Le Livre de la jungle, critique : Jon Favreau donne vie à la jungle de Kipling
Il y a des films qui vous ramènent d'un coup à vos sept ans, calé dans un fauteuil de cinéma. Le Livre de la jungle de Jon Favreau, sorti en 2016, fait exactement cet effet : familier, mais étonnamment sombre et franchement impressionnant. Le classique de Kipling n'a plus rien d'une pantalonnade de dessin animé. Place à une vraie jungle, vivante, vibrante et dangereuse.
Un conte spectaculaire, touchant et par moments vraiment effrayant, où la distribution vocale apporte presque plus que n'importe quel arbre numérique.
Fiche du film
| Original | The Jungle Book |
|---|---|
| Sortie en France | 13/04/2016 |
| Réalisation | Jon Favreau |
| Distribution | Neel Sethi, Bill Murray, Ben Kingsley, Idris Elba, Scarlett Johansson, Christopher Walken |
| Genre | Films d'aventure, Films familiaux, Films de fantasy |
| Durée | 106 min |
| Classification | TP |
| Pays | Films américains |
De quoi ça parle ? Un petit d'homme chez les loups
Tous ceux qui ont été enfants savent à peu près à quoi s'attendre. Mowgli, un orphelin, grandit au cœur de la jungle, et pas n'importe comment : ce sont les loups qui l'accueillent, Bagheera, la sage panthère noire, qui veille sur lui, puis Baloo, l'ours adepte de la vie tranquille, qui tente de le guider à sa façon. Ça ressemble à une idylle, sauf que la jungle n'a rien d'une aire de jeux.
Shere Khan, le tigre, guette le petit d'homme depuis longtemps, et les menaces ne s'arrêtent pas là. Il y a Kaa, le serpent, dont le regard hypnotique tient plus du piège que de l'étreinte, et il y a le roi Louie, souverain des singes, qui est loin d'être le meilleur ami de l'homme. Les grandes lignes sont donc connues, et l'histoire de Rudyard Kipling n'a besoin d'aucune présentation. La vraie question n'est pas ce qui se passe, mais la manière dont Favreau le raconte. Et là, il y a de quoi applaudir.
Pas de spoilers, mais un avertissement : ceux qui ne se souviennent que des chansons joyeuses seront surpris par la tension et les enjeux de cette version.
Neel Sethi et les voix qui font vivre la jungle
Commençons par le rôle le plus ingrat. Le Mowgli de Neel Sethi est quasiment le seul personnage en chair et en os dans un univers entièrement numérique, ce qui représente un poids énorme pour un enfant acteur. Il doit donner la réplique à des partenaires qui, sur le tournage, n'existaient pas tels qu'on les voit à l'écran. Malgré cela, Sethi est crédible, plein d'énergie, avec un charme sauvageon qui colle parfaitement à un gamin élevé par les loups. On sent parfois un léger manque d'expérience, mais je ne lui en tiendrais pas rigueur.
La distribution vocale, elle, ressemble à une équipe de rêve griffonnée sur un coin de nappe :
- Bill Murray en Baloo, c'est le choix parfait. L'ours nonchalant, paresseux mais au cœur immense semble écrit pour lui, et son humour pince-sans-rire vaut de l'or.
- Ben Kingsley prête à Bagheera une voix digne, sévère et pourtant bienveillante. Exactement ce qu'il faut à une figure de mentor.
- Idris Elba fait de Shere Khan l'une des plus grandes armes du film. Grave, posé, glaçant : chaque réplique du tigre nous noue l'estomac.
- Scarlett Johansson offre à Kaa une présence brève mais hypnotique, sa voix vous berce littéralement.
- Christopher Walken en roi Louie est tel qu'on imagine un rôle de Walken : bizarre, imprévisible et drôle, avec une menace qui couve en arrière-plan.
La famille de loups est incarnée par Lupita Nyong'o (Raksha) et Giancarlo Esposito (Akela). Moins présents, ils donnent pourtant du poids aux scènes de la meute. La chaleur maternelle de Nyong'o, en particulier, reste en mémoire.
Jon Favreau, magicien de l'image
Pour beaucoup, le nom de Jon Favreau évoque les premiers Iron Man, et il y avait déjà montré qu'il maîtrisait le grand spectacle populaire à gros budget. Avec Le Livre de la jungle, il fait pourtant tout autre chose : il bâtit un univers de conte en visant une crédibilité presque documentaire.
Ici, la jungle respire. La lumière qui filtre entre les lianes, la boue, l'eau, le pelage et les mouvements des animaux sont si minutieux qu'au bout de quelques minutes, on oublie que presque rien n'est réel. C'est essentiel, car la magie ne repose plus sur la technique mais sur l'histoire. Favreau ne fait pas étalage de ses effets, il les met au service du récit.
