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Critique · Sortie : 01/06/1946

Pinocchio, critique : le pantin de bois qui, quatre-vingts ans plus tard, fait encore pleurer et trembler

Films américainsFilms d'animationFilms familiauxFilms de fantasyFilms pour enfants

Il y a les contes qui bercent et ceux qui secouent. Pinocchio fait les deux, sans demander la permission. Le pantin de Disney prend vie par une nuit étoilée, et le film construit autour de lui un véritable parcours moral qui laisse encore le spectateur d'aujourd'hui bouche bée. Je l'ai revu adulte, et je dois l'avouer : il est bien plus audacieux, plus sombre et plus beau que dans mon souvenir.

9,0/10
Note
Pinocchio n'a rien d'une pièce de musée poussiéreuse. C'est une fable superbement dessinée, étonnamment dure, et l'un des sommets de l'œuvre de Disney.
Scénario
8
Interprétation
9
Réalisation
9
Image
10
Musique et son
9
Émotion
9

La note globale est la moyenne des six critères.

Fiche du film

Sortie en France01/06/1946
RéalisationHamilton Luske, Ben Sharpsteen, T. Hee, Wilfred Jackson, Norman Ferguson, Jack Kinney, Bill Roberts
DistributionDickie Jones, Cliff Edwards, Christian Rub, Evelyn Venable, Walter Catlett, Mel Blanc
GenreFilms d'animation, Films familiaux, Films de fantasy
Durée88 min
ClassificationTP
PaysFilms américains

Un menuisier solitaire et un vœu exaucé

Le point de départ tient presque de la comptine : Geppetto, vieux sculpteur sur bois solitaire, fabrique un pantin qu'il baptise Pinocchio. Une nuit pas comme les autres, une fée insuffle la vie dans le bois, et le petit bonhomme se lance dans la plus grande aventure qui soit pour un enfant : devenir un vrai petit garçon, en chair et en os. Sauf que la magie ne suffit pas. Il doit le mériter, par le courage, la loyauté et la sincérité.

Et c'est là que Pinocchio échappe au conte sucré : son héros est d'une naïveté effarante. Il enchaîne les bêtises, et le film ne les enrobe pas. Pinocchio trébuche, fait confiance aux mauvaises personnes, prend les mauvaises décisions, et les conséquences sont parfois franchement effrayantes. C'est ce qui rend son histoire vraie. On ne suit pas la marche triomphale d'un héros parfait, mais celle d'un enfant qui apprend à ses dépens ce qui est bien et ce qui ne l'est pas.

Je ne vais rien dévoiler, mais sachez une chose : ceux qui ne connaissent le personnage que par les livres d'images ou la publicité seront surpris de voir jusqu'où le film ose aller pour mettre Pinocchio à l'épreuve.

Jiminy Cricket, la conscience la plus patiente du monde

S'il y a un personnage qui vole la vedette, c'est bien Jiminy Cricket. Ce petit compagnon plein de sagesse s'attache aux pas de Pinocchio pour le prévenir, le guider, et échoue avec une belle régularité. La voix de Cliff Edwards (en version originale) est si chaleureuse, drôle et humaine que le grillon devient presque le cœur du film. C'est à lui que s'identifie le spectateur adulte : celui qui voit venir les ennuis, qui essaie de le dire, et qui tient bon malgré tout quand le petit pantin gâche encore tout.

J'adore que Jiminy ne soit pas un donneur de leçons aseptisé. Il a sa vanité, sa fatigue, il vacille parfois lui aussi, et c'est justement ce qui le rend attachant. Pour les enfants, c'est un ami. Pour les parents, c'est un peu un miroir : voilà ce que c'est d'essayer d'élever quelqu'un qui, précisément à ce moment, n'a aucune envie de vous écouter.

N'oublions pas les autres. Le Geppetto de Christian Rub est si bon et si fragile qu'il vous attendrit dès les premières scènes. La Fée Bleue d'Evelyn Venable est éthérée et apaisante. Et Dickie Jones trouve, pour la voix de Pinocchio, ce ton enfantin, curieux, un peu étourdi qui rend le personnage à la fois agaçant et touchant.

Des crapules qui me donnent encore des frissons

L'une des grandes forces de Pinocchio, c'est sa galerie de méchants. Walter Catlett prête sa voix au sournois et prétentieux Grand Coquin (« Honest John » Worthington Foulfellow en version originale), la tentation incarnée : il sourit, flatte, et compte déjà ses bénéfices. À ses côtés, Gédéon, dont le hoquet est assuré par nul autre que Mel Blanc, légende du doublage, que beaucoup connaissent grâce aux Looney Tunes de la Warner.

Charles Judels apparaît dans deux rôles : il prête sa voix à Stromboli et au Cocher, deux figures si menaçantes que les plus jeunes risquent vraiment de sursauter. Quant à Frankie Darro, il campe Lumignon, la mauvaise fréquentation, avec cette voix d'ado décontracté et frimeur qu'un pantin naïf ne peut qu'admirer.

Ce que je préfère : ces méchants ne sont pas des caricatures. Ils font peur parce qu'ils sont crédibles. Ce sont exactement ces adultes et ces mauvais copains dont les parents cherchent toujours à protéger leurs enfants, et le film le montre avec une franchise étonnante.

