Le dernier pour la route, critique : une tournée des bars italienne dans la plaine vénitienne, où personne ne refuse le dernier verre
Certains films ont une devise qu'on pourrait peindre sur le mur d'un bistrot : ne jamais refuser le dernier verre. La comédie de Francesco Sossai, découverte à Cannes et sortie dans les salles françaises le 8 avril 2026, est exactement de cette trempe. Deux quinquagénaires à la dérive mais experts dans l'art de vivre, un jeune homme tombé au mauvais endroit, au mauvais moment et en mauvaise compagnie : on avait vraiment envie de voir ce que ce trio allait donner.
Un road movie italien charmant, mélancolique et sans doute copieusement arrosé, qui promet de raviver l'esprit des grandes comédies italiennes.
Fiche du film
| Original | Le città di pianura |
|---|---|
| Sortie en France | 08/04/2026 |
| Réalisation | Francesco Sossai |
| Distribution | Filippo Scotti, Sergio Romano, Pierpaolo Capovilla, Roberto Citran, Andrea Pennacchi |
| Genre | Comédies |
| Durée | 100 min |
| Pays | Films italiens, Films allemands |
De quoi ça parle ? Deux vieux renards et un agneau au comptoir
Le point de départ est d'une simplicité presque suspecte, mais ce genre d'histoire ne repose jamais sur une intrigue alambiquée. Il y a d'abord deux types fauchés d'une cinquantaine d'années, Carlobianchi et Doriano, qui n'ont qu'une seule philosophie : ne jamais refuser le dernier verre. Cette phrase en dit plus long sur eux qu'une page entière de description. Ce sont ces gars qu'on trouve toujours accoudés au zinc, qui ont une anecdote pour tout et qui semblent être passés légèrement à côté de leur propre vie.
Sur leur route surgit Giulio, étudiant en architecture un peu timide, qui a visiblement ses projets, y compris sentimentaux. La rencontre tourne à l'aventure chaotique à travers la plaine vénitienne, et les mauvais conseils, les gueules de bois et une amitié inattendue vont sérieusement bousculer ses plans. Où le récit nous emmène exactement ? Mieux vaut ne pas trop le savoir à l'avance. La moitié du plaisir de ces films, c'est de se laisser porter avec les personnages.
La plaine vénitienne, loin des gondoles
Ce qui m'a particulièrement intrigué, c'est le décor. On ne parle pas ici de la Venise des cartes postales, mais de la plaine qui l'entoure, de cette Italie rurale, faite de bourgs et de villages, qu'on voit rarement sur grand écran. Pas de panorama sur la place Saint-Marc, mais des routes de campagne, des bars de village, des champs noyés dans la brume et des gens qui n'ont rien de figurants publicitaires.
Le film se revendique comme un hommage à la diversité de l'Italie, et cela se sent dès le choix des lieux. Si Sossai sait filmer ce paysage, la plaine peut devenir un personnage à part entière : un endroit où le temps s'écoule plus lentement et où une virée nocturne de bar en bar peut prendre des airs de vie entière. J'espère vraiment que le film ose la lenteur là où elle s'impose.
Francesco Sossai dans l'ombre des grands anciens
Le nom de Francesco Sossai ne dit sans doute pas grand-chose au grand public, mais le parcours du film parle pour lui : une présentation au Festival de Cannes, ce qui constitue une sacrée lettre de recommandation pour une comédie coproduite par l'Italie et l'Allemagne. Cannes n'est pas le genre d'endroit où l'on invite une simple enfilade de gags, on peut donc s'attendre à un humour plus fin, plus doux-amer.
Mais le pari le plus ambitieux, c'est que le film se veut explicitement un hommage aux plus grands noms du cinéma italien. Déclaration audacieuse. La comédie italienne possède une tradition phénoménale, de la commedia all'italiana à toute une galerie de vagabonds et de bons vivants à la fois ridicules et bouleversants d'humanité. Si Sossai puise à cette source, il part du bon pied. Le risque, évidemment, c'est que la nostalgie glisse vers la simple citation. Je fais le pari que ce ne sera pas le cas.
