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Critique avant la sortie · Au cinéma depuis le 09/09/2026

Rose, critique : Sandra Hüller revient de la guerre en soldat, et c'est la paix qui devient le vrai champ de bataille

Films allemandsFilms autrichiensDrames historiquesFilms d'époque

Il y a des actrices dont le nom suffit à me faire acheter un billet, et Sandra Hüller en fait partie. Dans Rose, drame historique germano-autrichien de Markus Schleinzer, elle joue une femme qui a fait la guerre sous l'habit d'un homme et qui, rentrée au pays, entend bien continuer à vivre en homme. Le film est sorti en France le 9 septembre 2026. Voici ce qu'on peut en attendre, et pourquoi il pourrait bien compter parmi les œuvres les plus âpres et les plus silencieuses de l'année.

8,0/10
Note attendue
Sur le papier, tout est réuni pour une fresque d'époque d'une précision étouffante, portée par une très grande interprétation. Reste à savoir jusqu'où un film à la forme aussi rigoureuse osera se livrer.
Scénario
8
Interprétation
9
Réalisation
8
Image
8
Musique et son
7
Émotion
8

La note globale est la moyenne des six critères.

Fiche du film

Sortie en France09/09/2026
RéalisationMarkus Schleinzer
DistributionSandra Hüller, Caro Braun, Godehard Giese, Robert Gwisdek, Johannes Schubert
GenreDrames historiques
Durée94 min
PaysFilms allemands, Films autrichiens

De quoi parle Rose, sans rien dévoiler ?

Nous sommes au début du XVIIe siècle. Rose a combattu en homme, elle a connu l'enfer des champs de bataille du Brabant, et lorsqu'elle regagne l'arrière, apaisé, elle refuse de reprendre son ancien rôle. Elle veut poursuivre sa vie en homme. Son désir, lui, est d'une simplicité désarmante : être un bon citoyen, un membre utile de la communauté, quelqu'un qui travaille, qui vit honnêtement et qui ne détonne pas.

Et c'est précisément là que tout se joue. Dans le monde où Rose revient, les règles sont rigides et la communauté tolère mal l'écart. Selon le synopsis officiel, le film repose sur la tension entre normes sociales et identité personnelle, une tension qui se fait de plus en plus vive à mesure que Rose tente de trouver sa place. On n'en sait guère plus sur l'intrigue, et ce n'est pas plus mal : dans ce genre de film, le comment compte bien davantage que le quoi.

Ce qui me séduit d'emblée, c'est le renversement. D'ordinaire, le film de guerre fait du front un enfer. Ici, le champ de bataille semble n'être qu'une antichambre. Le véritable siège commence à la maison, dans le regard des voisins, sur les bancs de l'église, dans l'ordre immuable du quotidien.

Sandra Hüller, ou pourquoi le rôle principal est entre de bonnes mains

Pour qui suit le cinéma européen de ces dernières années, Sandra Hüller n'a plus besoin de présentation. Depuis Toni Erdmann, on sait qu'elle peut être à la fois d'une raideur infinie et d'une vulnérabilité déchirante. Anatomie d'une chute a montré qu'un simple frémissement de son visage suffit à faire vaciller toutes nos certitudes de spectateur. Et après la maîtresse de maison glaçante de La Zone d'intérêt, je peux l'affirmer sans hésiter : rares sont les actrices aujourd'hui qui craignent aussi peu l'antipathie, la froideur, l'inconfort.

Le personnage de Rose exige justement ce genre d'interprète. Quelqu'un qui aspire de tout son être à l'invisibilité, parce que se fondre dans la masse est une condition de survie. C'est plus difficile à jouer qu'un grand rôle dramatique tout en éclats. Ici, le silence, la posture, la voix et le regard portent tout, et sur ce terrain, Hüller est aujourd'hui imbattable.

À ses côtés, on retrouve Caro Braun, Godehard Giese, Robert Gwisdek et Johannes Schubert. Dans un drame aussi resserré, le visage de la communauté compte autant que celui de l'héroïne. C'est d'eux que dépend la question de savoir si le village, la ville, l'entourage deviendront une menace vivante qui respire, ou un simple décor.

