Turbo, la critique : l'escargot qui rêvait des 500 miles d'Indianapolis, et on a presque fini par y croire
Il y a des idées de film qui font éclater de rire tout le monde quand on les résume en une phrase, et pourtant on se surprend à encourager le héros pendant une heure et demie. Turbo appartient à cette catégorie : un escargot qui veut courir les 500 miles d'Indianapolis. C'est absurde, tapageur, parfois prévisible, mais le film appuie sur l'accélérateur avec un tel enthousiasme qu'on a du mal à lui en vouloir.
Turbo ne révolutionne pas le cinéma d'animation, mais c'est un film familial attachant et plein d'énergie, porté par un héros dont l'enthousiasme est contagieux.
Fiche du film
| Sortie en France | 16/10/2013 |
|---|---|
| Réalisation | David Soren |
| Distribution | Ryan Reynolds, Paul Giamatti, Michael Peña, Samuel L. Jackson, Luis Guzmán, Bill Hader |
| Genre | Films d'animation, Films familiaux |
| Durée | 96 min |
| Classification | U |
| Pays | Films américains |
Un escargot à l'étroit dans sa propre coquille
Le point de départ de Turbo est si simple qu'il en devient presque génial. Notre héros est un escargot obsédé par la vitesse, amoureux de la course, persuadé que sa place est sur un circuit. Seul petit problème : les escargots ne sont pas réputés pour doubler qui que ce soit, et la communauté des gastéropodes, lente et casanière, regarde d'un œil perplexe ce drôle de congénère qui voudrait toujours être ailleurs.
Survient alors un accident pour le moins étrange qui rend Turbo encore plus rapide, et à partir de là, plus rien ne l'arrête : l'objectif n'est rien de moins que les 500 miles d'Indianapolis, l'une des courses automobiles les plus célèbres au monde. Mission impossible sur le papier, et pourtant le film raconte comment l'escargot fonce vers la victoire et devient une star en chemin. Inutile d'en savoir davantage avant de le voir : l'essentiel, c'est le voyage, ou plutôt ici, la course.
Le récit porte un message très clair, affiché dès les premières minutes : tous les rêves peuvent se réaliser, à condition d'être assez rapide. Un mantra typique du film familial américain, bien sûr, mais le gag visuel, cette révolte contre la lenteur comme état naturel, lui donne un petit supplément d'âme.
Des voix qui valent le détour
S'il y a un domaine où Turbo excelle vraiment, c'est le casting. Ryan Reynolds prête sa voix à Turbo et apporte exactement l'énergie qu'on attend de lui : un peu frimeur, un peu grande gueule, mais foncièrement bon. C'est le genre d'acteur dont la voix semble toujours vous faire un clin d'œil, et cela colle parfaitement à un personnage qui refuse d'accepter ses propres limites.
À ses côtés, Paul Giamatti incarne Chet, la voix plus terre à terre et plus anxieuse du duo. Giamatti est passé maître dans l'art des personnages bougons et tourmentés, alors l'association fonctionne toute seule. Michael Peña donne vie à Tito, avec tout le charme chaleureux et enthousiaste des grands seconds rôles.
Et puis il y a cette bande de seconds couteaux, presque un luxe pour un film d'animation : Samuel L. Jackson en Whiplash, Snoop Dogg en Smoove Move, Maya Rudolph en Burn, Luis Guzmán en Angelo, et Bill Hader en Guy Gagné. La voix de Samuel L. Jackson est un genre à elle seule, et rien que l'entendre dans un film d'escargots vaut bien un sourire. C'est cette équipe qui donne au film une bonne partie de son élan : certains gags tiennent au texte, d'autres reposent entièrement sur les voix.
David Soren et la lenteur comme spectacle
À la réalisation, David Soren réussit très bien une chose : faire ressentir la vitesse du point de vue d'une créature qui, d'ordinaire, voit le monde depuis le pied d'un brin d'herbe. L'un des plus beaux cadeaux du cinéma d'animation, c'est de pouvoir jouer avec la perspective, et Turbo ne s'en prive pas : le contraste entre le minuscule héros et l'univers immense et vrombissant de la course est la meilleure idée visuelle du film.
L'univers graphique est coloré, ensoleillé, tapageur, exactement ce qu'il faut pour un film de course. Le rythme suit : avec ses 96 minutes, le film ne traîne jamais en longueur, conscient que son public ne restera pas sagement assis devant de longues scènes contemplatives. Il est assez ironique que la plus grande qualité d'un film sur un escargot soit son énergie, mais c'est précisément tout le propos.
