Kinoster
FR ▾

Critique

Alerte rouge, la critique : quand l'adolescence devient rousse et poilue

Films américainsFilms d'animationFilms familiauxComédiesFilms de fantasyFilms pour enfants

Il arrive un moment, dans la vie de chaque ado, où l'on a l'impression d'être devenu trop grand pour sa propre peau. Alerte rouge capture précisément cet instant et l'enveloppe dans une immense fourrure rousse et moelleuse. Le film de Domee Shi est bruyant, chaotique et franchement attachant, et il parle avec une sincérité rare de la difficulté d'être à la fois une fille sage et soi-même.

8,7/10
Note
Alerte rouge compte parmi les films d'animation les plus audacieux et les plus touchants de ces dernières années. Il est parfois trop bruyant, mais exactement autant qu'une gamine de treize ans.
Scénario
8
Interprétation
9
Réalisation
9
Image
9
Musique et son
8
Émotion
9

La note globale est la moyenne des six critères.

Fiche du film

OriginalTurning Red
RéalisationDomee Shi
DistributionRosalie Chiang, Sandra Oh, Ava Morse, Hyein Park, Maitreyi Ramakrishnan, Orion Lee
GenreFilms d'animation, Films familiaux, Comédies, Films de fantasy
Durée100 min
PaysFilms américains

De quoi parle Alerte rouge, sans spoiler ?

L'héroïne s'appelle Mei Lee. Elle a treize ans, une confiance en elle à toute épreuve, une langue bien pendue et une énergie débordante, et elle fait tout pour rester, aux yeux de sa mère, l'enfant parfaite et dévouée. Sauf qu'il y a tout ce qui va avec cet âge : de nouvelles passions, des amitiés qui deviennent soudain plus importantes que la famille, et un corps qui semble lui devenir un peu plus étranger chaque jour.

Sa mère, Ming, n'est jamais bien loin. Littéralement jamais. Elle appelle ça de la protection ; Mei, comme n'importe quelle ado, finit plutôt par y voir une étreinte qui l'étouffe. Et comme si cela ne suffisait pas, voici le twist : chaque fois que Mei s'emballe un peu trop, ce qui lui arrive à peu près tout le temps, elle se transforme en panda roux géant.

C'est tout ce qu'il faut savoir avant d'y aller. L'essentiel du film découle de cette idée toute simple mais géniale, qui lui permet de raconter bien plus de choses qu'on ne l'imagine au départ.

Une métaphore assumée, enfin

Le cinéma d'animation aime bien tourner autour de l'adolescence avec mille précautions, en gardant une distance de sécurité. Alerte rouge ne s'embarrasse pas de ces pudeurs. Ici, la transformation en panda roux est ouvertement une métaphore de la puberté : les émotions qui explosent sans prévenir, la honte, l'envie de cacher ce qui nous arrive, et la prise de conscience qu'on ne peut pas tout simplement appuyer sur un bouton pour l'éteindre.

C'est précisément ce qui m'a touché. Le film ne fait pas la morale et ne s'explique pas à outrance : il dit simplement que cette période est gênante, embarrassante, parfois ridicule, et que c'est parfaitement normal. Rares sont les films familiaux qui osent s'approcher autant du sujet tout en restant divertissants du début à la fin.

L'autre niveau de lecture compte tout autant : la relation entre une mère et sa fille. Ming n'est ni méchante ni caricaturale. C'est une mère qui aime, qui a peur et qui contrôle, souvent tout cela à la fois. Les meilleurs moments du film ne sont pas les grandes scènes spectaculaires avec le panda, mais celles où ces deux femmes n'arrivent tout simplement pas à se comprendre, alors qu'elles le voudraient tant.

Rosalie Chiang et Sandra Oh : deux voix, un volcan

Dans la version originale, Rosalie Chiang, qui prête sa voix à Mei, fait un travail épatant. Sa Mei est à la fois agaçante, adorable, drôle et douloureusement vulnérable, bref, une vraie gamine de treize ans. On entend dans sa voix l'enthousiasme survolté comme les petits effondrements, quand elle découvre que le monde ne tourne pas comme elle le voudrait.

Sandra Oh, en Ming, est l'arme secrète du film. Ceux qui l'ont vue dans ses rôles précédents savent à quel point elle excelle dans les personnages tendus et intenses, et elle en tire ici une maniaquerie du contrôle d'une précision effrayante, enrobée d'amour maternel. On rit d'elle, puis on réalise soudain qu'on entend, quelque part, ses propres parents.

