Tarzan, critique : quand le seigneur de la jungle porte le costume trois pièces et rêve d'en sortir
Tarzan ne commence pas dans les arbres mais dans un salon londonien, cravate au cou, et c'est la meilleure idée du film. David Yates n'a pas voulu raconter une énième histoire des origines : il préfère imaginer ce qui arrive quand l'homme sauvage est devenu un gentleman depuis longtemps et que son passé le rattrape. Reste à savoir ce que donne ce pari, et il y a beaucoup à en dire.
Un film d'aventure beau, ambitieux, parfois impressionnant, qui démarre avec de meilleures idées que celles avec lesquelles il termine, mais qui vaut largement une soirée pluvieuse.
Fiche du film
| Original | The Legend of Tarzan |
|---|---|
| Sortie en France | 06/07/2016 |
| Réalisation | David Yates |
| Distribution | Alexander Skarsgård, Christoph Waltz, Samuel L. Jackson, Margot Robbie, Djimon Hounsou, Jim Broadbent |
| Genre | Films de fantasy, Films d'action, Films d'aventure |
| Durée | 110 min |
| Classification | 12 |
| Pays | Films canadiens, Films britanniques, Films américains |
De quoi ça parle ? Sous la redingote, la jungle n'a jamais disparu
John Clayton est un sujet bien mis et bien élevé de l'Angleterre victorienne. Du moins, c'est l'image qu'il renvoie depuis une dizaine d'années. Tout le monde croit l'homme sauvage enfoui en lui disparu pour de bon, jusqu'au jour où une nouvelle lui parvient : au Congo, là où il a grandi, il se passe des choses terribles. Une exploitation minière avale sans scrupule de nouveaux territoires et menace désormais ses anciens amis.
Clayton repart et affronte la force destructrice de la civilisation. Peu à peu, couche après couche, il redevient celui qu'il était à la naissance. À mesure que les vêtements tombent, Tarzan refait surface, seigneur de la jungle et allié du monde sauvage. Voilà pour le point de départ, et il n'est pas utile d'en savoir davantage avant d'entrer dans la salle.
J'aime franchement cette idée de base. Le mythe de Tarzan, tout le monde le connaît : les lianes, le cri, Jane, les singes, autant d'éléments que le cinéma a usés jusqu'à la corde depuis un siècle. Ici, on suit au contraire un héros qui a déjà vécu sa légende et qui doit la reprendre à son compte, qu'il le veuille ou non. Ce départ plus adulte et plus mélancolique donne au film ses moments les plus intéressants.
Skarsgård, colosse silencieux
Dans la peau de John Clayton, alias Tarzan, Alexander Skarsgård est physiquement un choix parfait, personne ne dira le contraire. Grand, sec, il a dans sa façon de bouger une patience presque animale et, surtout, il parvient à faire sentir que cet homme étouffe dans sa peau d'homme civilisé. Il parle peu et mise beaucoup sur le regard.
Le problème, c'est plutôt que le scénario lui donne rarement assez de matière. Un Tarzan intérieur et retenu, sur le papier, c'est séduisant, mais le personnage est parfois si mutique que c'est au spectateur de deviner ce qui se joue en lui. Cela dit, il n'est pas le maillon faible, loin de là : dans les grandes scènes physiques, il est tout à fait convaincant.
Jane, Williams et le capitaine maléfique
En Jane Porter, Margot Robbie apporte bien plus de feu que ce que le rôle exigeait sur le papier. Pas question ici de la demoiselle hurlante qui attend qu'on vienne la sauver, comme dans les vieux films : elle a de l'humour et du caractère. Dommage que le récit la renvoie malgré tout, par moments, au rôle classique de la femme en détresse, car Robbie avait visiblement de quoi faire beaucoup plus.
Samuel L. Jackson, dans le rôle de George Washington Williams, est à la fois le cœur du film et sa principale source d'humour. Témoin extérieur de la folie de la jungle, il sait comme peu d'acteurs désamorcer une scène tendue d'une réplique bien placée. Son duo avec Skarsgård fonctionne étonnamment bien et donne presque à l'aventure des airs de buddy movie.
Christoph Waltz, en capitaine Léon Rom, livre exactement ce qu'on attend de lui : un méchant courtois, mesuré, d'un calme glaçant. Et c'est bien là le souci. Depuis Inglourious Basterds, Waltz rejoue ce personnage sous différents costumes, et il n'y ajoute ici rien de surprenant. Professionnel, agréable à regarder, mais vite oublié. Djimon Hounsou impose une vraie présence en chef Mbonga, et Jim Broadbent, en Premier ministre, offre une courte et sympathique touche de couleur.
