Critique de The Duchess : Keira Knightley dans une cage dorée, Ralph Fiennes au regard de glace
Il existe un genre de drame en costumes où le corset n'est pas un ornement mais une prison. The Duchess en fait partie : derrière les bals scintillants, les chapeaux à plumes et les salons politiques, une femme se bat pour disposer au moins de son propre cœur. Grâce aux scènes qui opposent Keira Knightley et Ralph Fiennes, le film frappe aujourd'hui encore plus fort qu'on ne l'imagine au premier abord.
Un drame en costumes splendide, étouffant et étonnamment contemporain, porté par la froideur de Ralph Fiennes et par une Keira Knightley qui se jette dans le rôle à corps perdu.
Fiche du film
| Sortie en France | 12/11/2008 |
|---|---|
| Réalisation | Saul Dibb |
| Distribution | Keira Knightley, Ralph Fiennes, Charlotte Rampling, Dominic Cooper, Hayley Atwell, Simon McBurney |
| Genre | Drames, Films historiques, Films romantiques |
| Durée | 110 min |
| Classification | 12 |
| Pays | Films italiens, Films britanniques, Films français |
Où regarder The Duchess ?
| En abonnement | |
|---|---|
| À la location | |
| À l'achat |
De quoi parle The Duchess, sans spoiler ?
Nous sommes à la fin du XVIIIe siècle, et au centre du récit se trouve Georgiana Spencer, sans doute la personnalité la plus fascinante de son époque. Très jeune, elle épouse le duc de Devonshire, bien plus âgé qu'elle, pilier de la haute société, à qui elle doit donner des enfants. Georgiana devient vite l'icône de la mode de son temps, une mère dévouée, une actrice brillante de la vie politique, et le peuple l'adore littéralement.
Mais derrière les paillettes se cache ce qui rend l'histoire vraiment passionnante : un combat désespéré pour l'amour. Georgiana se lance dans une liaison passionnée et maudite avec Charles Grey, tandis que se dessine un triangle tendu, franchement étrange, entre son mari et sa meilleure amie, Lady Bess Foster. Je n'en dirai pas plus, car toute la force du film tient à la manière dont ces fils s'emmêlent lentement et se resserrent de plus en plus autour du cou de Georgiana.
Ses goûts extravagants, sa passion du jeu et ses scandales amoureux ont rendu cette femme à la fois célèbre et sulfureuse. Le film ne cherche pas à la canoniser, ni à la juger. Il montre plutôt ce que cela fait d'être adulée par tout un pays alors que, chez soi, personne ne vous demande ce que vous voulez.
Keira Knightley, enfin plus qu'un joli visage
Vers 2008, Keira Knightley était déjà la reine incontestée du film en costumes, il suffit de penser à Orgueil et Préjugés ou à Reviens-moi. Il aurait été facile de rejouer la même héroïne frondeuse et insolente, et pendant la première demi-heure, on a parfois l'impression qu'elle évolue en terrain connu. Puis, à mesure que le monde de Georgiana se rétrécit, son jeu devient plus silencieux, plus douloureux.
Ce qui m'a le plus plu, c'est la façon dont elle marque l'écart entre la Georgiana publique et la Georgiana intime. Au salon, elle rayonne, fait de l'esprit, les hommes politiques sont suspendus à ses lèvres. Mais dès que la porte se referme derrière elle, le sourire se fane et il ne reste qu'une jeune femme qui a compris que sa vie fait partie d'un marché. Cette dualité est le cœur du film, et Knightley la rend crédible.
La performance n'est pas parfaite : certains gestes trop appuyés et cette mâchoire avancée qu'on lui connaît bien font parfois décrocher. Mais dans les scènes les plus difficiles, elle est là, et c'est l'essentiel.
Ralph Fiennes, le duc de glace
Si vous voulez mon avis, l'arme secrète du film, c'est Ralph Fiennes. Dans le rôle du duc de Devonshire, il compose un personnage qu'on déteste et qu'on plaint à la fois. Pas de méchant tonitruant ici : il ne crie pas, ne casse rien. Il ne comprend tout simplement pas ce qui ne va pas chez sa femme. Pour lui, les choses sont claires : le mariage est un contrat, et le rôle de l'épouse est parfaitement défini.
Fiennes en dit davantage avec un infime tressaillement du visage, une phrase laissée en suspens ou une scène passée avec un chien que d'autres avec un monologue entier. Ceux qui savent depuis La Liste de Schindler à quel point il peut être effrayant de froideur à l'écran découvriront ici une version beaucoup plus retenue, mais tout aussi inquiétante. C'est sa présence qui fait du film bien plus qu'une jolie romance en costumes.
Les seconds rôles : la mère, l'amie, l'amant
Même du côté des seconds rôles, on sent que la production n'a pas lésiné. Charlotte Rampling, en Lady Spencer, la mère de Georgiana, impose une présence lourde de sens en quelques scènes seulement. Elle incarne le système : elle aime sa fille, mais elle connaît la règle, et sait aussi que ce ne sont pas les femmes qui l'écrivent.
