire de New York, Léon, chez qui se réfugie Mathilda, sa voisine de 12 ans, après le massacre de sa famille par l'inspecteur Stansfield. Léon commence à veiller sur elle, tandis que Stansfield se lance à la poursuite de la petite témoin.
Quelle est la durée de Léon ?
Le film dure 110 minutes.
Peut-on regarder Léon avec des enfants ?
Ce n'est pas conseillé. Le film contient des scènes violentes et aborde des thèmes adultes.
Quand Léon est-il sorti en France ?
Le film est sorti dans les salles françaises le 14 septembre 1994.
Qui a réalisé Léon et qui sont les acteurs principaux ?
Le film est réalisé par Luc Besson, avec dans les rôles principaux Jean Reno (Léon Montana), Natalie Portman (Mathilda Lando) et Gary Oldman (Norman Stansfield).
Faut-il revoir Léon et Mathilda aujourd'hui ?
Oui, et plus encore si vous ne l'avez jamais vu. Si Léon a traversé les décennies, ce n'est pas grâce à une intrigue retorse, mais parce qu'il offre trois personnages impossibles à effacer de la mémoire : le tueur silencieux qui n'a jamais appris à vivre, la gamine qui a dû grandir trop vite, et le flic qui incarne la destruction imprévisible. Besson assemble le tout avec un tel instinct qu'à la fin, ce n'est pas l'action dont on se souvient, mais de ce qu'on a ressenti. Certains moments font débat, mais rares sont les polars qui font aussi mal et restent aussi longtemps en tête. Un incontournable pour tous les amoureux du genre.