La distribution : des visages peu connus à suivre de près
Au générique, Filippo Scotti est le nom le plus familier pour le public international : on l'a découvert en tête d'affiche de La Main de Dieu de Paolo Sorrentino, où il rendait avec beaucoup de finesse les doutes et la sensibilité d'un adolescent. Sur cette base, il semble idéal pour incarner le timide Giulio, ballotté par les événements.
À ses côtés figurent Sergio Romano, Pierpaolo Capovilla, Roberto Citran et Andrea Pennacchi. Des noms moins connus du public français, mais c'est peut-être justement l'un des atouts du film : dans ce genre d'histoire, on y croit bien davantage quand ce ne sont pas des stars déguisées en piliers de bar quinquagénaires, mais des visages crédibles. L'âme d'un buddy movie, c'est toujours l'alchimie, et si le duo Carlobianchi et Doriano fonctionne, la partie est déjà à moitié gagnée.
Ce qui peut en faire une réussite, et là où il risque de trébucher
Ce qui plaide en sa faveur :
- Le concept, simple et universel. Tout le monde connaît un Carlobianchi ou un Doriano, et avouons-le, on a tous été Giulio un jour.
- Le choc des générations, formidable ressort comique autant qu'émotionnel. La rencontre entre une génération révolue et un jeune homme incertain fonctionne rarement mal.
- La sélection cannoise, qui laisse espérer un humour de caractère, proche des gens, plutôt que tapageur.
Et les risques ?
- Les films de tournée des bars deviennent vite répétitifs : un bar de plus, un verre de plus, un monologue d'ivrogne de plus. Sans véritable arc, le spectateur se lasse rapidement.
- L'hommage nostalgique peut être beau, mais aussi trop replié sur lui-même.
- Les 100 minutes sont une durée idéale, mais si le rythme flanche, un film à la structure aussi lâche peut vite s'enliser en son milieu.
Pour qui ?
- Pour vous si : À ceux qui aiment l'humour mélancolique du cinéma italien, les road movies portés par leurs personnages et les histoires où une nuit de hasard change tout.
- Passez votre chemin si : À ceux qui attendent une comédie hollywoodienne nerveuse et bourrée de gags, ou que gêne un film qui mise sur l'atmosphère plutôt que sur les rebondissements.
Si vous aimez, regardez aussi : Le Fanfaron (1962), La Main de Dieu (2021), Sideways (2004), Drunk (2020)
Questions fréquentes
Quand Le dernier pour la route est-il sorti en France ?
Le film est sorti dans les salles françaises le 8 avril 2026.
De quoi parle Le dernier pour la route ?
Deux quinquagénaires fauchés, Carlobianchi et Doriano, croisent la route de Giulio, un étudiant en architecture timide. Leur rencontre se transforme en aventure chaotique à travers la plaine vénitienne, qui bouscule jusqu'aux projets amoureux de Giulio.
Quelle est la durée du film ?
Le dernier pour la route dure 100 minutes.
Qui a réalisé Le dernier pour la route ?
Le film est réalisé par Francesco Sossai et a été présenté au Festival de Cannes.
Qui joue dans le film ?
On y retrouve Filippo Scotti, Sergio Romano, Pierpaolo Capovilla, Roberto Citran et Andrea Pennacchi dans les rôles principaux.
Vous reprendrez bien une dernière tournée avec eux ?
Moi, sans hésiter. Le dernier pour la route n'a rien d'un blockbuster spectaculaire, et c'est précisément ce qui le rend excitant. Une petite comédie italienne à hauteur d'homme qui, à en juger par sa sélection cannoise et son hommage assumé, veut faire plus que simplement nous faire rire. Si Sossai trouve le ton juste entre le rire et la mélancolie, il tient là une très jolie surprise. Mon pronostic : un solide 7 sur 10, le genre de film qui donne envie d'appeler un vieux copain. En faisant juste attention à ce fameux dernier verre.