Le réalisateur jongle habilement entre l'héritage du Disney classique et un ton plus sérieux, plus sombre. Les fans du dessin animé auront droit à quelques clins d'œil bien sentis, mais le film refuse de n'être qu'une copie servile. Personnellement, j'ai adoré.
Ce qui éblouit : une jungle qu'on croirait sentir
S'il fallait ne retenir qu'une chose, ce serait l'univers visuel. On peut dire sans exagérer que ce film a marqué un tournant pour les animaux créés numériquement. Leurs visages sont expressifs sans être humanisés à la manière d'un cartoon, et leurs mouvements ont un vrai poids. Quand Shere Khan surgit, on voit un prédateur, pas une peluche qui parle.
L'atmosphère est tout aussi réussie. Le film laisse souvent ses scènes respirer, et c'est dans ces moments de calme qu'on mesure à quel point ce monde est immense et étranger pour un petit garçon. L'humour ne disparaît pas pour autant : les scènes entre Baloo et Mowgli sont le cœur du film, et leur légèreté chaleureuse contrebalance les passages plus sombres.
La musique et le design sonore sont eux aussi solides. Les bruits de la jungle, les grognements, le bruissement des feuilles enrichissent l'expérience, et les mélodies nostalgiques tombent à point.
Là où ça coince : trop familier, parfois trop effrayant
Tout n'est pas parfait pour autant. Comme il adapte un conte archiconnu, le récit réserve peu de vraies surprises. Ceux qui connaissent le dessin animé ou le livre de Kipling sauront presque toujours où va l'intrigue. Ce n'est pas forcément un défaut, mais la dramaturgie se montre parfois un peu prévisible.
Reste la question du ton. Shere Khan fait vraiment peur, et certaines scènes peuvent se révéler trop intenses pour les plus jeunes. Ceux qui s'attendent à un divertissement familial léger et chantant risquent d'être surpris. Pour ma part, j'y vois plutôt une qualité, mais en tant que parent, mieux vaut le garder en tête.
Enfin, les passages chantés détonnent parfois dans cet univers par ailleurs réaliste. Ils sont mignons et nostalgiques, mais à côté du ton plus grave, ils font un peu bizarre.
Pour qui ?
- Pour vous si : Tous ceux qui ont aimé le conte classique et qui veulent voir comment la prouesse technique peut s'allier à une vraie émotion. Idéal pour les ados comme pour les adultes, et parfait en famille avec des enfants déjà grands.
- Passez votre chemin si : Déconseillé aux tout petits qui s'effraient facilement, à cause des scènes inquiétantes. Ceux qui espèrent quelque chose de totalement neuf et imprévisible risquent d'être déçus par une histoire très connue.
Si vous aimez, regardez aussi : Le Livre de la jungle (1967), Le Roi lion (2019), L'Odyssée de Pi (2012), Le Roi lion (1994)
Questions fréquentes
Quand Le Livre de la jungle est-il sorti en France ?
Le film est sorti dans les salles françaises le 13 avril 2016.
Quelle est la durée du Livre de la jungle ?
Le film dure 106 minutes.
Qui a réalisé Le Livre de la jungle ?
Le film a été réalisé par Jon Favreau.
Qui joue Mowgli et qui prête sa voix aux animaux ?
Mowgli est interprété par Neel Sethi. Dans la version originale, Bill Murray prête sa voix à Baloo, Ben Kingsley à Bagheera, Idris Elba à Shere Khan, Scarlett Johansson à Kaa, Christopher Walken au roi Louie, Lupita Nyong'o à Raksha et Giancarlo Esposito à Akela.
De quoi parle Le Livre de la jungle ?
Mowgli, un orphelin, grandit dans la jungle parmi les loups, aidé par Bagheera et Baloo, tandis que le tigre Shere Khan cherche à le tuer.
Faut-il retourner dans la jungle aujourd'hui ?
Sans hésiter. Des années après sa sortie, le film tient toujours la route, ses images n'ont pas pris une ride, et le Baloo de Bill Murray comme le Shere Khan d'Idris Elba donnent encore la chair de poule, chacun pour des raisons bien différentes. Jon Favreau n'a pas réécrit le conte de Kipling : il l'a raconté de nouveau, avec respect, en prouvant qu'un classique peut faire peau neuve. Un peu prévisible, un peu effrayant, mais fait avec énormément de cœur. Pour moi, c'est une soirée en famille chaudement recommandée, à condition que les enfants soient assez grands.