Les copines, c'est-à-dire Miriam (Ava Morse), Abby (Hyein Park) et Priya (Maitreyi Ramakrishnan), forment l'autre moitié du cœur du film. Cette petite bande est bruyante, bizarre et d'une loyauté sans faille, et ça fait un bien fou de voir à l'écran une amitié animée qui ne sert pas juste de décor à l'héroïne. À leurs côtés, on croise aussi Orion Lee dans le rôle de Jin Lee, Wai Ching Ho en grand-mère et Tristan Allerick Chen en Tyler.

Domee Shi, une réalisatrice qui sait où ça fait mal

Les amateurs d'animation connaissent sans doute Domee Shi grâce à Bao, le court métrage Pixar oscarisé qui racontait déjà, avec une force émotionnelle saisissante, le lien entre une mère et son enfant. Avec Alerte rouge, elle développe ce thème sur la durée d'un long métrage, et on sent qu'il s'agit pour elle d'une histoire très personnelle.

La mise en scène est énergique, presque hyperactive. Les gags s'enchaînent à toute vitesse, les images fourmillent de petits détails amusants, et les personnages bougent souvent avec cette élasticité exagérée propre à l'anime. Ça ne plaira pas à tout le monde, mais moi, c'est justement ce que j'ai aimé : le film ressemble à ce que ressent un cerveau d'ado. Survolté, coloré, un peu chaotique.

Ce que j'apprécie particulièrement, c'est que Shi n'a pas peur de rendre son héroïne antipathique par moments. Mei se trompe, se montre égoïste, ment, et le film ne s'empresse pas de l'excuser. C'est ce qui la rend crédible.

Où le panda trébuche-t-il ?

Ce n'est pas un film parfait, et il ne cherche pas à l'être. Son plus grand risque, c'est justement son style : le rythme effréné, l'humour tapageur et les cris à répétition peuvent finir par fatiguer, surtout les adultes qui préfèrent une animation plus posée, plus mélancolique.

Le troisième acte mise aussi davantage sur le spectacle et les grands gestes que sur les émotions subtiles qui fonctionnaient si bien dans la première partie. Ça ne gâche pas l'expérience, mais on sent que le volume prend parfois le pas sur le cœur.

Et il y a autre chose : le film se concentre très clairement sur une expérience précise, celle des adolescentes. Pour moi, c'est une qualité, mais il est possible que tout le monde ne s'y reconnaisse pas autant.

À qui s'adresse vraiment ce conte ?

Sur le papier, c'est un film familial. En réalité, il parle surtout à deux générations : les ados qui vivent en ce moment tout ce que traverse Mei, et leurs parents qui apprennent à les laisser partir. S'ils le regardent ensemble, la discussion qui suivra risque d'être passionnante.

Mieux vaut savoir que le sujet, les bouleversements physiques et émotionnels de la puberté, vise plutôt les plus grands, ce qui peut surprendre pour un film d'animation. Avec les plus jeunes, il est préférable de le regarder en famille et d'en parler ensuite.

Pour qui ?

Si vous aimez, regardez aussi : Vice-versa (2015), Luca (2021), Encanto : La Fantastique Famille Madrigal (2021), Les Mitchell contre les machines (2021)

Questions fréquentes

De quoi parle Alerte rouge ?

De Mei Lee, 13 ans, qui affronte les bouleversements de l'adolescence et une mère surprotectrice, tout en se transformant en panda roux géant dès qu'elle s'emballe un peu trop.

Quelle est la durée d'Alerte rouge ?

Le film dure 100 minutes.

Peut-on regarder Alerte rouge avec des enfants ?

Il s'adresse surtout aux préados et aux adolescents. Avec des enfants plus jeunes, mieux vaut le regarder ensemble et parler ensuite de la puberté, qui est le thème central du film.

Qui a réalisé Alerte rouge ?

C'est Domee Shi qui a réalisé ce film d'animation américain, dont le titre original est Turning Red.

Qui double Mei et sa mère en version originale ?

Meilin Lee est doublée par Rosalie Chiang, et sa mère, Ming, par Sandra Oh.

Faut-il se glisser sous la fourrure rousse ?

Sans hésiter. Alerte rouge fait partie de ces films d'animation devant lesquels l'enfant se tord de rire pendant que le parent, quelque part au milieu, se surprend avec une boule dans la gorge. C'est bruyant, parfois trop, mais c'est honnête, courageux et drôle, et ça parle de choses que la plupart des films familiaux préfèrent passer sous silence.

Si vous avez un ado à la maison, ou si vous vous souvenez encore de ce que c'était d'en être un, ne passez pas à côté. Pour ma part, je le range sans problème parmi les œuvres les plus personnelles de l'animation moderne, et je ne regrette pas d'en être ressorti avec l'âme un peu poilue.

Note: 8,7/10 · Scénario 8 · Interprétation 9 · Réalisation 9 · Image 9 · Musique et son 8 · Émotion 9