Hayley Atwell, en Bess Foster, hérite peut-être du rôle le plus délicat. L'amie qui est à la fois refuge et trahison, et Atwell se garde bien d'en faire une simple intrigante. Son personnage a ses propres contraintes, et c'est ce qui rend le triangle réellement douloureux plutôt que digne d'un feuilleton.
Dominic Cooper, en Charles Grey, incarne la promesse de la passion et de la liberté. J'avoue que c'est chez lui que j'ai ressenti le moins de profondeur : plus une fonction qu'un homme, l'incarnation du désir romantique. Sur la toile de fond politique, on croise aussi Simon McBurney en Charles Fox, Aidan McArdle en Richard Brinsley Sheridan et John Shrapnel en General Grey, qui donnent vie à ce monde des salons dont Georgiana est l'étoile la plus brillante.
La mise en scène de Saul Dibb : une belle image, un cadre étroit
Saul Dibb n'a rien d'un révolutionnaire de la forme, et le film ne cherche pas à l'être. La mise en scène est classique, élégante, parfois un peu trop prudente. Le visuel, en revanche, est vraiment époustouflant : costumes, coiffures, salons des châteaux, tout renforce l'impression que Georgiana vit dans une boîte magnifique mais close. C'est un choix délibéré, et il fonctionne.
Là où j'ai trouvé le film plus faible, c'est le rythme. 110 minutes, ce n'est pas long, et pourtant il y a un passage central où le film illustre plus qu'il ne raconte. Le volet politique, qui faisait de Georgiana une figure si singulière, reste souvent un simple bruit de fond, alors que j'aurais aimé voir davantage comment cette femme évoluait dans un monde d'hommes. L'accent est clairement mis sur le drame intime, ce qui se comprend, mais cela resserre un peu le portrait.
Pourquoi le film paraît-il encore si actuel ?
L'histoire de Georgiana est un conte très contemporain sur la célébrité, la gloire et le désir d'un amour sincère. Une femme adorée du public, dont chaque robe est copiée, dont tout le monde parle, alors que sa vie privée est entièrement entre les mains des autres. Le schéma nous est familier, et le film a la sagesse de ne pas nous jeter le parallèle au visage : il nous laisse le découvrir nous-mêmes.
C'est ce qui fait de The Duchess bien plus qu'un énième film en costumes sur l'étagère. Ce n'est pas le passé qui fascine ici, mais la ressemblance entre les barreaux de cette cage et ceux d'aujourd'hui. Simplement, ce n'est plus le corset qui serre.
Pour qui ?
- Pour vous si : À ceux qui aiment les drames en costumes, les triangles amoureux douloureux et les grands duels d'acteurs. Indispensable pour les admirateurs de Keira Knightley et de Ralph Fiennes.
- Passez votre chemin si : Ceux qui attendent une intrigue trépidante, de l'action ou une comédie romantique légère seront déçus. Ce rythme lent et étouffé ne conviendra pas à tout le monde.
Si vous aimez, regardez aussi : Orgueil et Préjugés (2005), Anna Karenine (2012), Marie-Antoinette (2006), La Favorite (2018), Elizabeth (1998)
Questions fréquentes
De quoi parle le film The Duchess ?
De la vie de Georgiana Spencer, duchesse de Devonshire, à la fin du XVIIIe siècle : son mariage avec un duc bien plus âgé qu'elle, sa place dans le monde de la mode et de la politique, sa liaison avec Charles Grey et le triangle amoureux qui se noue autour de son mari et de sa meilleure amie, Bess Foster.
Quelle est la durée de The Duchess ?
Le film dure 110 minutes.
Quand The Duchess est-il sorti en France ?
Le film est sorti dans les salles françaises le 12 novembre 2008.
Qui a réalisé The Duchess ?
Le film a été réalisé par Saul Dibb.
Qui joue dans The Duchess ?
Keira Knightley (Georgiana), Ralph Fiennes (le duc de Devonshire), Charlotte Rampling (Lady Spencer), Dominic Cooper (Charles Grey), Hayley Atwell (Bess Foster), ainsi que Simon McBurney, Aidan McArdle et John Shrapnel.
Quel est le titre original de The Duchess ?
Le titre original est The Duchess, identique au titre français. Il s'agit d'une coproduction italienne, britannique et française.
Faut-il encore enfiler le corset le temps d'une soirée avec Georgiana ?
Selon moi, oui. The Duchess n'est pas un film révolutionnaire, et sa partie centrale accuse quelques à-coups, mais le travail des comédiens vaut largement le détour. Knightley offre une Georgiana vulnérable et vivante, Fiennes un mari qui vous hantera pendant des jours. Si vous cherchez, un soir de pluie, quelque chose de beau, de triste et d'étonnamment actuel, ce film touchera exactement là où ça fait mal.