Sept réalisateurs, une seule atmosphère : la magie du dessin à la main

Le générique a de quoi impressionner : Hamilton Luske, Ben Sharpsteen, T. Hee, Wilfred Jackson, Norman Ferguson, Jack Kinney et Bill Roberts sont tous crédités à la réalisation. Sept noms pour un film de 88 minutes ? C'était tout simplement la manière de travailler des premiers longs métrages Disney, chaque unité étant confiée à un réalisateur différent. Et le miracle, c'est que le résultat n'a rien d'un patchwork décousu. Pinocchio est homogène, fluide, et son atmosphère reste intacte du début à la fin.

Visuellement, c'est tout bonnement fascinant. Les mille détails de l'atelier de Geppetto, les horloges et les jouets en bois sculpté, les jeux de lumière dans la nuit étoilée : chaque image ressemble à un tableau. Pour un œil habitué à l'animation numérique bien lisse d'aujourd'hui, la quantité de travail fait main et le soin apporté aux détails sautent aux yeux. Il n'est pas exagéré de dire que Pinocchio compte parmi les plus belles réussites de l'animation traditionnelle.

Le rythme, évidemment, n'est pas celui d'un film familial actuel. Il arrive que la mise en scène s'attarde sur une scène, laissant l'image et la musique faire leur œuvre. Personnellement, j'ai adoré, mais un enfant habitué à l'action non-stop risque de s'impatienter un peu la première fois.

Ce qui emporte, et ce qui peut coincer

Commençons par ce qui fonctionne :

Et ce qui l'empêche de décrocher un 10 sur toute la ligne : le récit est parfois épisodique, il saute d'une aventure à l'autre, et la naïveté du héros finit par devenir presque agaçante. C'est le propos, bien sûr, mais l'adulte se surprendra plus d'une fois à soupirer : « Pinocchio, sérieusement ? ». Par ailleurs, certains passages sont réellement sombres et effrayants. Pour les plus petits, la présence d'un parent et une petite discussion après coup sont vivement conseillées.

Mais ce sont davantage des traits de caractère que des défauts. Pinocchio a été fait à une époque où le conte osait encore faire peur, et c'est sans doute pour cela qu'il est resté si profondément ancré dans la mémoire du public.

Pourquoi faut-il encore le regarder aujourd'hui ?

C'est un classique incontournable de Walt Disney, et ce n'est pas un hasard. Pinocchio n'est pas seulement une affaire de nostalgie. Il reste d'actualité de parler des tentations qui entourent les enfants, de ces « amis » bruyants et séduisants qui ne leur veulent pas toujours du bien, et du fait que le mensonge a des conséquences. Le film le raconte tout en divertissant, en faisant rire et, par moments, en bouleversant vraiment.

Parfait pour une soirée cinéma en famille, surtout si le parent est bien présent à côté. Ensuite, c'est l'occasion idéale d'une vraie discussion : pourquoi Pinocchio a-t-il cru les mauvaises personnes ? Qu'aurait-il dû faire ? Qu'est-ce que Jiminy Cricket lui aurait dit ? Rares sont les films qui nous mettent ces questions entre les mains aussi naturellement.

Et adulte, il vaut la peine de le revoir seul. L'expérience change : on perçoit davantage la solitude de Geppetto, la ruse des crapules, et tout le travail, l'amour et l'art contenus dans chaque mouvement dessiné.

Pour qui ?

Si vous aimez, regardez aussi : Blanche-Neige et les Sept Nains (1937), Fantasia (1940), Dumbo (1941), Bambi (1942), Cendrillon (1950)

Questions fréquentes

De quoi parle Pinocchio ?

Une nuit magique, une fée donne vie au pantin de bois de Geppetto, un menuisier solitaire. Pinocchio doit apprendre le courage, la loyauté et la sincérité pour devenir un vrai petit garçon, pendant que son sage ami Jiminy Cricket tente de le préserver des bêtises.

Quelle est la durée de Pinocchio ?

Le film dure 88 minutes.

À partir de quel âge regarder Pinocchio ?

C'est un film familial, mais certaines scènes peuvent effrayer les plus jeunes. Mieux vaut le regarder avec eux et en parler ensuite.

Qui a réalisé Pinocchio ?

Le film a été réalisé par Hamilton Luske, Ben Sharpsteen, T. Hee, Wilfred Jackson, Norman Ferguson, Jack Kinney et Bill Roberts.

Qui prête sa voix à Pinocchio et à Jiminy Cricket ?

En version originale, Pinocchio est doublé par Dickie Jones et Jiminy Cricket par Cliff Edwards.

Quel est le genre de Pinocchio ?

C'est un film d'animation américain, familial et fantastique, l'un des grands classiques de Walt Disney. Il est sorti en France le 1er juin 1946.

Faut-il encore donner vie au pantin de bois sur nos écrans ?

Absolument. Pinocchio fait partie de ces rares classiques qui ne valent pas parce qu'ils sont anciens, mais parce qu'ils fonctionnent toujours. Il est magnifique, drôle, parfois terrifiant, et construit jusqu'au bout un véritable enjeu émotionnel. Si vous le regardez avec un enfant, préparez-vous aux questions. Seul, attendez-vous à ce que l'atelier de Geppetto et Jiminy Cricket vous accompagnent pendant des jours. Pour moi, c'est un solide 9/10, à revoir sans modération.

Note: 9,0/10 · Scénario 8 · Interprétation 9 · Réalisation 9 · Image 10 · Musique et son 9 · Émotion 9