David Yates et le poids du sérieux
La plupart des spectateurs connaissent David Yates pour les quatre derniers volets de la saga Harry Potter, et sa patte se reconnaît ici aussi : palette froide, ton grave, images d'envergure mais maîtrisées. Yates n'est pas l'homme des aventures légères, il préfère les nuances plus sombres, et son Tarzan va dans ce sens.
C'est à la fois une qualité et un défaut. Une qualité, parce que le film refuse d'être une simple madeleine nostalgique et ose glisser en toile de fond des sujets lourds, comme l'exploitation coloniale. Un défaut, parce que la légèreté, l'élan et la joie libératrice qu'on attend d'un film d'aventure manquent souvent à l'appel. Par moments, le film semble tellement vouloir compter qu'il en oublie de divertir.
La construction est elle aussi un peu heurtée. Les flashbacks qui font resurgir le passé de Tarzan sont beaux, mais ils interrompent parfois l'intrigue au présent, et les 110 minutes paraissent par endroits plus longues.
Côté images : une jungle superbe, des animaux en caoutchouc
Visuellement, le film laisse un sentiment mitigé. Les paysages, les forêts noyées dans la brume, les fleuves et les grandes scènes de foule ont une vraie ampleur. Quand Tarzan file enfin librement d'arbre en arbre, le film capte réellement ce sentiment de liberté primitive qui fait qu'on aime ce personnage.
Les animaux numériques, en revanche, ne convainquent pas toujours. Les gorilles et les autres bêtes sont parfois bluffants, parfois trop visiblement faits de pixels, et dans un film dont le sujet est justement le lien avec la nature, ça fait plus mal que dans un film de super-héros. La musique et le travail sonore sont en revanche solides : bruits de la jungle, tambours et orchestre font monter la tension avec efficacité.
Ce qui fonctionne, et ce qui coince
- Ça fonctionne : un point de départ plus adulte qui contourne l'histoire des origines.
- Ça fonctionne : l'énergie de Samuel L. Jackson et de Margot Robbie.
- Ça fonctionne : les grandes scènes d'action libératrices dans les arbres.
- Ça coince : le méchant de Christoph Waltz, joué en pilote automatique.
- Ça coince : un rythme par moments trop sombre et pesant.
- Ça coince : la qualité inégale des animaux en images de synthèse.
Au final, la balance penche du bon côté, mais de peu. C'est un film d'aventure honnête et ambitieux, qui avait en lui l'étoffe d'un très grand film.
Pour qui ?
- Pour vous si : Pour les amateurs de films d'aventure classiques qui ont envie d'une version plus sérieuse et plus sombre, et pour les fans d'Alexander Skarsgård ou de Margot Robbie.
- Passez votre chemin si : Pour ceux qui espèrent un Tarzan familial, léger et joyeux : le ton grave et sombre du film risque de les décevoir.
Si vous aimez, regardez aussi : Tarzan (1999), Greystoke, la légende de Tarzan (1984), Le Livre de la jungle (2016), The Lost City of Z (2016), La Momie (1999)
Questions fréquentes
Quand Tarzan est-il sorti en France ?
Le film est sorti dans les salles françaises le 6 juillet 2016.
Combien de temps dure Tarzan ?
Le film dure 110 minutes.
Qui a réalisé Tarzan ?
Le film est réalisé par David Yates.
Qui joue Tarzan et Jane ?
Alexander Skarsgård incarne John Clayton, alias Tarzan, et Margot Robbie joue Jane Porter. Le grand méchant, le capitaine Léon Rom, est interprété par Christoph Waltz.
De quoi parle Tarzan ?
John Clayton, qui mène une vie civilisée en Angleterre, apprend qu'au Congo, là où il a grandi, une exploitation minière sans scrupule s'étend et menace ses amis. Il y retourne et redevient peu à peu Tarzan.
Faut-il encore s'accrocher aux lianes de ce Tarzan aujourd'hui ?
Oui, mais sans trop en attendre. Tarzan n'est pas devenu le classique moderne qu'on pouvait espérer au vu du casting et de son idée de départ, mais il est très loin du naufrage que certains ont décrit. Skarsgård est crédible, Robbie et Jackson donnent de la vie à l'écran, et certaines scènes retrouvent vraiment la magie du seigneur de la jungle. Si vous avez envie d'une aventure spectaculaire au ton plus grave pour une soirée tranquille, le film fera honnêtement le travail. Simplement, ne comptez pas qu'il vous marque comme les grands films d'aventure. Pour moi, c'est un 7 bienveillant, mais assumé.