Markus Schleinzer, maître des silences qui dérangent

Le nom de Markus Schleinzer évoquera à beaucoup son premier long métrage, Michael, sorti en 2011 : un film d'une froideur implacable, d'une précision presque clinique, qui n'expliquait rien, n'adoucissait rien et ne s'excusait de rien. Si l'on part de là, Rose ne sera pas un film en costumes aimable et caressant, et j'y vois franchement une promesse.

Une branche du cinéma autrichien, à laquelle appartient Schleinzer, cultive la distance. La caméra ne s'enthousiasme pas, ne pleure pas avec les personnages, elle observe, tel un témoin sévère. Pour une histoire où la surveillance permanente de la communauté constitue la pression elle-même, ce style pourrait faire mouche. Le spectateur scrute Rose exactement comme le fait son entourage, et devient ainsi, de manière bien gênante, complice.

La durée de 94 minutes en dit long, elle aussi. Pas de reconstitution fleuve de trois heures, mais un film tendu, ramassé, signe que Schleinzer sait précisément ce qu'il veut dire et ne compte pas s'attarder une minute de trop.

Ce qui pourrait en faire un grand film

Trois raisons me rendent franchement optimiste :

À cela s'ajoute le motif du vétéran de retour au pays, déjà puissant en soi. Rose n'est pas seulement étrangère à cause de son identité, mais aussi parce qu'elle a vu ce que ceux de l'arrière n'ont jamais vu. Si le film parvient à tenir ces deux strates ensemble, on pourrait tenir un drame d'une grande richesse, ouvert à de multiples lectures.

Où pourrait-il trébucher ?

Soyons honnêtes : le cinéma d'auteur européen austère a ses pièges. Si Schleinzer reste trop froid, le spectateur risque de rester à la porte, et Rose pourrait devenir un bel objet respectable mais un peu inerte, qu'on admire plus qu'on ne le vit. L'autre écueil du film en costumes, c'est le didactisme : si chaque scène souligne que la communauté est cruelle et Rose une victime, toute la complexité s'évapore.

Second point d'interrogation : le rythme. La durée resserrée est bon signe, mais le style lent et observateur ne conviendra pas à tout le monde. Ceux qui espèrent un film historique trépidant, des scènes de bataille ou des rebondissements spectaculaires risquent d'être déçus. Ici, du moins d'après le synopsis, la guerre appartient davantage au passé qu'au présent.

Enfin, tout indique que le film ne ménagera pas son public. Pour moi c'est plutôt une qualité, mais mieux vaut s'y préparer.

Pour qui ?

Si vous aimez, regardez aussi : Orlando (1992), Albert Nobbs (2011), Le Ruban blanc (2009), Portrait de la jeune fille en feu (2019), La Zone d'intérêt (2023)

Questions fréquentes

Quand Rose est-il sorti en France ?

Rose est sorti dans les salles françaises le 9 septembre 2026.

De quoi parle Rose ?

L'action se déroule au début du XVIIe siècle : Rose a combattu en homme pendant la guerre et, de retour des champs de bataille du Brabant, souhaite continuer à vivre en homme, en bon citoyen et membre utile de la communauté, tout en tentant de s'intégrer dans un monde régi par des règles rigides.

Quelle est la durée de Rose ?

Le film dure 94 minutes.

Qui a réalisé Rose et qui joue dedans ?

Le film est réalisé par Markus Schleinzer. Sandra Hüller tient le rôle principal, entourée de Caro Braun, Godehard Giese, Robert Gwisdek et Johannes Schubert.

Quels pays ont produit le film ?

Rose est une coproduction germano-autrichienne.

Faut-il aller s'asseoir aux côtés de Rose sur les bancs de l'église ?

À mon sens, oui, et même plus : c'est un film que j'attendais sincèrement. Non parce qu'il promet une soirée facile, mais parce que tout indique qu'il pose une vraie question et qu'il se gardera d'y apporter une réponse au rabais. Sandra Hüller est aujourd'hui l'une des actrices les plus passionnantes du cinéma européen, et Markus Schleinzer un cinéaste qui ne craint pas l'inconfort. Mes attentes sont élevées, et si le film ose trouver la chaleur cachée derrière sa rigueur, il pourrait aisément devenir l'un des drames les plus mémorables de l'année. Le genre de film qui, je le pressens, continue de vous hanter plusieurs jours après la séance.

Note attendue: 8,0/10 · Scénario 8 · Interprétation 9 · Réalisation 8 · Image 8 · Musique et son 7 · Émotion 8