Cela dit, Soren ne prend pas beaucoup de risques. La dramaturgie suit un schéma éprouvé : un héros rêveur que personne ne comprend, un tournant décisif, l'ascension, puis la grande course. Quiconque a vu quelques films d'animation familiaux devinera sans peine la trajectoire d'ensemble. Ce n'est pas un défaut, mais ce n'est pas non plus une surprise.
Ce qui marche : l'humour, l'élan, le cœur
La grande force de Turbo, c'est de prendre son idée absurde au sérieux. Le film ne passe pas son temps à nous rappeler à quel point tout cela est ridicule : il nous laisse simplement encourager l'escargot. Et c'est pour cette raison que les enfants vont l'adorer : ils n'y voient pas une parodie, mais un petit héros qui voit grand.
- Le casting vocal : les voix collent parfaitement aux personnages, et les seconds rôles sont hauts en couleur et attachants.
- Le message : la leçon sur la persévérance, la différence et les rêves est simple, mais sincère.
- Le rythme : aucun temps mort, le film reste en mouvement du début à la fin.
- L'ambiance de course : l'énergie des scènes sur circuit traverse l'écran, et le mélange entre rugissement des moteurs et regard d'escargot est franchement amusant.
Il y a aussi quelque chose de très sympathique dans la façon dont le film dépeint la lenteur de la communauté des escargots : elle n'a rien de méchant, elle vit simplement à un autre rythme. Et Turbo ne se rebelle pas parce qu'il déteste les siens, mais parce qu'il ne rentre pas dans le rôle qu'on lui a attribué. Pour un film destiné aux enfants, c'est une idée étonnamment forte, et beaucoup de jeunes spectateurs s'y reconnaîtront.
Quand le réservoir se vide
Passons maintenant aux choses qui fâchent. Turbo est un bon film familial, mais pas un grand film. Ce n'est pas le genre d'animation qui vous arrache des larmes une fois adulte, ni dont on parle encore des années plus tard. Les sommets émotionnels sont bien là, simplement prévisibles, et le film mise davantage sur l'ambiance et l'élan que sur la profondeur de ses personnages.
Le terrain des films d'animation sur la course est en plus assez encombré : les héros bavards et obsédés de vitesse n'ont rien de nouveau, et celui ci roule forcément dans l'ombre de ses illustres prédécesseurs. Quand il s'essouffle un peu, cela se sent : certains gags reposent davantage sur les voix de stars que sur l'inventivité du scénario.
En tant qu'adulte, j'ai parfois eu l'impression que le film savait ce qu'il devait faire et s'y appliquait consciencieusement, sans jamais sortir de sa zone de confort. Paradoxe savoureux : l'escargot qui veut à tout prix repousser ses limites évolue dans un film qui, lui, n'ose pas vraiment le faire.
Pour qui ?
- Pour vous si : Aux enfants d'âge primaire et aux familles en quête d'un film d'animation rythmé, joyeux et porteur d'un message positif, ainsi qu'à tous ceux qui aiment l'ambiance des courses et les voix de stars.
- Passez votre chemin si : À ceux qui attendent d'un film d'animation une vraie profondeur émotionnelle, une narration audacieuse ou des rebondissements capables de surprendre aussi les adultes.
Si vous aimez, regardez aussi : Cars (2006), Ratatouille (2007), Kung Fu Panda (2008), Souris City (2006)
Questions fréquentes
Quand Turbo est il sorti en France ?
Turbo est sorti dans les salles françaises le 16 octobre 2013.
De quoi parle Turbo ?
D'un escargot fou de vitesse qui, après un étrange accident, devient encore plus rapide et décide de participer à la célèbre course automobile des 500 miles d'Indianapolis.
Quelle est la durée de Turbo ?
Le film dure 96 minutes.
Qui sont les voix de Turbo en version originale ?
Ryan Reynolds prête sa voix à Turbo, entouré de Paul Giamatti (Chet), Michael Peña (Tito), Samuel L. Jackson (Whiplash), Luis Guzmán (Angelo), Bill Hader (Guy Gagné), Snoop Dogg (Smoove Move) et Maya Rudolph (Burn).
Qui a réalisé Turbo ?
Le film a été réalisé par David Soren.
L'escargot mérite il sa place sur la ligne de départ de la soirée film en famille ?
Oui, sans hésiter. Turbo ne remportera pas le classement des meilleurs films d'animation de tous les temps, mais pour une séance familiale du dimanche après midi, il offre exactement ce qu'il faut : de l'élan, de l'humour, un petit héros attachant et un message que les enfants comprennent sans peine. Une fois adulte, vous aurez parfois l'impression d'avoir déjà parcouru ce circuit ailleurs, mais les voix de stars et le regard à hauteur d'escargot suffisent largement à ne pas s'ennuyer. Pour moi, c'est un bon 6, et plutôt un 8 avec des yeux d'enfant.
